L’Estrie compte en effet 920 médecins, soit exactement le même total que l’an dernier. À l’échelle du Québec, on retrouve plus de 23 000 médecins, soit 261 de plus que l’année précédente.

Assez de médecins ?

La région de l’Estrie dispose-t-elle d’un nombre suffisant de médecins pour offrir tous les services de santé sur l’ensemble de son territoire? Les opinions divergent entre le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette, et la chef du département régional de médecine générale au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Dre Raymonde Vaillancourt. Qui dit vrai?

Tandis que des effectifs médicaux ont été ajoutés dans la plupart des régions du Québec, l’Estrie fait figure de parent pauvre. Selon le Collège des médecins du Québec, le statu quo prévaut chez le nombre de ses membres. L’Estrie compte en effet 920 médecins, soit exactement le même total que l’an dernier. 

À l’échelle du Québec, on retrouve plus de 23 000 médecins, soit 261 de plus que l’année précédente.
Membre du comité provincial de révision des règles d’attribution du ministère de la Santé, Dre Vaillancourt se désole du traitement réservé à l’Estrie. La région, indique-t-elle, avait pourtant justifié l’ajout de 38 médecins afin de bien desservir toute la population du territoire, pas juste les grands centres comme Sherbrooke. Elle n’en a obtenu que 19. « Malgré tous nos efforts, on ne s’enrichit pas », déplore celle qui garde cependant espoir de convaincre les autorités du Ministère du bien-fondé de sa requête.

Elle-même médecin de famille, Raymonde Vaillancourt est sans doute la mieux placée pour évaluer correctement les véritables besoins de la région. Elle est pour ainsi dire les yeux et les oreilles en région d’un austère Ministère. Au-delà des chiffres, elle a une fine connaissance du milieu, composé de plusieurs petites communautés isolées. Elle fait aussi valoir que le quart des médecins de famille en Estrie se consacre à l’enseignement et œuvre en milieu hospitalier, les empêchant de prendre charge de 1500 patients, la cible imposée par Québec.

Malgré tout et preuve que les médecins de famille ont fait leur effort de guerre, plus de 84 % des Estriens étaient inscrits à l’un de leur cabinet au 30 septembre dernier, bien au-dessus de la moyenne provinciale à près de 78 %. À l’heure actuelle, ce pourcentage de clientèle inscrite à un médecin de famille aurait même atteint près de 86 %. Cette performance est remarquable et mérite d’être soulignée. Pour toute reconnaissance, dénonce Raymonde Vaillancourt, la région de l’Estrie au complet obtient le même nombre de médecins nouvellement diplômés que la ville de Victoriaville dans les Bois-Francs. Oui, elle a bien raison de mentionner qu’il y a quelque chose qui ne marche pas quelque part!

Pour le ministre de la Santé, il s’agit d’une heureuse nouvelle! Bien oui! À la lecture approfondie de la réalité estrienne, Gaétan Barrette n’a rien de mieux à opposer que de froides statistiques; les chiffres avant l’empathie. Le territoire, dit-il, représente 5,8 % de la population et dispose de 6,5 % des médecins de famille. Merci pour la sensibilité! « Ma job, c’est de couvrir tout le Québec », plaide le ministre, se refusant à toute apparence de favoritisme envers l’Estrie. Organisez-vous avec vos ressources actuelles, semble-t-il ajouter, et ne m’importunez pas avec vos particularités.

D’un point de vue strictement administratif, le ministre Barrette a peut-être raison. En contrepartie, son manque de sensibilité apparent, le propre d’une administration centralisatrice et paternaliste, laisse un goût amer. Le refus d’aller voir au-delà des chiffres, de seulement considérer les observations de son antenne en région, de prendre toute la mesure de la dimension humaine, en dit long sur la façon de gouverner de ce ministre.