À faire réfléchir

ÉDITORIAL / On répète depuis des années que l’intégration des immigrants passe par l’emploi.

Or non seulement le taux de chômage chez les nouveaux citoyens québécois est supérieur à celui des «natifs», mais leur francisation - lorsqu’elle est nécessaire - est pratiquement un échec, comme en fait foi le constat affligeant de la Vérificatrice générale du Québec.

Insuffisance de moyens? Manque de volonté politique? Probablement un peu de tout cela malgré les beaux discours du gouvernement Couillard sur l’intégration et le «vivre ensemble».

Le fait pour un nouvel arrivant d’aller de petit boulot en petit boulot, entre deux périodes de chômage, ou, pire, de se retrouver à l’aide sociale, fait évidemment obstacle tant à son intégration sociale qu’économique et équivaut à une forme de discrimination.

En outre, bon nombre d’immigrants, surtout ceux et celles dont les compétences professionnelles ne sont pas reconnues, se sentent humiliés de dépendre des programmes sociaux pour survivre. Pour le sociologue Gérard Bouchard, ex-coprésident de la Commission Bouchard-Taylor de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, il ne peut y avoir de sentiment d’appartenance chez les immigrants si ceux-ci se sentent exclus.

Dans une entrevue publiée vendredi dans le quotidien La Presse, M. Bouchard fait valoir que «pour sensibiliser quelqu’un et pour le faire vibrer à nos valeurs, il faut d’abord lui donner un travail».

Le sociologue estime toutefois qu’il n’y a pas de volonté politique pour régler le problème du sous-emploi chez les immigrants. Il prône carrément des quotas pour l’embauche de travailleurs immigrants dans les entreprises, un peu comme on l’a fait pour l’égalité homme femme, notamment dans les conseils d’administration d’organismes publics.

Mais, prévient-il, « il faudrait que ce soit enveloppé dans un discours politique qui rend la chose acceptable à l’ensemble de la population. Autrement, ça va passer pour une injustice, pour des privilèges aux immigrants. Et ce discours-là est déjà présent». On pourrait ajouter que nos dirigeants devront faire preuve de courage politique.

Tout cela doit faire réfléchir le gouvernement québécois et les entreprises.

Le problème du sous-emploi chez les immigrants ne peut plus durer non seulement en raison de la nécessité de bien les intégrer socialement, mais aussi parce que le Québec est confronté à de graves pénuries de travailleurs, du moins pour un avenir prévisible, et que les nouveaux arrivants font partie de la solution. 

La discrimination à l’embauche n’est pas un mythe: une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques dévoilait récemment que les immigrants, dont un bon nombre admis au pays en raison de leurs compétences professionnelles, occupent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés, touchent un revenu inférieur aux natifs et sont plus souvent victimes de chômage.

Le gouvernement du Québec a certes annoncé en 2016 une enveloppe de 42,5 millions $ sur cinq ans, dans le cadre de sa politique «Ensemble, nous sommes le Québec», pour mieux sélectionner les immigrants et reconnaître leurs acquis et compétences. Mais est-ce suffisant alors que de plusieurs d’entre eux déjà installés au Québec peinent à dénicher un emploi?

De plus, Québec doit impérativement apporter des correctifs pour la francisation des immigrants. Leur intégration ne doit pas seulement répondre à des impératifs économiques, elle est aussi un devoir moral.

Au revoir

Lectrices, lecteurs: Je signe ici mon dernier texte en tant qu’éditorialiste à temps plein pour La Tribune puisque la vie m’appelle à faire autre chose à compter de 2018. Je vais toutefois continuer à collaborer régulièrement avec le journal. Ce fut un honneur et un plaisir pour moi d’oeuvrer d’abord comme journaliste et ensuite comme éditorialiste pour ce grand quotidien régional et pour vous. Je tiens aussi à remercier toutes les personnes que j’ai croisées au cours de ces 30 années de travail. Bonne année 2018!