20 fois sur le métier

ÉDITORIAL / Après des années de démar-ches ardues et, jusqu’ici, infructueuses de la part de la Ville de Sherbrooke et de la communauté d’affaires, il est plus que temps que le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, accorde une désignation de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) pour l’aéroport régional, avec un financement du fédéral.

Il est incompréhensible qu’une agglomération de l’importance de Sherbrooke, avec ses industries, ses deux universités et ses centres de recherche, ne puisse bénéficier des services de l’ACSTA et offrir des vols commerciaux vers les grandes villes comme Montréal, Boston ou Toronto.

Devant une telle situation, il est décourageant d’entendre la ministre du Développement international et députée de Compton-Stanstead, Marie-Claude Bibeau, affirmer qu’elle ne peut rien faire de plus dans ce dossier tant que Sherbrooke n’aura pas signé d’entente avec un transporteur aérien.

Les libéraux avaient pourtant promis lors de la campagne électorale de 2015 une telle désignation pour l’aéroport régional.

Tout comme son collègue Marc Garneau, Mme Bibeau affirme aujourd’hui que la solution est que l’aéroport de Sherbrooke assume lui-même les coûts pour les services de l’ACSTA (qui seraient de 600 000 $ à 700 000 $ par année) et se rembourse avec une taxe prélevée auprès des passagers, un mécanisme en place depuis 2015 au pays.

La députée estime que l’aéroport pourrait par la suite obtenir une désignation… Mais quand au juste? On ne le sait pas.

Pour le président de la Chambre de commerce de Sherbrooke, Claude Denis, un tel scénario n’est pas possible en raison des coûts pour le personnel et les équipements de sécurité, ce qui aurait immanquablement un impact sur le prix des billets d’avion.

Sans compter que Sherbrooke pourrait aussi devoir payer pour les sièges inoccupés dans les avions durant les premières années d’un éventuel service aérien.

« Ce serait rendu trop cher », dit M. Denis.

Tout cela manque un peu de sérieux.

Bien sûr, Sherbrooke a des devoirs à faire et doit obtenir une entente avec un transporteur aérien, mais le gouvernement fédéral donne l’impression de laisser la région à elle-même.

À l’heure actuelle 89 aéroports canadiens, dont certains sont de moindre importance que celui de Sherbrooke, bénéficient d’une désignation de l’ACSTA.

Alors pourquoi pas nous?

Il est impératif que les choses commencent à bouger, sinon Sherbrooke risque de perdre des investissements, voire des entreprises déjà installées ici qui en ont marre de devoir se taper l’autoroute pour se rendre à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, prévient le président de la Chambre de commerce de Sherbrooke.

Le gouvernement fédéral ne peut pas ne pas reconnaître l’importance d’une desserte aérienne pour l’économie de la région.

Un tel service à partir de l’aéroport régional desservirait un bassin de population de 300 000 personnes avec une possibilité de 25 000 passagers par année, selon les données de la Chambre de commerce de Sherbrooke.

Le dossier est complexe. Il a connu de nombreux rebondissements au cours des dernières années et bien des citoyens et gens d’affaires se demandent sans doute pourquoi il est si difficile pour Sherbrooke d’intéresser un transporteur aérien.

La région a pourtant des appuis à Ottawa comme à Québec : le lieutenant politique du Parti conservateur pour le Québec, Alain Rayes, ainsi que le ministre responsable de l’Estrie et ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, pressent Ottawa d’agir.

Le président de la Chambre de commerce de Sherbrooke, Claude Denis, multiplie les démarches et rencontre la ministre Bibeau sous peu.

Si le ministre Garneau soutient la région et croit en son dynamisme économique, comme il le dit, il doit s’engager à accorder une désignation de l’ACSTA dès que Sherbrooke aura une entente avec un transporteur aérien. Il s’agit d’une priorité régionale.