Quand on rencontre la population d’un pays, comme ici en Birmanie, on porte tout à coup une plus grande attention aux événements et aux politiques qui la concernent.

Vous cherchez le bonheur? Voyagez!

Il était une fois des gens heureux... Le titre de la chanson de Nicole Martin pourrait très bien coiffer une récente étude commandée par les « experts en voyage » de Contiki. Elle se résumerait par une flopée de statistiques démontrant que les jeunes voyageurs sont plus heureux, mieux éduqués, et connaissent plus de succès dans leur vie professionnelle que ceux qui ne prennent jamais le large.

Holà! Vous me direz que des « experts en voyage » ont tout intérêt à ce que les chiffres prouvent que « le monde est beau » et que ceux qui choisissent de l’explorer en tirent de grands avantages. Mais c’est l’étude qui le dit...

En gros, on retient que 59 % des Québécois de 18 à 35 ans voyageant régulièrement se disent heureux et 56 % croient que leur expérience à l’extérieur du pays leur permet de mieux réussir dans leur carrière puisqu’ils ont appris à se fixer des buts et à les atteindre.

À l’échelle canadienne, 70 % des voyageurs se disent plus enclins à accepter le risque et les défis contre 50 % de ceux qui ne sont jamais sortis du pays. Ce sont 40 % des voyageurs qui se sentent responsables pour l’ensemble de l’humanité contre 27 % pour ceux qui n’ont pas choisi le mode de vie nomade.

Bref, franchir des frontières, au sens propre, pousse à en transgresser au sens figuré. Selon l’étude, les voyageurs ont plus confiance en eux, créent de meilleurs liens avec les autres, apprennent à avoir l’esprit ouvert, développent le sens de la citoyenneté et sont généralement plus heureux. Fait intéressant, 44 % des jeunes Canadiens ayant fait tamponner leur passeport ont voté aux dernières élections fédérales, contre 28 % de ceux qui n’ont jamais quitté l’Ô Canada.

C’est l’étude qui le dit.

Voter.

On s’éveille à l’autre quand on s’attarde à la place Taksim, en Turquie, et que des manifestants risquent leur intégrité physique, bravent les canons à eau, les balles de caoutchouc, les gaz lacrymogènes, pour un peu de démocratie.

Le sens de la démocratie nous apparaît peut-être quand, dans un pays comme la Chine ou la Turquie, le simple fait d’être journaliste peut nous envoyer croupir derrière les barreaux. Dans cette même Chine, où l’internet est contrôlé par l’État, où on télécharge en secret un VPN qui nous permettra d’utiliser Facebook ou Twitter, on n’obtient que l’information à laquelle on nous laisse bien accéder.

La Turquie, celle d’Erdogan, où des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour défendre le symbole du parc Gezi, frappe à grands coups de censure. Là, place Taksim, les manifestants risquaient leur intégrité physique, bravaient les canons à eau, les balles de caoutchouc, les gaz lacrymogènes, pour un peu de démocratie.

Je me suis intéressé davantage à la politique étrangère après avoir vu les populations de Birmanie, celles du Cambodge, de l’Éthiopie. Les manifestations des parapluies jaunes, à Hong Kong, me parlaient parce que j’ai connu des gens, là-bas, qui se sentaient opprimés.

Développer ce rapport à l’autre, c’est comprendre qu’on peut à tout le moins consommer plus intelligemment quand on voit ceux qui n’ont rien en Inde, en Ouganda. Rire avec les familles paysannes du Vietnam, jouer au ballon avec les enfants du Rwanda nous remplit de joie, nous fait reconsidérer le bonheur. Et on devient moins indifférent aux inondations au Pakistan, aux tremblements de terre en Équateur.

Quand on se retrouve face à nous-mêmes, à nos limites, à nos faiblesses, à nos peurs aussi qu’il faut vaincre pour avancer, on se découvre des talents qu’on ne s’imaginait pas. Quand le bus ne passe pas comme prévu, que l’hôtel affiche complet, avant de céder au désespoir, on pense au plan A, au plan B, et on se rend jusqu’où il faut aller. Pas étonnant que la flexibilité et la débrouillardise acquises en de telles circonstances refassent surface dans le marché du travail.

Ne parlant pas le polonais, je me suis forcé à avancer dans une Varsovie qui m’effrayait. J’ai fait du surplace un temps avant de me décider à investir l’ancien ghetto, la vieille ville, le musée de la Résistance. J’ai compris que les autres verront bien celui qu’on veut leur montrer. Le touriste effrayé aura le mot « étranger » tatoué au visage. Le plus confiant risque davantage de se mêler à la population.

C’est vrai aussi à la maison, où la confiance nous pousse en avant. Quand on a retrouvé son chemin dans les labyrinthes de Macao, qu’on a retracé l’itinéraire 12 fois en Équateur pour ne pas manquer le vol du retour, on peut bien affronter quelques peurs bien de chez nous. Le défi, c’est de garder cette belle confiance qui doit, parfois, prendre une forme nouvelle dans les réalités de la maison.

Ça me fait penser à mon amie Annie, du blogue Annie Anywhere. Je l’ai rencontrée en voyage. Elle, c’est l’agoraphobie qu’elle a vaincue en voyage. En se mettant « en danger » au Honduras, elle a retrouvé la capacité à affronter les foules à l’épicerie du coin. Ça lui sert maintenant quotidiennement.

Parce qu’on n’est pas chez nous, qu’on n’a pas la force du nombre ou l’obligation de se conformer, quand on voyage, on s’ouvre à l’autre. On l’écoute. Qu’il nous raconte comment honorer la Terre mère au Pérou ou qu’il nous présente les milliers de dieux indiens, on l’écoute et on admet qu’on n’a pas forcément raison sur tout.

Parce qu’on sait qu’on n’est que de passage, on accueille les amitiés qui passent, on laisse un peu de nous sur d’autres continents.

Voyager m’a changé, m’a rendu plus fort et m’a, de toute évidence, ouvert des portes professionnelles que je n’espérais pas. 

J’ai vaincu la peur de ce que je ne connaissais pas. J’ai découvert le mot résilience. J’ai appris à lâcher prise... des fois.

Et quand des amitiés survivent à des milliers de kilomètres de distance, à la barrière des langues, au poids des années, on ne peut jamais regretter d’être parti.

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