Alarmant

Éditorial / L'apparition d'autocollants contre l'immigration à Sherbrooke, tout comme l'installation d'un panneau indiquant « Saguenay, ville blanche » à l'entrée d'un cimetière de Saint-Honoré et l'envoi d'un colis contenant un message haineux au Centre culturel islamique de Québec, constituent des gestes inacceptables qui contribuent à la détérioration du climat social, même s'il s'agit d'actes isolés.
Mais malheureusement, ils s'inscrivent dans une tendance qui s'observe un peu partout au Canada : l'augmentation du nombre de crimes, déclarés par la police, motivés par la haine d'une race, d'une origine ethnique ou d'une religion, qui a été de 5 pour cent entre 2014 et 2015, selon Statistique Canada.
Toutefois, c'est la population musulmane qui a été la plus touchée par les crimes motivés par la haine d'une religion avec une hausse de 61 pour cent des cas, alors que les juifs continuent d'être en tête de ce triste palmarès pour ce qui est du nombre de victimes de ce type de délit.
À Sherbrooke, le nombre de crimes haineux déclarés par la police est de 4 par tranche de 100 000 habitants, contre une moyenne de 3,8 au Canada.
Les crimes haineux contre la population musulmane ont beaucoup fait les manchettes depuis l'horrible tuerie à la grande mosquée de Québec, en janvier dernier, qui avait fait six morts et plusieurs blessés.
On aurait pu penser que cet acte odieux perpétré par un jeune homme de 27 ans aurait eu pour effet de stopper les gestes d'intolérance ou à tout le moins de favoriser une réflexion chez ceux qui les posent.
Malheureusement, ça n'a pas été le cas.
Ce n'est pas la première fois que des gestes à caractère haineux ou xénophobes sont posés à Sherbrooke, qui est portant la troisième ville du Québec à compter la proportion la plus importante de personnes immigrantes.
Par exemple, en 2014, la vitrine d'une épicerie-boucherie halal de la rue Denault avait été fracassée. Durant la même période, des écriteaux portant la mention « Non à l'islam » avaient été apposés sur des poteaux dans le même quartier, de même qu'aux abords de la mosquée de la rue Daniel.
Mercredi, les autocollants dénonçant l'immigration ont été apposés sur des poteaux et lampadaires du centre-ville dans le cadre d'une « campagne provinciale » de la Fédération des Québécois de souche, au dire de son porte-parole Rémi Tremblay, qui estime que « l'immigration massive (...) mènera inévitablement à notre perte de statut majoritaire sur notre propre terre ».
Même s'ils sont isolés et souvent le fait de groupuscules associés à l'extrême droite ou à l'ultranationalisme, ces gestes sont très troublants et envoient évidemment un très mauvais message aux membres des communautés visées, en plus de projeter l'image d'un Québec raciste, alors qu'il est tout à fait possible de défendre sa langue et sa culture tout en étant ouvert à la diversité.
Il faut toutefois noter que le nombre de crimes haineux a crû dans la plupart des provinces canadiennes en 2014-2015 et que la hausse a été plus prononcée en Alberta (+39 pour cent), alors que près de la moitié des crimes perpétrés au Canada l'ont été en Ontario, qui a toutefois enregistré une légère baisse.
Hier, la ministre de l'Immigration du Québec, Kathleen Weil, annonçait officiellement la tenue d'une vaste consultation sur la « discrimination systémique » et le racisme, à compter de septembre prochain.
Cet exercice, lancé à un peu plus d'un an des prochaines élections provinciales, démontre que les Québécois prennent au sérieux les problèmes d'intégration (emploi, logement, services, etc.) et, par ricochet, les phénomènes d'intolérance, qui ne font que semer la peur et les divisions.
Il faut souhaiter que cette consultation, en autant qu'on lui donne suite rapidement, permette de trouver des solutions, en espérant qu'elle ne se transforme pas en psychodrame collectif.