À la vôtre

Porto : vins de générations

CHRONIQUE / Dans une autre vie, le Québec a abondamment flirté avec le porto. L’attraction était telle que le Douro considérait alors le Québec comme son eldorado. Les caisses s’écoulaient comme des petits vins nouveaux. Puis un bon matin, ils se sont perdus de vue.

Le porto me rappelle mon enfance. Chaque Noël, mon grand-père avait l’habitude de le servir dans de petites coupes en chocolat. Ô que j’avais hâte de bénéficier de ce privilège de grandes personnes! Puis enfin à l’âge adulte, l’attrait du porto avait perdu de son lustre — il semblait avoir resté dans le siècle dernier, avec la coupe en chocolat d’ailleurs. 

Les vins fortifiés, à l’instar des vins doux, n’ont pas la cote ces temps-ci. Loin de moi l’idée de casser du sucre sur le dos de quelle cause que ce soit, puisqu’elles sont aussi multiples que complexes. Je crois par contre que le « break » a assez duré et qu’il est temps de secouer le brasier de cette idylle en veilleuse afin de raviver la flamme pour ce qui s’avère être l’un des plus grands vin de garde au monde.

Après un été à la filer douce avec des vins secs, légers et délicats, je suis partie au début du mois faire un tour dans la vallée du Douro, patrimoine mondial de l’UNESCO portugais, histoire de me brasser la cage. Brasser la cage, comme dans cavaler en safari dans le Douro avec Jorge Rosas, PDG de Ramos Pinto, pour constater l’hostilité du terroir dans lequel les vignes prennent leur pied.

À la vôtre

Renouer avec les cépages oubliés (2e partie)

CHRONIQUE / La semaine dernière, je vous parlais de la criolla chica, un cépage argentin longtemps laissé pour compte, que les producteurs se réapproprient peu à peu. Il s’agissait alors surtout de réhabiliter des parcelles existantes. Cette semaine, l’exploration des cépages oubliés se poursuit en Espagne où on assiste à la renaissance de cépages que l’on croyait perdus depuis la crise phylloxérique.

Au lendemain du passage remarqué du phylloxéra (puceron très gourmand responsable de la dévastation d’une grande partie du vignoble mondial dans la seconde moitié du XIXe siècle), l’Espagne, comme beaucoup d’autres pays touchés, tente de remettre son vignoble d’aplomb. Or, cette reconstruction favorisera des cépages plus productifs, laissant derrière un patrimoine entier de cépages autochtones.

Au début des années 80, Miguel A. Torres (4e génération), fortement inspiré par son professeur de viticulture de l’époque, le Professeur Boubals, entreprend de ressusciter ces fantômes du passé en restaurant les cépages ancestraux de la Catalogne. La Bodegas Torres lance alors une chasse aux trésors générale en faisant appel aux agriculteurs catalans afin de recenser de vieilles vignes non identifiées sur les terres de la région.

Le cépage garro fut le premier à être découvert et à devenir un sujet d’étude. En 1998, s’est ajouté le querol, cépage qui intégra pour la première fois en 2009 le Grans Muralles, cuvée emblématique de la maison. De fil en aiguille et trois décennies plus tard, ce sont plus de 50 variétés espagnoles qui sont identifiées et sauvées de l’oubli. Parmi celles-là, six sont déjà enregistrées au ministère de l’Agriculture en raison de leur fort potentiel œnologique. Qui plus est, certaines d’entre elles se révèlent bien de leur temps puisqu’elles s’avèrent naturellement plus résistantes aux températures élevées et à la sécheresse. Voilà qui tombe on ne peut plus à point.

Aujourd’hui, Miguel Torres Maczassek (5e génération), qui a également récupéré le cépage chilien païs (alias la criolla chica de l’Argentine!), et Mireia Torres, directrice du R&D, poursuivent le projet familial. Miguel raconte d’ailleurs qu’ils partagent le fruit de leurs découvertes avec les autres vignerons intéressés auxdits cépages : « Les vignes n’appartiennent pas à notre famille, mais bien au Penedès. »

DÉGUSTER LE PASSÉ

Miguel met la table d’abord avec le forcada, un cépage blanc à la maturité plutôt tardive — les vendanges ont lieu vers la mi-octobre. Une prolongation qui lui permettra d’atteindre des maturités aromatique et phénolique élevées. Le 2016 fait une entrée remarquée, avec des notes intenses d’épices et de citrons confits. Pendant que sa texture grasse tapisse, une légère masse tannique se faufile et fige le temps un instant. Toute mon attention est mobilisée à saisir cette matière asséchante, ce corps étranger. Mes neurones roulent à 100 milles à l’heure à essayer de catégoriser cette intrigue qui est à la fois le yin et le yan dans sa finesse et son caractère. Toutefois, il n’entre dans aucune boîte. Et ne me demandez surtout pas sa pastille de goût. Un grand cépage en devenir. À surveiller de très près.

La danse de la séduction se poursuit avec le pirene, un cépage noir résineux, minéral et au fruit aussi mûr que le précédent en raison de sa maturité tout aussi tardive. Comme les vignes prennent racines dans le plus haut vignoble de la Catalogne, dans costers del segre, la palette présente fraîcheur et structure. 

Ce qui nous amène enfin au gonfaus, un cépage noir qui donne l’impression de plonger le nez dans un verre de root beer. Il coule avec souplesse et termine sur une légère amertume qui ajoute une dimension intéressante à l’ensemble.

À LA VÔTRE

Renouer avec les cépages oubliés

CHRONIQUE / Des vignerons et œnologues du monde entier démontrent un grand enthousiasme pour les cépages indigènes, délaissés ou oubliés. Qu’il s’agisse de récupérer de vieux vignobles ou de sauver des spécimens ancestraux au bord de l’extinction, renouer avec l’histoire et le patrimoine viticole nécessite passion et patience.

En août dernier, Ernesto Bajda­ (Nesti), œnologue chez Catena Zapata, sort une bouteille de criolla à la demande générale des journalistes — un vin nature réunissant deux criolla (chica et grande). Une curiosité explosive qui sent le Kool-Aid et qu’on boit jusqu’à plus soif, mais dont le renouveau sur la scène locale argentine est si embryonnaire qu’il n’a pas encore fait écho jusqu’ici.

Or, la criolla chica n’a pas toujours eu bonne presse. « Autant dire qu’elle avait très mauvaise réputation tant auprès des vignerons en raison de sa faible productivité, que des consommateurs de par sa faible coloration », relate Francisco Bugallo, vigneron argentin. Quant à Alejandro Iglesias, sommelier, il rappelle son passé peu glorieux de vin de table et de vrac.

La criolla chica est à l’origine même de la viticulture sud-américaine. La protagoniste a été introduite il y a 500 ans en Argentine par les conquistadors (espagnols). Pourtant il ne subsisterait que 500 hectares au pays. « Aujourd’hui, encore, ils sont nombreux à l’arracher au profit de variétés plus productives ou plus prometteuses sur le plan commercial », explique Francisco. Mais cela ne l’a pas empêché de restaurer un très ancien vignoble de vieilles criolla situées à 1600 mètres d’altitude dans la vallée de Calingasta, à San Juan, avec son acolyte, Sebastián Zuccardi. Il y a 6 ans, Cara Sur est devenu le tout premier projet du pays à parier sur ledit cépage. « Actuellement, il n’y a pas de trace de nouvelles plantations de criolla en Argentine. À Cara Sur, nous commençons une sélection de plantes mères et une pépinière est en attente de les recevoir à partir de 2019. »

« La criolla, c’est un peu David contre Goliath, puisqu’il s’agit de concurrencer le cabernet, le malbec et autres raisins de prestige », illustre Alejandro Iglesias, sommelier. En effet, le contraste est on ne peut plus éloquent. Seule dans son coin du ring, la criolla donne des rouges déroutants, pâles, légers, juteux et débordants de fruits.

« En Argentine, la criolla se taille une place principalement dans le circuit gastronomique, grâce aux sommeliers qui soutiennent les producteurs dans leur démarche depuis les tous débuts. Le travail des vignerons ne s’inscrit pas dans une tendance, puisqu’il s’agit plutôt d’un désir de revaloriser l’histoire de leurs raisins et de leur patrimoine. Ils ne veulent pas produire de vins de criolla comme un pinot noir ou un Beaujolais, au contraire. Ils respectent son style et son caractère. Ils respectent la culture qu’elle représente », raconte Alejandro.

Si sa réputation de vilain petit canard reste difficile à défaire du côté des générations plus âgées, les jeunes consommateurs et les trippeux de vin à la recherche de raretés, de curiosités et d’histoires l’accueillent avec beaucoup d’enthousiasme. Plusieurs autres vignobles reconnaissant son fort potentiel, tels que El Esteco, Vallisto et Durigutti, veillent aussi à lui redonner ses lettres de noblesse.

À la vôtre

La rentrée est dans le sac!

CHRONIQUE / La cloche a sonné. Le temps est venu de ranger les coupes en plastique fluo et les glaçons en quartiers d’agrumes. (Bien sûr, si vous lisez ceci, vous ne faites pas ça. Sauf une fois au chalet…)

Enfant, l’achat du matériel scolaire constituait l’un des aspects les plus stimulants de la rentrée. L’écosystème d’un sac d’école relevait d’un équilibre précis, constitué d’une mêlée d’accessoires à la fois neufs, défraîchis, cool et utilitaires. Et, parce que le plaisir de remplir son sac n’est pas réservé qu’aux plus petits, voici 4 bouteilles pour survivre à la rentrée, et ce, même si l’on a toutes ses dents (enfin, presque).