Attendu de pied ferme

ÉDITORIAL / Justin Trudeau a entrepris jeudi dernier en Ontario une tournée pancanadienne qui doit en principe l'amener mardi à Sherbrooke où on a bien hâte de l'entendre au sujet de plusieurs dossiers régionaux impliquant le gouvernement fédéral.
Selon des informations obtenues par La Tribune, plusieurs dirigeants d'organismes ont reçu des invitations à venir rencontrer M. Trudeau en soirée au manège militaire de la rue Belvédère Sud.
Si le gouvernement Trudeau compte plusieurs réalisations au plan national depuis son élection, il y a 14 mois, notamment l'accueil des réfugiés syriens, l'ouverture d'une enquête sur le meurtre et la disparition de 1200 femmes autochtones et le « retour » du Canada sur la scène internationale, le bilan est plutôt mince en Estrie, voire décevant.
Par exemple, l'obtention d'une désignation de l'Administration canadienne de sûreté du transport aérien (ACSTA) pour l'aéroport de Sherbrooke, considérée comme une priorité en campagne électorale par la députée de Compton-Stanstead, Marie-Claude Bibeau, est balayée sous le tapis, du moins pour le moment.
Le ministre des Transports, Marc Garneau, a indiqué en novembre dernier que Sherbrooke devait faire une croix là-dessus, tout comme sur le financement fédéral pour les systèmes de contrôle de sécurité, de sorte que Sherbrooke devra défrayer elle-même les 500 000 $ nécessaires pour un tel système et dénicher un transporteur aérien, si elle décide d'aller de l'avant.
La désignation de cet aéroport en vue d'y offrir une desserte aérienne commerciale est pourtant attendue depuis des années et constitue un enjeu majeur pour l'économie régionale. M. Trudeau devrait en entendre parler mardi.
Autre dossier, national celui-là, où des gestes concrets sont attendus depuis un bon moment : les importations américaines de lait diafiltré, un produit qui n'est pas soumis aux tarifs douaniers et qui occasionne des pertes de dizaines de millions $ aux producteurs laitiers québécois.
Ceux-ci, tout comme leurs collègues de l'Ontario, demandent depuis des mois qu'Ottawa bloque ces importations.
La région de Sherbrooke attend également une décision au sujet des manèges militaires des rues Belvédère Sud et William, qui abritent quatre unités de réserve des Forces armées canadiennes et qui présentent des signes avancés de décrépitude.
Des travaux d'urgence de 1,6 million $ ont été amorcés dans les deux édifices, mais on ignore toujours quel scénario entend privilégier la Défense nationale pour l'avenir : conserver les deux manèges et les mettre à niveau, en sacrifier un ou en construire un nouveau.
Par ailleurs, les gens de Lac-Mégantic peuvent-ils espérer que le gouvernement fédéral s'engage financièrement dans la construction d'une voie de contournement pour le transport ferroviaire, trois ans et demi après la tragédie qui avait fait 47 morts? Et, surtout, qu'il intervienne de façon énergique pour accélérer les choses?
Le cabinet de M. Trudeau dit reconnaître l'urgence d'agir dans ce dossier, mais les interventions du ministre des Transports, Marc Garneau, se sont limitées jusqu'ici à des déclarations d'intentions.
À cela s'ajoute le fait que la firme AECOM prévoit que les travaux ne pourront se faire avant 2021-2022... Et on parle d'urgence?
On ignore si l'épouse du blogueur Raïf Badawi, Ensaf Haidar, pourra rencontrer Justin Trudeau pour lui demander personnellement d'intervenir auprès des autorités saoudiennes et réclamer la libération de son mari emprisonné en Arabie saoudite pour « insulte à l'islam ».Mais le sujet est incontournable.
Les poignées de main et les « selfies », c'est bien sympathique, mais en raison de l'importance des dossiers en suspens impliquant le gouvernement fédéral, les Estriens attendent des gestes concrets ou, à tous le moins, des engagements fermes avec un échéancier.