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ÉDITORIAL / Il faut saluer l’adoption par la Ville de Sherbrooke de la Déclaration universelle citoyenne d’urgence climatique, qui enjoint les gouvernements de réduire sans délai les émissions de gaz à effet de serre (GES).

La Ville reconnaît également la nécessité de « changements rapides et sans précédent » pour limiter à 1,5 °C le réchauffement planétaire.

Cette initiative devra toutefois être rapidement suivie par des mesures concrètes, sinon elle risque de demeurer un vœu pieux comme on le voit trop souvent lorsqu’il est question d’environnement.

Les deux dernières décennies ont démontré un manque de volonté et de courage politique des pays industrialisés pour adopter des mesures concrètes, voire contraignantes, en vue de réduire les émissions de GES, dont une bonne partie (41 % au Québec) provient du secteur des transports.

Malgré les engagements la main sur le cœur de nos dirigeants politiques lors des différents sommets sur le climat, la réalité a démontré qu’on n’en fait pas assez et pas assez rapidement pour lutter contre les changements climatiques.

Alors que la concentration des GES dans l’atmosphère a atteint un niveau record en 2017, selon l’Organisation météorologique mondiale, la plupart des pays industrialisés ont raté ou rateront leurs cibles de réduction, dont le Canada.

Le Québec ne fait pas exception puisqu’il n’avait atteint en 2017 que la moitié de son objectif de réduction de ses émissions de GES de 20 % d’ici 2020, par rapport au niveau de 1990.

Et cela vaut aussi pour la majorité des villes de la planète.

À Sherbrooke, c’est un secret de Polichinelle que le Plan de mobilité durable 2012-2021 n’atteindra probablement pas son objectif de réduire les émissions de GES de 20 % sous le niveau de 1990.

Ce plan prévoyait une diminution de l’utilisation de la voiture individuelle et une augmentation de celle du transport en commun et des transports actifs (marche et vélo).

Mais, étonnamment, le Centre de mobilité durable n’a pas d’outil pour mesurer les résultats, de sorte qu’à deux ans de l’échéance il est difficile de savoir où nous en sommes rendus.

Bref, nous avons peut-être perdu de précieuses années.

Les villes ont peu de pouvoirs pour diminuer l’utilisation de l’automobile individuelle sur leur territoire.

Elles peuvent toutefois restreindre l’étalement urbain et mieux soutenir le transport durable.

Sherbrooke a certes beaucoup investi ces dernières années pour développer son réseau cyclable utilitaire et améliorer la sécurité des piétons.

Mais il faut faire davantage et, surtout, se donner un plan et le respecter!

Marc Denault, président du Centre de mobilité durable et de la Société de transport de Sherbrooke (STS), affirme que les choses vont changer : un employé à temps plein a été embauché cet automne pour coordonner les actions des différents partenaires (Ville, universités et CHUS, notamment) et faire le suivi du Plan de mobilité durable.

Celui-ci sera aussi revu et actualisé. De plus, un bilan annuel sera présenté à compter de l’année 2018.

Mieux vaut tard que jamais.

La lutte aux émissions de GES est un enjeu global qui nécessite des actions locales et individuelles.

Si la communauté sherbrookoise croit à l’urgence climatique, des gestes décisifs devront être posés en mettant les citoyens dans le coup.

Et cela passe par un aménagement urbain qui tienne compte des piétons et des cyclistes, par des liens cyclables entre les grands générateurs de déplacements, par le développement du transport en commun et de corridors réservés aux autobus, notamment.

« Moi, je dis que 2019 va être l’année de la STS et de la mobilité durable », lance Marc Denault.

Les citoyens n’en attendent pas moins, d’autant plus que Sherbrooke vise maintenant une réduction de 30 % de ses émissions de GES d’ici 2030, par rapport à 2009.