Alchimie positive!

Éditorial / Les grands de ce monde étaient réunis à Hambourg en Allemagne ces derniers jours pour discuter des principaux enjeux de notre planète. Les représentants des 20 nations les plus puissantes, le G20, ont entre autres échangé sur le commerce et le climat. Au coeur de cet exercice annuel de haute diplomatie internationale, la rencontre entre les présidents américain et russe a été qualifiée d'alchimie positive! On aura tout entendu, comme si un face-à-face entre les deux pires voyous de l'univers pouvait se traduire par des bienfaits pour l'humanité. On va devoir réécrire le dictionnaire de la politique!
Les présidents Vladimir Poutine et Donald Trump ont eu un entretien de plus de deux heures. Selon le secrétaire d'État, Rex Tillerson, un ami personnel de Poutine, les échanges entre les deux hommes ont été « vigoureux ». Le président américain aurait notamment posé plusieurs questions à son homologue quant à l'ingérence russe durant la dernière campagne électorale aux États-Unis. De l'avis du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, Trump aurait gobé la couleuvre de l'innocence de Moscou dans toute cette affaire. Il faut dire que l'homme est passé maître en matière de « fake news ». À croire que les dirigeants de ces deux superpuissances pensent que la population peut encore prendre des vessies pour des lanternes.
Quant au sommet lui-même, il est inconcevable d'assister à pareil déploiement des forces de sécurité. La formule devra être repensée. Bien sûr, les dirigeants des grandes puissances mondiales ont tout intérêt à discuter en tête-à-tête de ces enjeux fondamentaux. Plutôt que de négocier en vase clos, ils devront cependant trouver une façon d'impliquer davantage la société civile. Quand les discussions ont lieu derrière des portes closes et un mur d'opacité, rien d'étonnant à ce que les manifestants envahissent la rue.
Quant au sommet lui-même, les pirouettes du communiqué final illustrent bien l'énorme malaise provoqué par la nouvelle administration américaine. La récente sortie des États-Unis de l'accord de Paris sur le climat indispose vivement la communauté internationale. Celle-ci n'a eu d'autre choix que de prendre acte de la décision américaine tout en réaffirmant que l'accord est « irréversible », l'avenir de notre planète étant en train de se jouer.
Les États-Unis ont aussi joué les gros bras en matière d'exploitation des énergies fossiles. Ils ont non seulement obtenu la reconnaissance de la « divergence » de leur politique énergétique, ils ont réussi à faire reconnaître par le G20 que les énergies fossiles seront utilisées de manière « plus propre ». C'est l'équivalent d'affirmer que le charbon, le pétrole et le gaz de schiste deviennent, par on ne sait quel tour de magie, bons pour l'environnement. Ça rappelle les cigarettes douces et légères. C'était, semble-t-il, le prix à payer pour garder les États-Unis au sein du G20. À première vue, ces concessions obtenues sous la menace apparaissent bien lourdes de conséquences.
C'est pourtant au chapitre du protectionnisme que le Canada a le plus à perdre. Les Américains ont accepté de le condamner en échange du droit des pays, se disant victimes de dumping, d'utiliser des « instruments de défense commerciale légitimes ». À peu de choses près, est-il besoin de rappeler qu'il s'agit du vocabulaire employé par le président Trump pour réclamer la réouverture de l'Accord de libre-échange nord-américain?
Ce communiqué du G20 entre les mains, les États-Unis vont se sentir encore plus légitimés à jouer les fanfarons, ce qui n'augure rien de bon pour le Canada.