Les conditions sont propices à une prise de contrôle d’Air Transat.

Air Transat teste François Legault

ÉDITORIAL / Les conditions sont propices à une prise de contrôle d’Air Transat. Avant hier, l’action ne bougeait pas beaucoup, et se situait autour de 5 $. Sa valeur boursière tourne autour de 300 millions $. Et elle a quelque 620 millions $ en banque. Si elle vit quelques difficultés ces temps-ci, avec une perte de 24,5 millions $ déclarée mardi, journée de l’assemblée des actionnaires, ses perspectives d’avenir sont plus que solides. Tout cela pointait vers une tentative d’achat, hostile ou non.

Le gouvernement du Québec a immédiatement réagi. Il faut «tout faire pour garder le siège social au Québec, a d’abord lancé le premier ministre François Legault, qui était un des cofondateurs d’Air Transat, en 1987. J’ai eu un gros pincement au coeur lorsque j’ai appris qu’Air Transat pourrait être vendue...»

Il s’agit là d’un refrain déjà entendu de la part du gouvernement. Chaque fois qu’un fleuron est vendu ou fait l’objet de discussions, on nous répète que l’important est de conserver le siège social ici. La réalité, c’est qu’il n’y a pas qu’un fleuron au Québec, il y en a plusieurs dizaines. Air Transat, les rôtisseries Saint-Hubert ou Rona constituent chacun un fleuron. L’économie est peuplée de plusieurs entreprises solides qui ensemble forment le «Québec Inc». Chaque prise de contrôle doit être combattue avec force avec les moyens du bord: Investissement Québec, la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Fonds de solidarité FTQ, le Fondaction CSN, etc.

Ensemble ou prises séparément, elles pourraient bloquer une prise de contrôle étrangère. D’autant plus que dans ce cas-ci, la loi canadienne les aide en interdisant qu’une société aérienne soit propriété étrangère à plus de 49 %. Il existe ainsi des mécanismes pour bloquer Qatar Airways, disons, de venir acheter Air Transat.

Mais la loi a ses limites. Elle ne concerne que la partie «transporteur aérien». Tout le reste chez la société mère Transat AT est susceptible d’être acheté. Une douzaine d’entreprises la forment, tant au Canada et aux États-Unis qu’en Europe, pour offrir une expérience client verticale où le voyageur reste dans le giron de Transat peu importe s’il réserve son vol, son hôtel ou divers services au sol.

Les analystes se sont lancés en hypothèses, mardi, sur qui pourrait s’intéresser à acheter Air Transat. Air Canada? C’est un compétiteur direct; ce serait mal vu par le Tribunal de la concurrence. Sunwing? Un autre compétiteur direct, mais pour les destinations soleil. Westjet? Le plus susceptible, car ses activités sont complémentaires à Air Transat. Les deux ont déjà collaboré dans le passé. Des fonds privés? Cela est toujours possible, comme la chinoise Fosun, propriétaire du Club Med et partenaire du voyagiste anglais Thomas Cook, un allié d’Air Transat en Europe. Mais les nombreux potentiels pourraient venir de partout, ou pourraient ne s’intéresser qu’à tout ce qui n’est pas transport aérien chez Transat AT.

Tout cela est le premier test économique majeur du gouvernement de François Legault. Les libéraux, qui ont précédé la Coalition avenir Québec, avaient une vision détachée du Québec Inc. Ils disaient vouloir le défendre, mais ne faisaient rien de bien concret.

Que feront M. Legault et son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon? À part acheter carrément l’entreprise? M. Fitzgibbon a déjà nié cette possibilité. Il faudra voir avec quelle force ils agissent en collégiallité pour défendre Air Transat avec leurs partenaires gouvernementaux et du secteur privé pour trouver une solution à cette nouvelle épine dans leur pied.

Alors pourrons-nous constater l’intérêt du gouvernement de François Legault face au Québec Inc.