Félix Leclerc en 1983

À la mémoire de Félix!

Depuis 20 ans, je m’occupe d’une activité annuelle qui a pour nom la Journée de l’Hymne au printemps et qui a pour objet de rendre hommage à Félix Leclerc chaque 21 mars.

Cet intérêt que je porte à l’homme et à son œuvre remonte à assez loin. En fait, à 10 ans, une institutrice me fit découvrir le texte de chanson l’Hymne au printemps de Félix, qu’elle avait transcrit sur des feuilles de papier à l’encre bleue qu’elle avait déposées justement un 21 mars dans les pupitres de chaque élève avant notre arrivée en classe. Elle me demanda le premier d’en lire quelques lignes. Elle nous fit entendre ensuite la chanson par celui qui l’avait composé. Alors cette belle voix ronde et chaude que j’entendis, pour la première fois, me toucha et resta gravée dans ma mémoire.

Mon adolescence fut bercée par les groupes québécois tels qu’Harmonium et Beau Dommage et par des chanteurs comme Paul Piché et Gilles Valiquette. Et côté anglophone, je n’en avais que pour les Beatles. Ce n’est que lorsque je débutai mes études collégiales en lettres que Félix est revenu dans le paysage de ma vie. Je me suis mis à lire de ses ouvrages littéraires, tels que ses maximes et son roman Pied nus dans l’aube, qui me fit découvrir un pan de son enfance passée à La Tuque.

Puis je plongeai plus intensément dans son œuvre littéraire au cœur de ses contes, ses fables et autres romans. Cette lecture des livres de Félix se faisait pareillement à celle que je devais faire obligatoirement de plusieurs romans québécois et français pour en faire des dissertations. Je me rappelle que j’avais demandé à un des professeurs de littérature québécoise, s’il était possible qu’il puisse éventuellement ajouter un roman de Félix dans le programme des lettres du cégep. Au secondaire, j’avais un professeur de français qui était un amoureux de Félix et qui de temps en temps nous lisait des extraits de ses œuvres en plus de nous chanter de ses chansons, accompagné à la guitare. D’ailleurs dans les années 50 et 60, des livres de Félix étaient au programme de plusieurs écoles du Québec.

Et comme j’étais très impliqué dans la vie étudiante, je décidai d’organiser une soirée de poésie intercollégiale.  Et avec un petit comité organisateur, nous avions décidé d’inviter un artiste de renom qui serait à la fois poète et auteur-compositeur, car nous voulions aussi mettre l’accent sur la musique.

Lors de notre première réunion un soir de janvier, je proposai le nom de Félix Leclerc. Mais mes acolytes se moquèrent de moi en me laissant voir que je visais un peu trop haut. Mais le lendemain, je réussis à dénicher, au bureau de l’animatrice à la vie étudiante, un numéro de téléphone pour joindre le grand homme à l’île d’Orléans. Mais cette dernière hésita avant de me transmettre ledit numéro et me dit qu’elle me faisait une faveur et que j’avais intérêt à être bref et précis lors de ma communication. L’après-midi même, je fis mon appel fatidique entouré de quelques membres du comité de la soirée de poésie dans un petit local du cégep. Au bout du fil une voix grave et chaleureuse se fit entendre.

Je lui fis part de ma requête et l’invita donc à agir à titre d’invité d’honneur à notre soirée de poésie. Et il me répondit poliment que ce ne serait pas possible. Puis il me demanda à quelle date se déroulait notre événement. Je lui répondis le 21 mars. Et il me dit que c’était une fort belle idée d’accueillir le printemps en poésie et en musique. Puis il me dit qu’il soulignerait la date sur un calendrier et qu’il aurait une belle pensée pour nous ce soir-là. Je le remerciai d’avoir pris un temps pour m’écouter et lui dit que ce fut un très grand honneur et un très grand privilège de lui adresser la parole. Il me souhaita une belle soirée de poésie pour le 21 mars. Je raccrochai et j’avais les yeux humides et je dis à mes amis que je venais de vivre, sans doute, le plus beau refus de toute ma vie et que c’était un moment qui resterait gravé dans ma mémoire. Lors de la soirée de poésie, je lus des extraits de son œuvre. Puis dans les semaines suivantes, je me mis à écouter plus intensément ses chansons.

En 1988, le 8 août, Félix Leclerc nous quitta. La nouvelle secoua le Québec et fit de tour de la planète francophone et même plus. Mon rêve ne se sera pas réalisé soit celui d’avoir pu rencontrer le poète au regard bleu sur l’île d’Orléans. Mais en 1998, dix ans plus tard, afin de souligner le dixième anniversaire de son décès, je décidai de créer une journée hommage à sa mémoire qui se nommerait donc la Journée de l’Hymne au printemps. La première édition se déroula au Saguenay le 21 mars de cette année-là et des activités se déroulèrent les années suivantes un peu partout au Québec.

Aujourd’hui, vingt ans plus tard, la Journée de l’Hymne au printemps se tient toujours et garde vivante, à sa manière, la mémoire de Félix Leclerc tout en valorisant le rayonnement de son œuvre.

Félix Leclerc est toujours bien vivant / Il a chanté l’essentiel, l’essentiel demeurant / Ses p’tits bonheurs ne peuvent que fleurir/ Dans le présent des êtres en devenir.

Yvan Giguère, Saguenay