Marie-Andrée Fortin en direction de la Baie d’Ungava en kayak sur la rivière Georges.

Zoom sur la vie de guide

CHRONIQUE / Leur passeport a été tamponné des dizaines de fois, ils gravissent de hauts sommets, naviguent ou roulent avec des voyageurs en quête d’aventures. Ça m’avait frappée, à mon retour d’un trek en Crète : je ne connais rien de ce métier fascinant qu’est celui de guide. Entretien avec deux aventuriers sur cette profession méconnue.

Originaire de Richmond, Marie-Andrée Fortin a enseigné au primaire pendant quelques années avant de faire un virage à 180 degrés et de décider qu’elle voulait jouer dehors. Depuis, on a un peu l’impression qu’elle a tout fait. 

Elle est aujourd’hui chargée de projet et instructrice de premiers soins en milieu isolé pour l’entreprise Sirius, dans les Laurentides, qu’elle décrit comme un leader dans le domaine des premiers soins en milieu isolé.

Elle enseigne au Cégep de Saint-Jérôme en loisirs et coordination d’événements, en plus d’être responsable d’une division Ti-Mousse dans Brousse, une initiative visant à faciliter la pratique d’activités de plein air pour les jeunes familles.

« Dans le milieu du guidage, il est peu possible de travailler pour la même entreprise toute l’année. Les saisons, l’offre et la demande sont des facteurs qui dictent notre année. Pour ma part, j’ai la chance de m’adapter aux situations, aux pays, aux types de participants, jeunes et moins jeunes. »

Dans sa longue feuille de route, cette diplômée du Cégep de Sherbrooke et de l’Université de Sherbrooke a notamment guidé en randonnée dans l’Ouest canadien et aux États-Unis. Elle a aussi guidé à vélo à l’étranger dans plusieurs pays d’Europe, en plus de gravir le Kilimandjaro et le Toubkal au Maroc. Et il ne s’agit que d’un aperçu! 

Plusieurs se souviendront d’elle comme le visage féminin du projet Karibu. Avec Jacob Racine, Sébastien Dugas et Bruno-Pierre Couture, Marie-Andrée a parcouru quelque 2200 km en ski entre Montréal et Kuujjuaq. 

Avant de revenir dans les Laurentides, son conjoint Olivier Paradis et elle ont habité le Nunavik. « J’ai eu la chance de guider pour le parc Nunavik et de me retrouver au cœur des monts Torngats, où j’ai guidé des voyages de randonnée en milieu isolé (...) Le nord m’a aussi ouvert la porte à la géologie où j’ai été responsable d’accompagner des géologues, mais aussi des Inuits en formation pour devenir apprentis accompagnateurs sur le terrain afin de récolter des échantillons de roches. »

« Le métier de guide est complet, il est 24 h sur 24 quand on est avec un groupe, il faut savoir s’adapter selon le type de voyage et de séjour (...) Le boulot débute à la rencontre prédépart et ne se termine qu’une fois revenu à la maison. » 

« Pour ma part, le plus beau défi, c’est de faire revenir à l’essentiel du voyage les gens qui sont avec moi. Plusieurs tentent de retrouver le confort de leur maison ou de leur pays... » indique Marie-Andrée.

Simon Nadeau, guide, notamment chez Karavaniers.

« On planifie, on repère, on conduit, on guide, on fait l’épicerie, on cuisine, on est le repère des gens, le psychologue, parfois la mère, l’ami d’un instant. »

Vrai. C’est du moins l’image que j’ai eue de Simon Nadeau, mon guide lors de mon périple en Crète avec Karavaniers, l’an dernier. Il a « géré » l’hétérogénéité du groupe, ajusté l’équipement, surveillé ampoules et (mon) coup de soleil, tout ça en faisant revivre l’histoire de la Crète sous nos pas. Respect!

Ce Montréalais né en Allemagne a exercé plusieurs métiers dont celui de cuisinier puis d’agent dans un hôtel avant de se lasser d’être derrière un écran d’ordinateur.

« Durant mon DEC en tourisme, je suis allé en voyage en Thaïlande et j’ai passé une journée en kayak de mer. On était allé dans les mangroves voir les singes. J’avais adoré le contact avec la nature à travers le kayak. Au retour, je me suis dit : c’est fini l’ordinateur. Je prends un congé d’un mois sans solde, je pars en kayak, je pars de Montréal et je m’en vais en Gaspésie », lance-t-il en racontant que son comparse et lui se sont finalement arrêtés au Bic.

En vue de cette grande excursion, Simon était allé s’entraîner seul sur le fjord en kayak. « Un soir, j’ai rencontré un guide avec son groupe. Je me suis dit : wow, c’est ça que j’aime. Tu cuisines pour les gens, il y a du leadership, du service à la clientèle, du tourisme, tu es en plein air, tu es avec les gens, ce ne sont plus des relations éphémères comme à l’accueil d’un hôtel, c’est ce que je veux! Après avoir fait mon périple Montréal-Bic, je suis parti faire le cours de guide l’année suivante. » 

S’il accompagne beaucoup de groupes en trek et en kayak, il mène aussi des groupes dans plusieurs autres domaines, que ce soit en ski de fond ou lors de cours d’éducation physique au cégep. Il avoue du même coup adorer cette clientèle. « Ils sont pleins de vie, ils te font confiance sur toute la ligne. Ils ont une volonté de performer et pour eux, tout est nouveau. Ce sont des éponges, ils sont drôles », énumère-t-il.

Son travail l’amène à l’extérieur facilement six à huit mois par année. « Je reviens une semaine ou deux, après ça je repars. Sur une période de huit mois, je suis quasiment parti six mois de temps », dit-il en soulignant que cette période se déroule principalement en haute saison, d’avril à octobre. 

« Quand je suis à la maison, je suis là physiquement, mais mentalement je suis en train de revisiter l’expédition ou le contrat que j’ai fait (...) ou en planification du prochain. »

Le reste du temps, il travaille sur de plus petits contrats ou collabore avec des entreprises.

« C’est un mode de vie. Il faut que ta conjointe accepte ce mode de vie-là. C’est dur aussi sur tes amis. Tu te rends compte de qui sont tes vrais amis… Ils sont toujours heureux de te voir et ils te prennent quand tu es là. »

Et si vous aviez des conseils à donner à ceux qui partent en trek?

« S’assurer qu’ils ont le niveau de forme nécessaire pour joindre le voyage », lance d’entrée de jeu Marie-Andrée. « Se mettre en mode voyage et non pas touriste, ça fait toute la différence. Être prêts aux rencontres, à la nourriture, aux moyens de transport. Savoir que pour prendre en photo les gens, tout comme cueillir un raisin dans un vignoble, il faut demander, et ainsi créer un moment magique avec les gens. »

« Chaque guide vit ses propres défis, émotivement, physiquement ou psychologiquement. Chaque expédition a ses propres défis parce qu’on travaille avec des humains et avec Dame Nature, et elle aussi a ses humeurs. Je dirais que le plus grand défi qui revient tout le temps, c’est que tout le monde y retrouve du plaisir. On a tous des moments difficiles dans une expédition. Dans toutes les expéditions, tout le monde frappe un mur d’une certaine hauteur (…)  Je dirais que malgré cela, mon plus grand défi, malgré Dame Nature et malgré les humeurs de tous, c’est de trouver chez chaque individu la petite flamme, trouver ce qui branche et motive la personne pour que son expérience soit inoubliable », estime Simon.