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Des geais bleus se régalent dans une mangeoire installée devant une fenêtre.
Des geais bleus se régalent dans une mangeoire installée devant une fenêtre.

Le bonheur devant vos fenêtres

Coralie Beaumont
Coralie Beaumont
La Tribune
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SHERBROOKE – C’est avec un beau sourire dans la voix que Nicole Charbonnier, la gérante de la quincaillerie Victoria, partage sa passion pour les oiseaux. Voilà plus de 20 ans que cette ornithologue amateure observe nos amis à plumes, y compris depuis ses fenêtres. 

« Je ne peux pas dire l’immensité du bonheur que cela procure » se réjouit-elle. 

Elle se dit convaincue de l’impact positif de ce loisir abordable sur le moral des gens, y compris ceux en télétravail. En effet, un simple bloc de suif devant une fenêtre suffit parfois à recevoir la visite d’un cardinal rouge ou d’un geai bleu... De quoi enjoliver une longue journée numérique. 

Ce petit plaisir facile n’a manifestement pas échappé à bon nombre de citoyens. Mme Charbonnier estime à près de 40 pour cent l’augmentation de ses ventes de mangeoires et de graines pour oiseaux depuis le début du confinement. Cette tendance pourrait bien se maintenir puisque, malgré le durcissement des règles, il reste possible de s’approvisionner auprès de la quincaillerie Victoria... le tout enrobé des bons conseils de Nicole Charbonnier. Elle explique, notamment, qu’il est important de choisir une mangeoire qui sera facile à nettoyer régulièrement afin d’éviter l’apparition de maladies mortelles pour les oiseaux.

L’intérêt grandissant envers l’ornithologie n’a évidemment pas échappé à Québec Oiseaux. Le président de l’association, Jean-Sébastien Guénette, révèle d’ailleurs qu’à l’occasion du lancement du programme « Des oiseaux à la maison » au printemps dernier, le trafic sur le site internet de l’organisme a été onze fois plus élevé qu’en temps normal. 

Des oiseaux, même en hiver

L’hiver québécois est aussi un bon moment pour observer les oiseaux, y compris des espèces rares. « On est le sud de certaines espèces d’oiseaux qui quittent le nord pour passer l’hiver au chaud avec nous », raconte M. Guénette. Par exemple, il est possible d’observer le Jaseur boréal ou encore le Durbec des sapins. C’est aussi l’avis de Nicole Charbonnier qui confirme avoir observé une belle variété d’oiseaux cet hiver, y compris le Gros-Bec errant et le Plectrophane des neiges.

Un autre avantage de ce loisir est qu’il est possible de s’y adonner à bas coût. Outre l’aide apportée par des groupes d’ornithologues sur Facebook, un livre de base permet déjà d’identifier de nombreuses espèces et des applications mobiles gratuites donnent également de bons résultats. Les plus mordus rejoindront peut-être ensuite la Société de loisir ornithologique de l’Estrie qui, en temps normal, organise des sorties pour observer les oiseaux, des conférences et des activités de recensement d’espèces.

Nicole Charbonnier se dit convaincue de l’impact positif de l'ornithologie, un loisir abordable, sur le moral des gens, y compris ceux en télétravail.

Le déclin inquiétant de la faune aviaire

Une étude publiée en 2019 dans la célèbre revue Science tirait un bilan des plus inquiétant : l’Amérique du Nord a connu un déclin de 29 pour cent de sa faune aviaire depuis 1970, c’est-à-dire une disparition de trois milliards d’oiseaux. 

L’hirondelle, par exemple, est touchée par ce déclin. « Nous avons six espèces au Québec, et elles sont toutes en situation très préoccupante, avec un déclin de 85 à 99,4 pour cent selon les espèces », explique Jean-Sébastien Guénette. 

Si l’ajout de nichoirs peut leur venir en aide, le Président de Québec Oiseaux indique que le manque de disponibilité des insectes est une cause principale de leur déclin. « Il serait important de limiter voire d’interdire l’utilisation des pesticides, autant dans les secteurs résidentiels (comme le bti) que dans les secteurs agricoles », explique-t-il.

La disparition des oiseaux soulève également la question très sensible des chats errants et des chats domestiques qui sortent dehors. En effet, ces pattes de velours sont responsables de la mort de près de 200 millions d’oiseaux au Canada chaque année. « Bien des gens pensent que leur chat ne ferait pas de mal à une mouche. Mais plusieurs études ayant utilisé des caméras ont démontré que même les chats qui semblent a priori inoffensifs peuvent être de sournois prédateurs », informe M. Guénette. L’idéal est donc de garder son chat à l’intérieur ou en laisse. « En plus, cela a aussi comme effet de prolonger l’espérance de vie de ces chats, ce qui n’est quand même pas mauvais... », conclut-il.