À la ville comme à la campagne

ÉDITORIAL / La décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de considérer désormais l'accès à Internet haute vitesse comme un service de base dans les régions mal desservies devrait enfin permettre l'entrée graduelle de celles-ci dans « l'économie numérique ».
Mais, pourvu que les fournisseurs de services emboîtent le pas et offrent des forfaits abordables.
Après le gouvernement du Québec, qui a lancé lundi à Saint-Malo, en Estrie, l'appel de projets du programme « Québec branché », assorti d'une enveloppe de 100 millions $ pour implanter Internet haute vitesse dans les régions rurales, le CRTC y va d'un fonds de 750 millions $ sur cinq ans pour porter de 82 à 90 pour cent la proportion de ménages canadiens qui sont branchés.
Étrangement, le CRTC indique que le reste de la population devra attendre encore 10 à 15 ans avant d'avoir accès à ce service, ce qui apparaît démesurément long.
Selon le CRTC, ce fonds sera « complémentaire aux investissements privés et futurs et au financement public ».
Dans les petites communautés, l'accès à un service Internet haute vitesse est un enjeu à la fois social et économique. Pour les travailleurs autonomes, les créateurs et les entreprises désireuses d'accéder facilement à de l'information sur les marchés, sur les besoins des leurs clients ou pour développer de nouvelles occasions d'affaires, Internet haute vitesse est une nécessité.
Il en va de même pour les simples citoyens désireux de communiquer entre eux de façon rapide, les personnes à mobilité réduite, l'accès aux services d'urgence, tout comme l'achat et la vente en ligne.
Selon les données présentées par la ministre de la Stratégie numérique du Québec, Dominique Anglade, 340 000 ménages québécois n'ont pas accès à Internet haute vitesse ou disposent d'une connexion de mauvaise qualité.
Dans l'ensemble du Canada, 1,2 million de ménages sont dans cette situation. Et on ne parle pas seulement de régions comme la Gaspésie, la Côte-Nord ou certains secteurs du Lac-Saint-Jean.
En Estrie, par exemple, la moitié de la MRC de Coaticook, dont la population est de 18 800 personnes, n'est pas encore desservie par un réseau cellulaire.
Asbestos, une ville de près de 7000 habitants, n'est pas entièrement couverte par un réseau Internet et de téléphonie mobile, alors que la communauté multiplie les efforts pour attirer des entreprises et diversifier son économie.
Règle générale, les fournisseurs préfèrent investir dans les agglomérations densément peuplées plutôt que dans les petites communautés où ils doivent développer des infrastructures.
Le CRTC lancera des appels d'offres pour la distribution des fonds aux entreprises, municipalités et organismes qui voudront implanter ou améliorer les infrastructures d'accès à Internet. L'organisme demeure toutefois muet sur l'accessibilité aux services en terme de coûts pour les consommateurs et semble donc se fier à la concurrence.
Il y a deux mois, le CRTC avait pourtant dû mettre au pas les principales entreprises de câblodistribution et de téléphonie, estimant qu'elles imposaient des tarifs trop élevés aux fournisseurs d'accès Internet indépendants, notamment Bell, Cogeco, Rogers, TELUS et Vidéotron.
À la veille d'un redéploiement des services Internet dans les régions mal desservies, il est curieux que le CRTC ne leur ait pas envoyé un message sans équivoque à ce sujet.