La Ville de Sherbrooke doit réfléchir sérieusement au maintien de la place Nikitotek au centre-ville, un attrait touristique majeur qui, malgré les hauts et les bas des spectacles présentés par Québec Issime, a eu des retombées importantes depuis 2014.

À garder au centre-ville

ÉDITORIAL / La Ville de Sherbrooke doit réfléchir sérieusement au maintien de la place Nikitotek au centre-ville, un attrait touristique majeur qui, malgré les hauts et les bas des spectacles présentés par Québec Issime, a eu des retombées importantes depuis 2014.

La scène extérieure doit être démantelée et entreposée en raison des travaux pour le réaménagement de la rue des Grandes-Fourches nord et la construction du futur pont des Grandes-Fourches, d’ici 2021.

Mais, déjà, plusieurs élus remettent en question la pérennité de cet équipement culturel, estimant que l’aventure a coûté suffisamment cher et qu’il ne vaut pas la peine d’y investir davantage.

Le conseil municipal entend néanmoins se donner quelques mois de réflexion pour déterminer « le scénario le plus avantageux pour les citoyens sherbrookois », qu’il s’agisse de déménager la scène sur un autre site, de lui donner une nouvelle vocation ou carrément de la vendre. Et c’est bien ainsi.

Québec Issime est sous contrat avec la Ville jusqu’en 2024.

La place Nikitotek, dont la cote d’amour n’a pas toujours été très élevée chez les élus municipaux, avait nécessité des investissements de 6,4 millions $, dont une subvention de 4,4 millions $ dans le cadre de la mise en valeur de la gorge de la rivière Magog.

Ses coûts annuels de fonctionnement sont de 400 000 $.

C’est beaucoup d’argent, mais il y a eu des retombées importantes : entre 10 000 et 17 600 spectateurs par été et des recettes touristiques annuelles moyennes de 1,5 million $.

Malgré les réserves de certains élus et de commerçants du centre-ville au sujet du premier spectacle consacré à la musique country, Cowboys, de Willie à Dolly, présenté de 2014 à 2017, suivi de Starmania, en 2018 et 2019, et les relations parfois difficiles entre la Ville et le promoteur Robert Doré, l’affaire semble donc avoir été profitable, du moins si on se fie aux chiffres de Destination Sherbrooke.

Lors de son bilan de la première saison de Starmania, en 2018, l’organisme avait même qualifié ce spectacle de « très grand succès » avec 14 000 spectateurs, dont 70 % de touristes et d’excursionnistes, et des retombées de près de 2 millions $.

Au cours des derniers étés, plusieurs spectacles indépendants ont aussi été présentés à la place Nikitotek, notamment le groupe de jazz fusion Uzeb, le spectacle Number Nine, pour les 50 ans de l’Album blanc des Beatles, et l’Orchestre du 7e art.  

Les spectacles de Québec Issime ont aussi permis à de nombreux musiciens, artistes et techniciens sherbrookois de travailler ici durant l’été.

La Ville de Sherbrooke doit évidemment prendre une décision d’affaires et s’assurer de ne pas alourdir le fardeau fiscal des contribuables, mais doit-on faire une vente de feu?

Il y a quelques jours, l’aubergiste Mario Corbin a dit craindre que l’absence d’un produit touristique d’envergure au centre-ville, l’an prochain, entraîne une baisse d’achalandage dans l’hôtellerie.

« Les gens vont venir pour quoi l’an prochain? Des clowns sur la rue Wellington? » a-t-il demandé.

Une analyse sérieuse s’impose avant de déclarer forfait, quitte à revoir la formule, l’endroit et à dénicher un autre producteur de spectacles pour ce lieu de diffusion estival.

Sur le marché touristique, Sherbrooke est en concurrence avec d’autres agglomérations, comme Trois-Rivières, qui investit plus de 2 millions $ par année pour l’Amphithéâtre Cogeco, où les spectacles attirent des dizaines de milliers de spectateurs chaque été.

Place Nikitotek ou pas, Sherbrooke devra continuer d’investir pour attirer des visiteurs avec un produit culturel original, idéalement au centre-ville. La volonté politique y est-elle?