Thomas Grégoire en Finlande: «Il n’y a pas une journée où je regrette mon choix!»

Thomas Grégoire a remporté le championnat de la Liiga avec le Lukko de Rauma la saison dernière.

Il faisait lever les foules du Palais des sports dans l’uniforme du Phœnix et aujourd’hui, il fait bondir de leur siège les partisans du Lukko de Rauma. Après avoir gagné le championnat de la Liiga à son arrivée en Finlande, Thomas Grégoire connaît tout autant de succès cette saison. Même si la langue est complexe et que les journées sont courtes, le défenseur sherbrookois prend racine dans ce pays nordique.


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L’époque où il se sentait dépaysé est révolue. Loin de sa famille, de son amie de cœur et de ses amis, sans oublier son chien Billy, Thomas Grégoire quittait la Ligue américaine de hockey l’an dernier pour se présenter de façon expéditive en Finlande. Une offre de contrat professionnel qu’il pouvait difficilement refuser. 

Un an plus tard, le hockeyeur de 23 ans dit avoir pris ses aises dans cette petite ville d’à peine 40 000 habitants. 

«Il n’y a pas une journée où je regrette mon choix! Ma copine m’a rejoint avec mon chien. Elle est mannequin et elle a pu se trouver des contrats ici. On est bien installés. Je me suis fait des amis au sein de l’équipe. Le fait d’avoir gagné le championnat aide aussi à tisser des liens. L’esprit d’équipe est toujours meilleur dans la victoire. Sinon, on a déménagé dans le logement juste à côté. Mon voisin était un coéquipier, il a quitté l’équipe et j’aimais mieux son appartement! On aime bien voyager aussi. J’adore la ville de Helsinki, la capitale du pays. Puis maintenant, je connais mon quartier et je sais où je m’en vais quand je conduis dans la ville. J’ai d’ailleurs accueilli ma mère durant les Fêtes et je savais où l’amener prendre un café, ce qui n’aurait pas été le cas l’an dernier.»

Le quotidien finlandais plaît bien à Thomas Grégoire, sa copine Selma Sivic et leur chien Billy.

Faire l’épicerie pouvait lui demander plus d’une heure. Son seul repère était Daniel Audette, un ancien coéquipier chez le Phoenix qui évolue aujourd’hui dans la KHL. Le seul autre Québécois dans le circuit : Michael Joly, un ancien de l’Océanic de Rimouski.

«On a perdu de gros morceaux cette saison. Après un début difficile, on vient tout juste de gagner notre dixième partie de suite et j’ai d’ailleurs marqué, lance en riant, mais fièrement, celui qui présente une fiche de quatre buts, 17 mentions d’aide et un différentiel de +14 en 31 parties. En plus d’évoluer dans la Liiga, on devait aussi représenter le pays au même moment dans la Ligue des Champions en voyageant partout en Europe. On a perdu contre l’Allemagne en prolongation en quart de finale. Notre équipe a aussi été frappée par la COVID. Mais notre jeu s’est replacé et on vient d’établir un record de concession avec dix victoires consécutives.»

Joueur de finesse, défenseur offensif, Thomas Grégoire a trouvé patin à son pied sur les grandes glaces de la Finlande. La lune de miel se poursuit.

«Honnêtement, je tripe autant qu’à mon arrivée. Le style de jeu me rejoint vraiment. On mise sur les aptitudes individuelles et les stratégies d’équipe sont très différentes. On contrôle davantage la rondelle, un peu comme au soccer. On se replie dans notre zone en gardant la rondelle plutôt que de la remettre à l’adversaire en dégageant pour ensuite appliquer de la pression en zone offensive. En étant sur une grande glace, on peut se permettre ce genre de jeux, ce qui serait difficile dans la Ligue nationale ou dans la Ligue américaine.»

La noirceur s’installe rapidement en Finlande. Les marches de Thomas Grégoire et de son chien Billy dans le quartier se font bien souvent dans le noir.

Dans la noirceur en pleine pandémie

S’il s’est bien adapté au style de vie de la Finlande, Thomas Grégoire admet qu’il est difficile de s’habituer aux courtes journées, alors que le soleil se fait rare au nord de l’Europe. 

«Le soleil se lève autour de 10h et se couche vers 15h. Si je me lève à 6h, j’ai l’impression que la journée ne commence jamais parce qu’il fait encore noir trois heures plus tard! Je le ressens aussi sur mon sommeil : je n’ai jamais dormi autant! Le soleil reste bas toute la journée. On l’a toujours dans les yeux, à l’horizon!»

Thomas Grégoire avait de bonnes intentions en se présentant en Finlande. Son objectif : apprendre la langue.

«Je me suis dit que ça m’aiderait dans mon intégration et que c’était nécessaire en habitant un nouveau pays. Ce n’est pas tout le monde qui parle en anglais ici. Mais mes coéquipiers m’ont vite fait comprendre que c’était mission impossible. C’est une langue très difficile, ce qui ne m’empêche pas de connaître plusieurs mots.»

Helsinki et sa cathédrale sont des endroits bien appréciés par le hockeyeur sherbrookois.

Puisque la Finlande est toujours un peu en retard sur le reste du monde en ce qui concerne l’évolution de la pandémie, le Lukko de Rauma disputait encore ses matchs devant spectateurs à Noël. 

«Mais depuis le début de l’année 2022, on joue à huis clos. Il n’y a pas de couvre-feu ici. Le passeport vaccinal n’est pas exigé dans les restaurants ou dans les bars, mais les établissements ferment plus tôt. Par contre, la preuve vaccinale est exigée dans les amphithéâtres comme le nôtre et j’ai l’impression que les spectateurs pourront revenir d’ici la fin de la saison.»

Une fois les séries terminées, Thomas Grégoire redeviendra agent libre.

«J’aimerais rester ici, mais je refuse de fermer les portes autour de moi. Si j’ai la chance de rejoindre un calibre supérieur, comme la KHL par exemple, je pourrais réfléchir à la proposition, mais je me vois très bien habiter ici longtemps, ce qui ne m’empêche pas de revenir un jour en Amérique du Nord si une occasion intéressante se présente. J’ai vu plusieurs joueurs de la Ligue américaine pouvoir jouer dans la LNH cette saison à cause des absences liées à la COVID. Est-ce que j’aurais pu vivre mon rêve cette saison? Je ne sais pas. Mais je n’ai aucun regret : j’ai fait le bon choix.»

Thomas Grégoire constate que le modèle nord-américain est de plus en plus copié par les Finlandais, qui se démarquent tout de même à plusieurs égards.

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Copier le modèle finlandais ?

Le hockey finlandais a bonne presse au Canada. Alors que le Québec se penche sur le développement de ses joueurs en formant un nouveau comité afin d’augmenter le nombre de représentants de la province dans la LNH, le défenseur du Lukko de Rauma croit qu’on a beaucoup à apprendre des Finlandais, même si ces derniers copient de plus en plus le style de jeu nord-américain. 

« C’est normal que les Finlandais pratiquent de plus en plus le style nord-américain, puisque les joueurs veulent atteindre la Ligue nationale un jour étant donné que c’est le plus haut niveau au monde, précise Thomas Grégoire. Mais la structure est un peu différente ici et les stratégies ne sont pas les mêmes sur les plus grandes glaces. J’ai dû m’adapter aux nouvelles dimensions et je comprends très bien désormais ce que vivent les Européens quand ils arrivent sur notre petite patinoire, que ce soit dans le junior ou chez les professionnels. Ils doivent soudainement frapper, se faire frapper, freiner et dégager la rondelle. Ici, on ne freine presque jamais. On demeure en mouvement et on conserve la rondelle. Comme défenseur, je peux aussi me porter très souvent à l’attaque et y demeurer plus longtemps, ce qui ne serait pas accepté au Canada ou aux États-Unis. »

« Les entraîneurs de la Finlande misent sur les aptitudes individuelles, poursuit-il. Le jeu de possession est aussi privilégié. Ce serait bien que les mêmes stratégies s’appliquent en Amérique du Nord, mais les dimensions de nos patinoires se prêtent moins à ce style de jeu. La mentalité est aussi différente. Les meilleurs joueurs du pays évoluent souvent ensemble au sein d’une équipe nationale. Ils vont se réunir plusieurs fois par année. Je pense que Hockey Canada a certaines choses à apprendre de la Fédération finlandaise, même si le modèle nord-américain est de plus en plus appliqué. » 

Jérôme Gaudreau

Jérôme Gaudreau, La Tribune

Depuis 2007, Jérôme Gaudreau a couvert des élections, des procès et des événements comme l'explosion à Lac-Mégantic avant d'être attitré à la couverture de l'actualité sportive et du Phoenix de Sherbrooke.