Le nombre d’élèves à la formation générale et à la formation professionnelle va augmenter de 14 % (16 % chez les francophones) d’ici 2029-2030 au Québec.

A-t-on oublié les profs?

ÉDITORIAL / Des commissions scolaires peinent déjà à recruter des enseignants. La difficulté risque de s’accentuer au cours des prochaines années puisque la clientèle scolaire sera en croissance d’ici 2030. Et pourtant, on ne sent pas l’urgence de s’attaquer au problème et de se doter d’un plan. Une situation révélatrice de notre peu d’intérêt pour l’éducation au Québec. Avoir un bon prof devant une classe n’est pourtant pas un détail.

Le gouvernement a présenté en juin une politique de réussite éducative. Il planche sur la création d’un Institut national d’excellence en éducation. Il a investi 3 millions $ dans le projet de Lab-école des Ricardo-Lavoie-Thibault pour imaginer l’école de demain. Ces derniers mois, il a multiplié les annonces d’investissements «historiques» et «sans précédent» pour rénover les écoles.

Mais un élément important, voire essentiel, est négligé : les enseignants. 

Le nombre d’élèves à la formation générale et à la formation professionnelle va augmenter de 14 % (16 % chez les francophones) d’ici 2029-2030 au Québec. Qui leur enseignera? 

«On n’a pas encore réalisé l’ampleur de la demande qui s’en vient dans le réseau public», indiquait vendredi dans Le Devoir Martin Maltais, professeur au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Rimouski. «On aura besoin de plus d’enseignants et de plus de directions d’école, sinon, on s’en va vers une catastrophe annoncée. Le défi est grand, parce qu’on est déjà en pénurie».

La situation est en effet préoccupante. 

Dans le document consultatif sur le projet d’Institut national d’excellence en éducation, le ministère de l’Éducation note de plus que «d’autres variables pourraient influencer la fréquentation à la hausse». Il fait état du possible déploiement de la maternelle 4 ans et du rehaussement de 16 à 18 ans de l’âge obligatoire de la fréquentation scolaire. Des pistes que compte notamment suivre la Coalition avenir Québec si elle prend le pouvoir.

Le milieu de l’enseignement n’est pas seul à souffrir d’une rareté de main-d’œuvre. Le Québec n’est pas seul non plus à s’arracher le personnel enseignant. Des médias rapportaient récemment que les enseignants francophones sont recherchés dans le reste du pays. Raison de plus pour que le Québec mette les bouchées doubles. 

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a prévu dans sa politique de réussite éducative un «chantier d’analyse» sur la valorisation de la profession enseignante et sur l’autonomie professionnelle du personnel enseignant. Il veut aussi créer un prix annuel pour reconnaître le caractère innovant des pratiques pédagogiques d’un enseignant ou d’une enseignante.

Il faudra beaucoup plus pour que les étudiants, et non les moindres, accourent vers les facultés des sciences de l’éducation et pour que la profession soit redorée et valorisée chez les jeunes et dans l’ensemble de la société. 

Le ministère a créé en 1994 une semaine pour valoriser la profession enseignante. Quelques bons mots pour les profs une semaine de février ne suffisent pas.

Attaquons-nous sérieusement au problème et ne négligeons aucun aspect. Critères d’admission dans les facultés des sciences de l’éducation (le ministre François Blais voulait les rehausser), compensation financière des stages finaux sous forme de bourse, précarité des jeunes qui débutent dans la profession, rémunération, formation continue, partage des tâches et des classes entre anciens et nouveaux.

Le ministère sait depuis 15 ans que les jeunes enseignants décrochent. Plus de 20 % des recrues quittent la profession après cinq ans. 

L’occasion est belle de prouver que l’éducation est réellement une priorité au Québec.