Après la pause, de retour à la Noirceur

Alors que les moyens de diffusion se démocratisent et se multiplient, ce qui peut être diffusé sur la place publique diminue. Pire, la tolérance de ce qui peut être diffusé rétrécit comme peau de chagrin. Les groupes d'intérêts, aussi minuscules soient-ils, peuvent bloquer la diffusion d'un contenu qu'ils jugent offensant. Parfois, il ne s'agit que d'une personne ou d'une plainte, comme c'est le cas de la murale au parc Victoria, pour faire virer un projet qui n'a rien d'inélégant ou de grossier. Invoquer un vice d'approbation bureaucratique ou la possibilité de graffitis à caractère sexuel pour retirer une murale est complètement dingue. Des graffitis à caractère sexuel il y en a un peu partout en ville. Suffit de circuler là où il y a un mur, un pont, un viaduc ou un tunnel et on y retrouve plus de bites que dans les caricatures de Charlie Hebdo.
Mais justement, la murale n'invoque en rien le sexe ou un acte sexuel. Oui, les femmes ont la poitrine dénudée, mais la Vénus de Milot (101 a.j-c) aussi, tout comme les oeuvres d'innombrables maîtres comme Bottichelli, Renoir, Cézanne, Picasso ou plus contemporains de Aleah Chapain.
La murale du parc Victoria n'invoque pas plus la sexualité que l'Origine du monde de Gustave Courbet au 19e siècle. C'est de l'art. C'est une représentation artistique du monde tel que perçu par Olivier Bonnard. C'est de l'art bordel de merde! Pouvons-nous l'apprécier pour ce que c'est? De l'ART! Misère, nous sommes en 2017 et je cite des oeuvres d'il y a 1000 ans ou qui ont contribué aux Lumières. Comment en sommes-nous rendus là? Sommes-nous si sensibles comme société? Où, est-ce seulement de l'hypocrisie? Tiens en voici une dernière pour la route tirée du Tartuffe de Molière.
« Comment ? Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées ».
Patrick Mahony, Sherbrooke