Le crucifix de l'hôpital Saint-Sacrement à Québec

Ainsi soit-il!

ÉDITORIAL/ Le crucifix qui orne la salle du conseil municipal à l'hôtel de ville « est là pour rester », jure le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny. Celui-ci était invité à réagir au retrait de ce signe religieux du hall d'entrée de l'hôpital Saint-Sacrement à Québec. La direction du centre de santé, qui a posé ce geste à la suite de la réception d'une seule plainte, a fait marche arrière devant le tollé de protestations. Le crucifix a retrouvé la place qu'il n'aurait jamais dû quitter.
Bernard Sévigny confirme qu'il n'a pas bougé d'un « iota » depuis 2011. À cette époque, il avait déclaré « qu'on ne doit pas tout mettre à la poubelle parce qu'il y a des accommodements raisonnables ». La prière à l'hôtel de ville de Saguenay et le déplacement du crucifix du Salon bleu de l'Assemblée nationale, se souvient-il, animaient alors les débats.
Si la composition de la population sherbrookoise évolue en raison de l'immigration, constate le maire, le consensus demeure dans la communauté et au sein des membres du conseil. Il faudrait plutôt parler « d'unanimité » se ravise-t-il aussitôt, rappelant que tous les conseillers étaient « à la même place » il y a six ans. La Ville n'a reçu aucune plainte au sujet du crucifix et, devine-t-on, il en faudrait bien plus pour rouvrir le dossier.
Rappelons que ce crucifix a été donné à la Ville en 1994 par Mgr Jean-Marie Fortier, archevêque de Sherbrooke de 1968 à 1996. À sa mort en 2002, les conseillers avaient observé un moment de silence en se tournant pour une unique fois vers ce cadeau. OEuvre d'art ou non, la pièce constitue un souvenir particulier.
Pour sa part, la direction du CIUSSS de l'Estrie-CHUS a évidemment pris bonne note de la réaction épidermique qui a secoué la Vieille Capitale. À titre préventif, elle a aussitôt entrepris de faire le décompte de tous les crucifix et signes religieux présents dans ses établissements. Une fois cet inventaire terminé, le conseil d'administration devrait se pencher sur la suite des choses.
Selon la porte-parole de l'institution, Annie-Andrée Émond, aucune plainte n'a été déposée quant à la présence de crucifix depuis un an. À l'Hôtel-Dieu et au pavillon de Fleurimont, dit-elle, aucun signe religieux n'orne les halls d'entrée. On en retrouve évidemment dans la chapelle de ces établissements ainsi qu'à la boutique de souvenirs de Fleurimont, située près de l'entrée principale. S'il devait y avoir une plainte, reconnaît-elle, la direction devra forcément donner une réponse.
Tout ce brouhaha témoigne de l'acuité de la question identitaire au Québec. Les recommandations de la Commission Bouchard-Taylor sont demeurées lettre morte depuis dix ans. Le gouvernement de Philippe Couillard semble vouloir étirer le temps plutôt que de mettre sérieusement à l'étude son projet de loi sur la neutralité religieuse. Souhaitons qu'il résistera à la tentation d'en faire un enjeu électoral.
Bien présente, la question identitaire doit être débattue avec intelligence et calme. Tant que l'État québécois n'aura pas défini clairement son strict caractère laïque, plusieurs seront peut-être tentés de réclamer le retrait des crucifix des lieux publics. Si leur association au « patrimoine » est parfois galvaudée, ils témoignent toujours de la construction d'une nation. Au même titre que le nom de saint attribué à de nombreux villages, ils rappellent une véritable épopée mystique.
Bien qu'aujourd'hui non pratiquants en forte majorité, les Québécois demeurent attachés à ces symboles et n'accepteront jamais de voir charcuter leur identité à la pièce.