Vins de soif pour se tiédir

Qu’est-ce qu’on boit à 32 °C? Quand le verre suinte autant que le front. Un vin qui coule bien, qui se boit facilement, naturellement. Un vin désaltérant, qui rafraîchit sans avoir à se prendre la tête (ou des pincettes). Des blancs, des rosés et des rouges légers, sans lourdeur — ni riches, ni corsés — qui portent une acidité plus marquée, destinée à étancher la soif des fidèles de la terrasse. Bref, un vin coupe-soif, mais qui ne coupe pas le goût de boire.

Ces cuvées se distinguent par un usage discret ou absent de la barrique puisqu’on privilégie des arômes primaires (fruités, floraux, végétaux, minéraux) plutôt que tertiaires (animal, boisé). Comme les tanins des rouges se font délicats, on pourra les servir frais sans craindre qu’ils ne se durcissent.

Ce ne sont pas des vins simplets. Bien au contraire. En fait, ils s’intègrent si bien dans l’esprit du moment que le contenu de la bouteille disparaît en un battement de cils. Ils accompagnent magnifiquement l’intrigue d’un livre de plage, gardant en appétit jusqu’à la dernière page, jusqu’à la dernière goutte. Autour de la table, ils nourrissent les conversations tel un carburant, augmentant la volubilité des copains et la gaieté ambiante.

Ce ne sont pas des amours d’été. Les vins de soif font certes d’incroyables vins de soleil, mais ils sont aussi faits pour durer. Leur ascension dans les habitudes de consommation pourrait être interprétée comme un retour du balancier. Après des années sous le joug des vins aux taux d’alcool vertigineux, surextraits, confiturés et balourds, le vent tourne vers des vins frais et digestes. Une tendance qui n’est pas étrangère au pivot qu’effectue présentement notre assiette : moins carnée, plus légère, plus saine. 

Puisque la table est mise, autant en profiter pour mentionner que ces vins appellent les salades, les sandwichs, les soupes froides, les épluchettes et les plats végés. Autrement, ils accompagneront comme un gant vos parties de pétanque et autres joutes du sportif du dimanche.

Des vins d’été, quoi!

Coteaux d’aix en provence 2017, AIX, Domaine de la Grande Séouve

(SAQ : 13 465 114 — 20,55 $)

Le soleil dans une bouteille, gazouillaient les Denis Drolet. Je rajouterais : s’il n’est pas dans le ciel, il est clairement dans ce rosé dont les vignes ont élu domicile sur une ancienne truffière. La syrah complète l’assemblage provençal classique — grenache, cinsault — de ce jus sapide au sillon de fraises, d’oranges et de roses. Du beau volume mis en relief par une acidité rafraîchissante et desquels émane une tendre et délicate harmonie. De la dentelle! 

Toscana 2016, Villa Antinori Bianco, Antinori 

(SAQ : 12 392 574 — 17,80 $)

Cette cuvée est composée d’un assemblage de pinot gris, pinot blanc, trebbiano, malvoisie et riesling, ainsi que de 150 ans d’expérience. Premier vin commercialisé par la famille italienne Antinori, ce blanc a été fermenté et élevé en cuve inox afin de conserver sa fraîcheur naturelle. Ce Toscan s’amène doucement sur des tonalités de citron confit et de gingembre. Subtil, droit et légèrement herbacé, il viendra à bout des soifs les plus exigeantes, mais pas des boit-sans-soif!

Bourgogne 2016, Les Ursulines, Jean-Claude Boisset 

(SAQ : 11 008 121 — 22,35 $)

A priori, on pense à des blancs et à des rosés pour se désaltérer sous les chauds rayons de midi. Et pourtant, certains rouges possèdent tous les attributs pour briller en de pareilles circonstances. Ici, un pinot noir de la Côte de Nuits issu de vieilles vignes et fermenté en levures indigènes. La trame est fluide et juteuse, portée par des tannins gouleyants et une fraîcheur éclatante. Il se manifeste au nez par des notes d’épices et de noyaux de cerise. Ça coule comme une cascade au printemps. De la bonne bourgogne à ce prix, c’est presque une leçon d’humilité.