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Vingt ans après l'an 2000: les aînés
Vingt ans après l'an 2000: les aînés
Un plan d’action pour rompre avec l’âgisme passera par la démystification des fausses croyances sur le vieillissement et par le vivre ensemble.
Un plan d’action pour rompre avec l’âgisme passera par la démystification des fausses croyances sur le vieillissement et par le vivre ensemble.

Des stratégies pour rompre avec l’âgisme

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Il est temps de rompre avec l’âgisme qui freine la participation sociale des aînés et les empêche d’exercer leur pouvoir et de contribuer à la société.

Récipiendaire en 2019 d’une bourse du Fonds de recherche du Québec pour étudier cette problématique, la professeure chercheuse Mélanie Levasseur en appelle à un grand dialogue public pour y arriver, une sorte de Old Lives Matter pour combattre l’âgisme systémique.

« Un peu comme Bell pour la cause, qui a été présentée comme un pas vers l’acceptation de la santé mentale, ou le mouvement MeToo sur les enjeux du sexisme, on serait rendu à une campagne du genre pour parler d’âgisme », estime-t-elle.

Voilà une vingtaine d’années que la professeure Levasseur étudie la participation sociale des aînés. Et on ne parle pas seulement ici d’aller voter ou de s’engager dans des associations de défense. On parle d’interactions dans la communauté, à tous les niveaux, et même virtuellement.

« Avant le confinement, on parlait d’une restriction entre le quart et la moitié des aînés qui avaient soit une présence d’incapacité ou qui souhaitaient participer davantage, rapporte-t-elle. Quand on leur posait la question, ils étaient capables de nommer des barrières, soit personnelles, comme la santé, ou environnementales, comme le manque d’accessibilité ou le manque d’opportunités adaptées à leur condition. »

La professeure titulaire Mélanie Levasseur poursuit des recherches sur la participation sociale des aînés et l’âgisme.

Or cette participation sociale est nécessaire pour éviter un déconditionnement des aînés, pour qu’ils restent actifs et en santé, dit la professeure titulaire à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke et chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement (CRDV) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, un des plus importants du genre au Canada.

Parmi les freins à la participation sociale des aînés, l’âgisme préoccupe particulièrement la professeure Levasseur. Surtout il se manifeste envers eux-mêmes et qu’ils se pensent trop vieux par exemple pour faire quelque chose.

Dans le plan d’action qu’elle est à mettre au point avec son équipe, Mélanie Levasseur cible deux grands axes, celui de démystifier les fausses croyances sur le vieillissement et celui d’apprendre à vivre ensemble avec toutes les générations, sur le modèle peut-être de ce qui se fait avec succès chez les associations interculturelles.

« On est une société qui est capable de se transformer et de s’adapter, dit Mélanie Levasseur. On l’a vu avec la pandémie, [...] on a été capable de passer au télétravail et de faire mieux pour l’environnement. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas être capable pour nos aînés. Mais pour y arriver, il ne faut pas voir les personnes âgées comme pas importantes en se disant qu’elles sont en fin de vie. Il faut les prioriser dans notre discours de société même si ça rentre en conflit avec d’autres priorités. Il y a moyen d’être créatifs et de trouver des solutions. »

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Centenaires et baby-boomers

On comptait 2835 centenaires au Québec au 1er juillet 2020 et 18 086 personnes âgées de 95 à 99 ans. Selon une projection de l’Institut de la statistique du Québec, les centenaires auront presque quadruplé en 2040 pour atteindre 10 581, tandis que les 95-99 ans n’auront pas tout à fait triplé à 52 254. 

Les baby-boomers (aujourd’hui âgés de 55 à 75 ans) représentent 26 % de la population québécoise, soit 2,230 sur 8,574 millions de personnes. En 2000, ils constituaient 32,4 % de la population et dans 20 ans, en 2040, ils ne seraient plus qu’environ 15 %.

En 2000, les 65 ans et plus représentaient 12,9 % de la population et les 20 ans et moins, 24,4 %. Vingt ans plus tard, les deux groupes approchent l’égalité à respectivement 19,7 % et 20,8 % de la population. Tandis qu’en 2040, l’ISQ projette que les aînés auront largement surpassé les plus jeunes à 26,3 % contre 19,6 %.

Pour la première fois en 2019, l’espérance de vie à la naissance chez les hommes a atteint le plateau des 80 ans. Selon les données de Statistique Canada publiées le mois dernier, leur espérance de vie au Québec est de 81,1 ans, alors que chez les femmes, elle s’élève à 84,2 ans.