Vigne heureuse, vin heureux

CHRONIQUE / J’aime savoir d’où viennent les vins que je consomme. Ils semblent meilleurs quand ils ont été façonnés par un vigneron qui m’inspire. C’est pourquoi je privilégie des artisans respectueux de la fertilité de leur terre et de ses limites. Mieux encore, qui endossent la responsabilité de toute vie organique touchée par leurs activités, de la terre au verre.

Des hommes et des femmes lucides et consciencieux, motivés par une éthique environnementale. Des amoureux de la nature qui se décentralisent de sorte à laisser les éléments naturels s’exprimer pleinement et librement à travers le prisme de la grappe.

Ceux-là font le sacrifice volontaire de la facilité et de l’abondance en utilisant des matières naturelles pour nourrir et protéger la vigne, marque de considération pour la biodiversité environnante. Ils s’engagent auprès de la vigne comme dans une relation. Prendre le temps de la connaître et de la comprendre afin de répondre à ses besoins réels et la renforcer naturellement, coûte que coûte — à coups de sueurs chaudes et froides. Épanouie et en pleine possession de ses moyens, la vigne devient la meilleure version d’elle-même, dans toute son authenticité. 

C’est ce que s’emploie à réaliser la biodynamie — un mode de culture actuel et adapté, à l’antithèse du modèle dépassé de culture inconséquente et capitaliste (quelle que soit la culture), responsable de l’appauvrissement de nos sols, de nos écosystèmes et de nos santés. Buvez moins, buvez mieux, comme dirait l’autre. Produisez moins, produisez mieux, diraient ceux-là. En effet, la modération a bien meilleur goût, au volant d’une voiture ou d’un tracteur. 

De la même façon, j’essaie autant que possible de reproduire ce schème dans mon alimentation, en me rendant au marché local, à l’épicerie bio en vrac ou au marché de solidarité régionale. Chaque semaine, les paniers de la ferme du Coq à l’Âne de Bury remplissent mon frigo de légumes frais, bios et locaux. Ils inspirent ma cuisine du moment, ouvrant du même coup la voie à des accords heureux et inusités.

Anjou blanc 2017, Le P’tit Chenin, Château de La Roulerie 
(SAQ : 13 610 836 — 19,95 $) Biologique et végétalien

Marie et Philippe Germain travaillent ce chenin blanc en bio, de la vigne à l’embouteillage, avec un très faible apport de sulfites. Il y a du talent dans la famille puisque Philippe est nul autre que le frangin du biodynamiste Thierry Germain, propriétaire du Domaine des Roches Neuves à Saumur-Champigny, aussi dans le Val de Loire. À travers ses cuvées, le Château de la Roulerie contribue, depuis des années, à la renaissance du chenin blanc en sec sous l’appellation anjou blanc — dans une zone reconnue pour ses liquoreux. À l’instar des autres anjou sec, Le P’tit chenin se fait complice et juteux, s’affirmant dans des tonalités de champignons, d’abricots et de fleurs. Il porte une douce rondeur soutenue par une acidité plus que rafraîchissante, tout en affichant une agréable fluidité. Joli en compagnie de tempura de légumes.

Bordeaux supérieur 2014, Domaine de l’Île Margaux 
(SAQ : 43 125 — 21,75 $) Biologique

Confortablement installé sur l’une des plus petites îles de l’estuaire de la Garonne, dans le Bordelais, entre les côtes du Blayais et du Médoc, le Domaine de l’île Margaux bénéficie d’un microclimat très particulier. Grâce au mouvement des marées et au vent, les vignes sont naturellement tempérées et les sols humidifiés, puis drainés quotidiennement. La prune, la violette et le poivre portent haut à l’unisson. En bouche, du tanin serré, du velouté et du galbe qui donnent cette impression d’équilibre et de plénitude. Une aubergine grillée, des épices pour steak de Montréal et un filet d’huile d’olive, c’est tout ce dont vous aurez besoin! 

Tavel 2016, Vieilles Vignes, Tardieu-Laurent 
(SAQ : 13 199 274 — 23,25 $) Biologique et végétalien

Oubliez la piscine. Ce rosé exige une nappe et des couverts. Les vignes de grenache, cinsault et syrah âgées entre 40 et 50 ans sont élevées en agriculture biologique. Du costaud (un 14 % d’alcool digne de mention) avec de la substance. D’abord pour sa texture grasse attendrissante et son franc-parler, puis pour sa finale imposante et juteuse. Voilà qui appelle un poivron rouge grillé et farci aux légumes et au quinoa.