Anti-vaccins : encore pire que ce que je pensais

BLOGUE / L'argumentaire des anti-vaccins est déjà désespérant quand on présume de leur bonne foi — ce qu'on devrait toujours faire a priori. Alors imaginez quand on tombe sur une anti-vaccin qui est parfaitement consciente de dire des faussetés...

J'ai consacré ma chronique de dimanche dernier aux adjuvants à base d'aluminium — soit des substances contenant de l'alu que l'on ajoute en quantités infimes aux vaccins parce qu'elles stimulent le système immunitaire, ce qui augmente la protection conférée par le vaccin. Un lecteur m'avait référé à une vidéo qui prétendait démontrer les grands dangers de ces adjuvants, et ce même s'ils sont utilisés et étudiés depuis des décennies (voir ici, ici, ici et ici, notamment, pour constater que les vrais experts les jugent sans danger).

Le premier point qu'avance cette vidéo, c'est, et je cite : «Une seule étude garantit l’innocuité des adjuvants d’aluminium. Et. C’est. Tout. Il n’y en a qu’une.» Comme je l'ai écrit dans mon texte, c'est une fausseté énorme. En 2004, le chercheur Tom Jefferson de la Collaboration Cochrane en a recensé une quarantaine, et c'est sans compter celles qui ont été publiées depuis (et sans compter les systèmes de surveillance des effets secondaires des vaccins qu'ont pratiquement tous les pays développés) :

Mais bon, il restait possible que l'auteure de la vidéo ait simplement mal cherché — ça arrive aux meilleurs, après tout. C'est ce que je me disais, même si je trouvais qu'il s'agissait d'une inacceptable désinformation. J'ai arrêté le visionnement après 6 minutes parce que le débit d'inexactitudes était trop dense pour qu'il vaille la peine de poursuivre. J'aurais peut-être dû, cependant...

L'auteure de la vidéo m'a contacté ce matin. La dame n'est pas très contente, on s'en doute, mais malgré la démonstration que ce qu'elle avance est faux, elle n'a pas quitté le ton plein d'assurance qu'elle a dans son «documentaire» — remarquez que ça aussi, on pouvait s'en douter. En fait, elle se «défend» en disant (entre bien d'autres choses car la dame ne fait pas dans le court, je vous épargne la longue série de faux arguments et d'incompréhensions) :

Ouaip, vous avez bien lu. Notre investigatrice était au courant de l'existence de dizaines d'études sur la sécurité des adjuvants aluminiques, puisqu'elle cite elle-même la revue de litté de Jefferson. Mais elle a quand même décidé d'ouvrir sa vidéo en affirmant explicitement qu'il n'y en avait qu'une seule.

Il y a un mot pour ça : mensonge. Le degré de sans-gêne qu'il faut atteindre pour mentir aussi ouvertement tout en posant en défenseur de la vérité est absolument accablant.