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ÉDITORIAL / Malgré les pétitions, les vigiles à travers le monde, le travail inlassable d'Amnistie internationale et le récent cri du coeur des enfants de Raïf Badawi, bien peu de choses semblent bouger dans le dossier du blogueur saoudien emprisonné depuis cinq ans en Arabie saoudite pour insulte à l'islam.
Du moins officiellement.
Ce samedi 17 juin, le jeune homme de 33 ans, dont la femme et les enfants sont réfugiés à Sherbrooke, aura purgé la moitié de sa peine de prison de 10 ans sans que l'on sache où exactement en est rendu le gouvernement Trudeau dans ses démarches pour demander sa libération, ni même si des gestes concrets ont été posés jusqu'ici.
Au-delà des préoccupations exprimées occasionnellement par le premier ministre Justin Trudeau et ses propos à l'effet qu'Ottawa aborde le cas de M. Badawi avec le régime saoudien à chaque occasion qui lui est donnée, pourquoi un tel silence?
Et pourquoi la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, en poste depuis janvier, n'a-t-elle toujours pas rencontré Amnistie internationale?
Raïf Badawi n'est pas citoyen canadien, ce qui ne facilite pas les choses pour Ottawa.
Toutefois, le gouvernement Trudeau dispose encore d'une certaine autorité morale en tant que défenseur des droits de la personne, alors pourquoi ce manque d'empathie et d'initiative dans cette cause désormais célèbre?
Il est vrai que les tractations diplomatiques restent généralement secrètes.
Mais on ne sent pas qu'Ottawa mène des démarches soutenues pour obtenir la libération de Raïf Badawi, condamné en vertu de la charia pour avoir animé le site internet «Liberal Saudi Network», qui donnait la parole aux démocrates et aux défenseurs des droits des femmes en Arabie Saoudite.
En février 2015, le Parlement européen avait réclamé la libération « immédiate » de Raïf Badawi, suivi quelques jours après par l'Assemblée nationale du Québec.
Deux mois plus tard, le Parlement fédéral adoptait une motion similaire à l'initiative du ministre des Transports et député de Notre-Dame-de-Grâce-Westmount, Marc Garneau.
Depuis, le gouvernement canadien ne semble guère être allé plus loin
Le régime ultraconservateur saoudien est reconnu pour son mépris total du droit d'expression et des droits de la personne en général, ce qui n'empêche toutefois pas le Canada et de nombreux pays occidentaux de le considérer comme un partenaire commercial et même un allié militaire au Moyen-Orient.
Ottawa a d'ailleurs autorisé la vente de blindés légers à Riyad en 2016, comme si de rien n'était, ce qui tend à démontrer que l'argent et le pétrole ont préséance sur la démocratie et les droits de la personne.
Il reste heureusement la mobilisation citoyenne à Sherbrooke comme ailleurs dans le monde qui fait en sorte que même après cinq ans, la cause de Raïf Badawi est plus que jamais d'actualité.
Une campagne internationale est également en cours sur le réseau social Twitter pour demander au roi Salmane d'Arabie saoudite de gracier M. Badawi à l'approche des célébrations de la fin du mois du ramadan, le 25 juin, alors que le prisonnier d'opinion aura purgé la moitié de sa peine.
Et ce soir comme demain soir, des milliers de personnes dans le monde, de même qu'-à Montréal, Québec, Rimouski, Thetford Mines et Sherbrooke, vont souligner les cinq ans d'emprisonnement du jeune saoudien et réclamer haut et fort sa libération.
Bref, on n'oublie pas Raïf et on ne l'oubliera pas!
Mais il est très difficile de comprendre l'inaction apparente du gouvernement Trudeau qui, au train où vont les choses, est en train de perdre le peu de crédibilité qu'il lui reste dans ce dossier.