À propos de Valoris

C’est avec grand intérêt que j’ai pris connaissance du rapport de la vérificatrice générale de la ville, Mme Andrée Cossette, concernant Valoris, puisque c’est un dossier qui fut exigeant et qui a nécessité de nombreuses heures de travail pour l’élue que j’étais de 2013 à 2017.

Les constats avancés par la vérificatrice générale sont réels, mais ils manquent de contexte. En effet, il n’est nulle part fait mention que la construction du centre de tri de Valoris, qui est à l’origine de la plupart des difficultés, constitue en réalité un important projet d’innovation car nulle part ailleurs au Québec et au Canada, on ne trie la poubelle. La ville de Sherbrooke et la MRC du Haut-St-François se sont donc donné un défi hors norme en 2012. Ce projet, il faut le réaliser, prend aussi une forme unique puisqu’il s’agit d’une usine dont les activités concurrencent les entreprises privées: les matières résiduelles résidentielles sont municipalisées, mais ce n’est pas le cas de celles des industries, des commerces, des institutions et des compagnies de construction, de démolition et de rénovation. Enfin, ce projet représentait un investissement de 31 millions, une taille de projet qu’on rencontre peu souvent et le choix a été fait de s’y aventurer sans aucune subvention gouvernementale. Les villes qui ont opté pour des alternatives différentes, comme la méthanisation, ont toutes été fortement subventionnées.

Je ne crois pas que les élus de l’époque (2012), pas plus que ceux d’aujourd’hui, réalisaient que ce projet entrait dans une catégorie à part dans le monde municipal. Par exemple, pour le mandat de 2013 à 2017, donc pour la naissance du projet, le maire Sévigny a confié le mandat à trois nouveaux élus et à seulement un élu provenant de l’ancien Conseil. S’approprier un projet de cette envergure alors qu’on se lance dans les appels d’offre, ce n’est pas l’idéal. De plus, le maire et son parti nous ont souvent mis des bâtons dans les roues au lieu de nous soutenir, alors que ce projet, c’était leur idée. 

Avec beaucoup de pertinence, la vérificatrice générale a souligné que l’étude de marché à la base du projet contenait des hypothèses qui ne se sont pas réalisées, qu’il y a eu des dépassements de coûts, par exemple en raison des charges parasismiques occultées, et que les équipements de tri ne permettaient pas l’atteinte du rendement prévu. Quand on sait que Valoris s’est entouré de professionnels largement rémunérés à toutes les étapes du projet, que ce soit pour l’étude de marché, la réalisation des devis, la surveillance des chantiers et la conception des lignes de tri, je suis surprise que la vérificatrice générale ne suggère pas de faire investiguer le travail de ces professionnels par leur ordre professionnel afin d’établir les manquements s’il y a eu lieu. 

La venue en 2017 du directeur général Jean-François Sornin, qui arrivait du secteur manufacturier privé, m’a confortée dans cette idée que le Conseil avait nettement sous-estimé l’importance du projet. Avec une direction générale composée en tout et pour tout de deux personnes, nous étions très vulnérables. Un tel projet aurait dû nécessiter une équipe de direction de 5 à 6 personnes. Avec une telle équipe, plusieurs des manquements à la gouvernance soulignés par la vérificatrice auraient pu être évités. Encore une fois, les experts qui nous accompagnaient n’ont pas soulevé cette question d’importance.

Ceci m’amène à faire une recommandation que j’ajouterais à celles de Mme Cossette. La composition du conseil d’administration de Valoris devrait être revue pour créer des sièges attribués à des personnes ayant de l’expérience en gestion d’usine, en génie mécanique, en gestion des matières résiduelles et en finances, par exemple. Les profils habituels des conseillers municipaux font en sorte que peu d’élus possèdent de l’expérience dans ces champs d’activités nécessaires à un projet d’importance comme Valoris. 

Je tiens à féliciter les élus qui ont le courage de siéger à Valoris. Ils ont peu à gagner et beaucoup à endurer. 

Hélène Dauphinais

Ancienne vice-présidente et présidente de Valoris