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Des partisans de Donald Trump, certains costumés, ont pénétré dans le Capitole mercredi.
Des partisans de Donald Trump, certains costumés, ont pénétré dans le Capitole mercredi.

Événéments du Capitole : La faute aux réseaux sociaux?

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
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La réglementation des réseaux sociaux, l’autorégulation des géants du web, mais aussi une meilleure éducation aux médias, à la politique et au débat pourraient en partie prévenir des événements comme l’invasion du Capitole survenue mercredi. Marie-Ève Carignan, professeure en communication à l’Université de Sherbrooke et directrice du Pôle Médias de la chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents convient qu’il est difficile d’agir sur tous les fronts à la fois.

Le New York Times rapportait mercredi que les extrémistes avaient utilisé les médias sociaux pour fomenter leur grabuge et pour échanger des informations sur les façons de contourner la surveillance policière. « Dans les réseaux sociaux, les mouvements extrémistes sont bannis des plateformes comme YouTube, Facebook et Twitter, mais ils se tournent vers des plateformes moins réglementées, souvent hébergées dans d’autres pays, comme la Russie, pour continuer à diffuser leur message et être moins surveillés », explique-t-elle.

La multiplication des actes violents pourrait être un élément déclencheur pour un encadrement international du web, en collaboration avec les géants. « Il faudrait que ce soit établi pour l’ensemble des plateformes. L’idée en bannissant certains mouvements, c’est d’éviter que d’autres gens embarquent. »

Mais l’encadrement du web n’est pas la seule solution, d’autant que la capacité des complotistes et extrémistes à se faire voir en ligne donne la fausse impression qu’ils sont nombreux. « Il ne faut pas tout mettre sur le dos des réseaux sociaux non plus. Il faudrait que les géants du web se responsabilisent, mais c’est difficile parce que les plateformes ont été conçues pour partager du contenu, pas pour filtrer les fausses nouvelles. Il faut donc aussi éduquer la population au débat, à la politique, il faut que ça s’inscrive dans un mouvement plus large. »

Si les casseurs du Capitole ont réussi à marquer l’imaginaire avec des images fortes, les drapeaux, le maquillage, les casquettes « Make America Great Again » et le costume de shaman, par exemple, la question se pose à savoir si les médias doivent diffuser ces images. « Il n’y a pas de réponse simple, nuance Marie-Ève Carignan. Les images sont frappantes et symboliques. Pour le questionnement social que ça provoque, il y a une pertinence à les montrer. Mais ce sont aussi des gens qui cherchent la gloire et ça peut en inciter d’autres à les imiter. Il est normal que les médias transmettent des images marquantes pour faire réfléchir. »

Mais les médias ont eux-mêmes été pris pour cible mercredi, des caméras étant cassées, des câbles d’alimentation étant transformés en nœud coulant et un graffiti « Murder the Media » étant peint sur une des portes du Capitole. 

Des membres de mouvements d’extrême droite se trouvaient parmi la foule lors d’un discours du président Donald Trump mercredi.

Inquiétudes

« C’est toujours inquiétant quand la haine se manifeste. Encore plus quand c’est envers les médias. Ça démontre une incompréhension du rôle des médias et des journalistes. Avec une étudiante, nous avons fait des entrevues avec des journalistes qui couvrent la pandémie et nous avons constaté qu’ils recevaient des commentaires du public qui démontrent qu’il ne comprend pas le travail des journalistes. C’était parmi les premières fois qu’on diffusait des conférences de presse au complet, par exemple, au début de la pandémie. Il y a une incompréhension que les journalistes répondent à une démarche rigoureuse et les gens ne savent pas à qui se fier parce qu’ils ne comprennent pas. Une démarche de vérification des faits, comme le font les Décrypteurs à Radio-Canada, ne convaincra par les récalcitrants, mais peut-être que ceux qui doutent y verront une utilité. »

À nouveau, Marie-Ève Carignan miserait sur l’éducation, à propos des médias, certes, mais aussi à une littératie numérique.

La professeure de l’Université de Sherbrooke rappelle néanmoins que même si les chercheurs accordent une importance relative aux sondages, ceux-ci démontrent que la confiance envers les journalistes au Canada est plus élevée que dans plusieurs autres pays du monde.

Marie-Ève Carignan