Taille et courbatures

CHRONIQUE / Tout comme vous, je ne savais aucunement à quoi m’attendre pour cette première semaine au vignoble. Puisque l’ouverture de la saison a été particulièrement chargée, je lui dédie aujourd’hui entièrement la chronique.

Vigneronne en herbe : semaine 1

Tout l’été, vivez avec moi mes aventures d’apprentie vigneronne au Domaine Bergeville dans les Cantons-de-l’Est!

Mon corps agite le drapeau blanc. Beaucoup de courbatures et déjà quelques livres en moins à force de m’accroupir, de me pencher et de forcer. Clairement, un vigneron n’a pas besoin d’un abonnement au gym, à la condition qu’il n’abuse pas trop des bonnes choses.

Cette première semaine n’a pas été de tout repos. Se prendre un coup de soleil sur la tronche, puis se geler le corps jusqu’aux os le lendemain, c’était pour le moins initiatique. En dépit des sautes d’humeur de Dame Nature, l’essentiel, c’est que les vignes sont enfin sorties de leur long sommeil hivernal! La plupart d’entre elles ont d’ailleurs commencé à pleurer — autrement dit, les premières douceurs printanières ont fait remonter la sève dans les sarments. 

L’épais tapis blanc recouvrant le vignoble ayant fondu comme neige au soleil, la première étape a consisté à déshabiller les vignes de leurs toiles isolantes — des géotextiles en feutrines similaires à ceux utilisés par les pépiniéristes. Du beau trouble à enlever qui garantit un écart de 15 °C sous le capot pendant tout l’hiver. 

Toutes les vignes n’ont toutefois pu bénéficier d’une telle protection. J’ai constaté que celles non couvertes par les toiles se sont fait passer sur le corps par le premier gel de novembre comme par un bulldozer. Nus comme des vers, certains cépages, comme le radisson, ont vu jusqu’à 100 % de leurs bourgeons affectés. Il va sans dire que les vignerons pensent sérieusement à leur passer la toile dessus cet automne.

Deuxième mandat de la semaine : la taille. De par sa nature de plante liane, la vigne cherche à s’étendre le plus possible. Elle rampe, elle s’agrippe, elle grimpe. Et elle sera d’autant plus vigoureuse si elle est dans sa crise d’adolescence! Pas question de lui laisser faire ce qu’elle veut, sinon ça devient vite une forêt vierge, comme le raconte Marc Théberge, le vigneron. 

La taille entamée la semaine dernière avait justement pour objectif de lui couper l’enthousiasme. Mais aussi de gérer sa productivité, car une vigne à l’état sauvage produit du fruit une année sur deux. C’est simple, elle sort du fruit comme s’il n’y avait pas de lendemain, puis elle doit passer un an à ne faire que des feuilles pour se refaire des forces. En la taillant, on s’assure d’obtenir du fruit tous les ans. Quelques coups de sécateurs par-ci, quelques coups de sécateurs par-là, afin de conserver un nombre limité de bourgeons par pied.

La semaine prochaine, l’attachage, le déchiquetage et la taille, encore la taille!

Bordeaux Supérieur, Château du Grand Bern 16,45 $ • 13576615 • 13,5 % • 2 g/l

Bordeaux Supérieur, Château du Grand Bern 16,45 $ • 13576615 • 13,5 % • 2 g/l

Un bon bordeaux abordable, ça ne court pas les allées de la SAQ. Les vignes de merlot et de cabernet sauvignon de ce bordeaux supérieur sont conduites en agriculture raisonnée et certifiées Haute Valeur Environnementale. Il s’agit d’un rouge bien mûr aux notes de tabac, de laurier et de mûre, davantage sur la palette des épices que du fruit. Les tanins se font relativement fondus et la texture dense, tant et si bien qu’elle semble masser le palais. Franc et hautement rassasiant!

Sable de Camargue, Le Pive Gris, Vignoble JeanJean 15,60 $ • 11372766 • 12 % • 1,5 g/l • BIO

Sable de Camargue, Le Pive Gris, Vignoble JeanJean 15,60 $ • 11372766 • 12 % • 1,5 g/l • BIO

Les vignobles de l’IGP Sable de Camargue sont situés en bordure de la Méditerranée — pour ne pas dire dedans, puisqu’ils y naviguent entre lagunes et marais. Les vignerons de la région ont donc dû redoubler d’ingéniosité afin d’assainir ce milieu initialement salé, humide et régulièrement inondé. Le salut des vignes passe donc, entre autres, par l’entretien de centaines de kilomètres de canaux creusés et aménagés autour des parcelles. Plusieurs vignobles, comme le Vignoble JeanJean, y travaillent d’ailleurs en bio de sorte à protéger la grande biodiversité de l’endroit.

Que voilà un beau quatuor (grenache gris, grenache noir, merlot et cabernet franc) au nez délicat qui rappelle les jujubes en forme de framboise. C’est bien sec, frais, sans être vif, fruité et bio. Pour un maximum de caractère, servir autour de 12 °C.

À la vôtre

Doux août

CHRONIQUE / Tandis qu’une petite accalmie s’installe au vignoble, je vous propose de vous désaltérer avec un grüner veltliner autrichien biodynamique disponible pour la première fois en SAQ, un rouge pour les BBQ de grandes occasions et un pinot noir abordable!

Wagram 2018, Am Berg Grüner Veltliner, Bernhard Ott
23,80 $ • 12646520
12 % • 1,4 g

S’il y a un cépage qui me fasse saliver, c’est bien le grüner veltliner. Sa fraîcheur et sa minéralité semblent avoir été conçues sur mesure pour accompagner la saison estivale. Je découvre ce grüner pour la première fois, comme la plupart des Québécois d’ailleurs. Après avoir résisté aux avances de la SAQ pendant nombre d’années (me raconte l’agent qui représente le domaine au Québec), le talentueux vigneron Bernhard Ott a finalement accepté de partager quelques caisses de ses précieux avec les Québécois. C’est donc le moment ou jamais de mettre la main sur cet arrivage de cuvées biodynamiques convoitées de la région de Wagram, en Basse-Autriche. 

C’est évidemment cultivé et vinifié de la manière la plus naturelle possible. Tant et si bien que le vigneron est devenu un véritable maître reconnu des vinifications aux levures indigènes. Comme vin de patio, on pourrait difficilement mieux faire. C’est frais, minéral, sec, et, en prime, on a une texture ronde et enveloppante. Aie-je besoin d’en rajouter? Ah, vous allez adorer sa jolie finale saline! Sortez les coquillages, les pâtes au pesto ou les chips sel et vinaigre, selon l’envie du moment.

vins

Opération écimage

Penedès 2016, Tuvi (or not to be), Sumarroca

15,35 $ •  13574687 •  12,5 % •  < 1,2 g •  l • Vinification vegan

À la vôtre

À vue d’œil

CHRONIQUE / Je vous parlais justement des Jeunes Vignes de xinomavro du jeune Apostolos Thymiopoulos dans ma dernière chronique. Tendance obsessionnelle avec le vigneron ou le cépage? Si l’histoire ne le dit pas encore, une chose est sûre, je fonds pour cette bouteille qui est fort probablement mon rosé « découverte » de l’été! Oubliez tout ce que vous connaissez du rosé et préparez-vous à sortir des sentiers battus. Ce 2016 a séjourné 12 mois en fûts de chêne de plusieurs passages, ce qui est de prime abord assez inhabituel pour un rosé. Inspiré de la biody, sans collage ni filtration, qui plus est. Le nez interpelle la tarte à la fraise, et le point culminant de ce vin réside dans sa texture voluptueuse. Goûteux, gourmand et pertinent. Bref, un rosé qui est loin d’être beige!

Macédonia 2016, Rosé de Xinomavro, Domaine Thymiopoulos
19,90 $ •  13567524 •  
13 % • 5,1 g/l   •  

À la vôtre

À la rescousse de la pollinisation!

CHRONIQUE / Cette semaine, ça bourdonne dans le vignoble et on fait sauter des corps morts! À boire : un rouge grec sensationnel, un cava brut nature à mini-prix et un chianti classico des grandes occasions.

Naoussa 2017, Xinomavro Jeunes vignes, Domaine Thymiopoulos
18,30 $ • 12212220
13,5 % • 3,2 g/l
Vinification vegan

Depuis qu’il a repris les rênes du domaine familial, le jeune Apostolos Thymiopoulos a su redonner un véritable élan à sa région et au cépage xinomavro. À Naoussa, contrée continentale et montagneuse du nord du pays —

rappelant le Piémont à certains égards —, les vignes sont exposées à un climat plus frais, et donnent des cuvées possédant une identité propre. C’est composé à 100 % de xinomavro — un cépage similaire au nebbiolo (tiens donc!) — issu d’une culture suivant les préceptes de la biodynamie (non certifié). Côté cave, l’approche se veut minimaliste avec fermentation aux levures naturelles, sans collage, ni filtration.

Au nez, les arômes de confiture de fraises maison et d’herbes fraîches s’enchaînent et font saliver. Les tanins sont à peine perceptibles et le fruit est jeune, fougueux. Non, mais quelle candeur! Un rouge de grandes soifs pour « s’abreuver » généreusement lorsque le thermomètre atteint des sommets. Top!

À la vôtre

Soif d’ici

CHRONIQUE / Cette fin de semaine, le bonheur est dans les vins québécois. Voici trois vins locaux pour remplir vos verres du savoir-faire d’ici!

Québec 2018, Chardonnay, La Cantina
23,95 $ • 13835841
13 % • 1,5 g/l

Le propriétaire du Vignoble Rivière du Chêne a fait le pari du vitis vinifera en 2015 et en 2016, en plantant 20 hectares de vignes. Avec ce nouveau millésime 2018 tout en éclat, nul doute que le vigneron avait vu juste. Pur coup de cœur pour ce chardonnay exotique dont le nez divulgue de vibrants arômes d’ananas et de poires séchées. Finement boisée, la trame est ample, presque ronde, énergique et généreuse. Un jeune fringant au fort goût de revenez-y, idéal pour vos grillades!

Son seul défaut? N’être disponible que dans quelques SAQ sélectionnées. Il devrait toutefois être éminemment distribué dans le réseau. Heureusement, vous pouvez le dénicher dans une poignée d’épiceries fines de la province et au Vignoble Rivière du Chêne, à Saint-Eustache. Rendez-vous sur le site web de vignoblelacantina.ca pour connaître les points de vente.

À la vôtre

Toute autre tâche connexe

CHRONIQUE / Cette semaine, je vous invite à mettre la fraîcheur dans votre verre avec un rosé de caractère, un effervescent pour le paternel et un blanc du Sud-Ouest. Côté vignoble, l’heure est au dérochement et à la plantation de chardonnay dans les Cantons-de-l’Est!

Tavel 2017, La Dame Rousse, Domaine de la Mordorée
31,25 $ • 12376881
• 14,5 % • 1,3 g/l •

Le Domaine de la Mordorée est un incontournable à Tavel. Ce vignoble de la Vallée du Rhône méridionale travaille en bio avec une approche biodynamique très respectueuse de l’environnement. Madeleine et Ambre Delorme mettent la main à la vigne avec instinct, ressenti et passion, et ça se perçoit dans leurs cuvées. Comme elles le soulignent si bien elles-mêmes : « La meilleure qualité possible est évidemment notre objectif, mais pas à n’importe quel prix : il n’y a pas que le résultat qui compte. » 

Reste qu’ici, la finalité mérite toute votre attention. Le quatuor grenache, syrah, clairette et cinsault possède une bonne dose de caractère, mais n’est pas pour autant dépourvu de finesse. Le fruit est beau, c’est ample et bien bien sec. Oubliez l’apéro, sortez plutôt les couverts du dimanche, car c’est du grand rosé de gastronomie!

À la vôtre

Les vignerons philosophes

CHRONIQUE / J’espère ne pas vous avoir trop étourdis la semaine dernière avec mon récit sur la dynamisation. Chose dite, chose due : la contextualisation annoncée.

Pour Marc Théberge, la biodynamie, c’est plus qu’une méthode de culture, c’est une philosophie. Ce qui l’attire dans la démarche, c’est de créer un écosystème sur le vignoble. Plus. Un organisme autosuffisant vierge de tout intrant extérieur. Car au-delà des préparations, de la dynamisation et du calendrier — des outils pour parvenir à ses 

fins — l’objectif sous-entendu est de rendre le vignoble plus fort pour que le vin soit la meilleure version de lui-même. L’ingénieur de formation ajoute : « C’est comme un être humain, si on le nourrit bien, il sera en santé. » 

Pourtant, le clan Théberge-Rainville reste très discret à ce sujet. Ils ont bien d’autres chats à fouetter que de pourfendre les critiques des dubitatifs. Car il y a beaucoup de connotation autour de la biodynamie. S’il y a des milieux où ça passe mieux, « au Québec, on a été mis à mal par la religion. Et, en certains points, la biodynamie ça rappelle la religion. Pour les gens qui ne cherchent pas à comprendre, on a l’air weird! » soutient Marc en rigolant.

De toute façon, ils n’ont pas réponse à tout. « C’est difficile, parce qu’on ne peut pas percevoir les résultats directement. Et il y a plein de trucs que je fais que je ne comprends pas moi-même! » plaisante-il. Comme de pulvériser de la bouse de vache diluée, qui a passé l’hiver sous terre dans une corne de vache pour favoriser le développement des mycorhizes. L’idée, c’est de mettre en branle des forces homéopathiques pour rendre le sol plus réceptif.

« Le premier signe d’intelligence, c’est de se rendre compte qu’on ne comprend pas tout », rappelle-t-il. Justement, des domaines viticoles parmi les plus prestigieux du monde — dont son honorable Romanée-

Conti — et des vignerons cartésiens — comme Marc et Ève, qui ont respectivement des formations d’ingénieur et de statisticienne — adhèrent à la biodynamie. 

Mais comment diable une pratique aux fondements si controversés est-elle devenue si répandue? « À la dégustation, quand on compare les vins biodynamiques à leurs homologues en conventionnel et en bio, on perçoit plus de profondeur et de longueur », constate Marc. Après tout, la vérité est dans le verre, n’est-ce pas?

À la vôtre

Semer le chaos pour établir l’équilibre

CHRONIQUE / Cette semaine, trois vins à déguster et une introduction à la biodynamie sur le Domaine Bergeville!

Touraine chenonceaux 2017, La Voûte, Joël Delaunay
22 $ | 13900956
13,5 % | 3,9 g/l

Touraine chenonceaux est une toute nouvelle AOC de la Loire née en 2011. Lors de mon passage dans la région l’an dernier, j’ai eu un immense coup de cœur pour les sauvignon blanc à l’identité propre et dépaysante de l’appellation. 

Marie et Thierry Delaunay, 5e génération du domaine, travaillent au champ en lutte raisonnée. À la cave, le vin a été élevé sur lies pendant 6 mois, et les peaux des raisins blancs ont macéré pendant plus de 20 heures. C’est bien expressif, parfumé sur des notes d’abricots et d’anis étoilé. Le fruit est mûr, la texture grasse, la persistance soutenue et la finale fruitée, captivante. 

Délicieusement sympathique et détaillé. Une appellation à surveiller!

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Des rosés pour l’été

CHRONIQUE / Bientôt, les beaux jours couleront à flots au rythme des 50 nuances de rose fraîchement débarquées en SAQ. À l’apéro, au repas, à la piscine — prêt, pas prêt, on sort le rosé!

Languedoc-Roussillon, Domaine de Gournier

11,70 $ • 464 602 • 13 % • 1,4 g/l

Ce rosé sec et abordable flaire la bonne affaire. Son nez affriolant pousse des notes de melons et de limes bien mûres, tandis que sa fraîcheur bien sentie souligne et rehausse les arômes floraux. Ce n’est rien de foufou, mais à moins de 12 $, c’est réglé pour vos grandes réceptions de l’été et les parties de pétanque!

À la vôtre

Déchiquetage, tour à vent et dégorgement

CHRONIQUE / Une fois de plus, les rebondissements furent nombreux au vignoble. Disons que la routine n’était pas au programme cette semaine!

Vigneronne en herbe : Semaine 3

Tout l’été, vivez avec moi mes aventures d’apprentie vigneronne au Domaine Bergeville dans les Cantons-de-l’Est.

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Tout beau, tout bio!

CHRONIQUE/ Plus tôt cette semaine, la Terre célébrait son anniversaire. Comme un « bonne fête en retard » vaut mieux que rien du tout, voilà des vins écoresponsables à souffler pour manifester votre amour pour notre terre et supporter des vignerons adoptant une approche respectueuse du vivant.

Touraine 2017, Cuvée Cendrillon, Domaine de la Garrelière
10211397 • 27,40 $

• 14 % • 2,3 g/l •

Le vigneron François Plouzeau décrit la biodynamie comme le moyen d’assurer l’équilibre entre la terre, la plante et l’environnement. C’est davantage guidé par les lois de Dame Nature que celles de l’Homme qu’il élabore des vins bios dans la vallée de la Loire. Ce sauvignon blanc de Touraine est issu d’une fermentation aux levures indigènes. Il en résulte un blanc expressif aux arômes envoûtants de papaye et de citron. Le sauvignon est à peine reconnaissable (surtout si vous êtes habitué aux cuvées du « Nouveau Monde »); mûr et bien élevé. En bouche, sa puissance se mêle à une matière profonde et hypnotique. L’appellation Touraine à son meilleur!

À la vôtre

Vins de coco

CHRONIQUE / Que vous célébriez Pâques, la fin de semaine de trois jours ou la fin du carême, toutes les raisons sont bonnes pour trinquer de bons jus!

Vin du Québec 2018, William, Vignoble Rivière du Chêne
15,25 $ • 744169 • 12 % • 5,6 g/l

C’est officiel! Les premières bouteilles arborant fièrement le nouveau sceau d’indication géographique protégée « Vin du Québec » sont fraîchement débarquées. Les vins du Vignoble Rivière du Chêne, à Saint-Eustache, dans les Basses-Laurentides, ne sont pas bios, mais ont le mérite d’être travaillés en culture raisonnée. La cuvée William (qui tient son nom du fils du vigneron) réunit les cépages seyval blanc, frontenac blanc, vidal, acadie et vandal-cliche. C’est franchement réussi ce 2018. Le nez explose sur des notes invitantes d’agrumes. La bouche est vive, juteuse et ultra fruitée. Chouette avec des tapas! À ce prix, l’affaire est belle.

Astuce : dimanche, servez un verre de William — en prenant soin de cacher la bouteille — à l’oncle qui a perdu toute foi dans les vins québécois (ça pourrait aussi être une femme, mais l’idée c’est d’égaliser la blague sexiste du vin suivant). Il y a fort à parier que la réconciliation sera fougueuse et instantanée.

À la vôtre

Patagonie : les vins de la fin du monde

CHRONIQUE / Terre continentale la plus au sud du monde, la Patagonie fait non seulement voyager les aventuriers rêvant de glaciers et de sommets enneigés, mais aussi les amateurs de vins à la recherche de vins frais et de caractère.

Pourtant, en mettant les pieds dans le vignoble patagonien, ça tombe plutôt à plat. Devant la vallée de San Patricio del Chañar, à 50 km au nord de Neuquén, la scène est vaste et parcourue par les nombreuses tentacules de la Rio Neuquén. Il faudra survoler quelques centaines de km vers le sud pour apercevoir des paysages dignes des grandes expéditions.

Située au sud du 36e parallèle, la Patagonie est non seulement la région viticole la plus méridionale de l’Argentine, mais aussi celle qui abrite les vignobles les plus au sud du monde. Elle s’étend ainsi jusqu’au 45e parallèle sud, qui équivaut à la latitude de la Bourgogne et de l’Oregon dans l’hémisphère nord. 

Tandis qu’elle tire les ficelles du terroir à Mendoza et à Salta, l’altitude prend un rôle de seconde importance dans les provinces de Neuquén, Rio Negro, La Pampa et Chubut. Mais la vigne n’en est pas moins confrontée à des conditions climatiques extrêmes. Soumises au souffle incessant des vents dominants — pouvant dépasser les 100 km/h! — les baies développent une peau plus épaisse. Les anthocyanes se trouvant dans la pellicule des raisins, les vins sont alors plus pigmentés et possèdent ultimement plus de corps.

Latitude faisant, le soleil brille plus longtemps ici qu’à Mendoza, pendant la saison estivale — jusqu’à 45 minutes de plus par jour. Comme la réflexion du soleil est intense et que les nuages sont rares, les plants sont taillés plus haut pour ne pas subir trop la réflexion du soleil. Ajoutez à cela une faible pluviométrie (moins de 200 mm/an), une température inférieure aux zones du nord et de fortes amplitudes thermiques — 20 °C de différence entre le jour et la nuit! — et vous avez là un cocktail climatique qui contribue à forger des raisins à la couenne dure et des vins structurés et frais.

À la vôtre

À quelle heure l’apéro?

CHRONIQUE / Je rêve d’un Québec où on fait plus l’apéro. Vous savez, ce rituel où on prend un temps d’arrêt pour se réunir et siroter un verre — sur une terrasse, à la maison ou au parc — avec les copains, histoire d’entrelacer les esprits sous l’élan d’une douce ivresse?

Un moment de pure convivialité allègrement pratiqué en vacances, mais trop peu répété chez soi. Pourtant, on a tout sous la main pour le réaliser (hormis peut-être le climat). Heureusement, les beaux jours approchant, les opportunités de dégainer de beaux vins de soif, rafraîchissants et légers, se multiplieront.

À la vôtre

Place aux cidres artisanaux

CHRONIQUE / De nouveaux styles de cidres émergent au Québec. Des cidres artisanaux, fermiers et moins travaillés. À l’autre bout du spectre de leurs homologues sucrés qui dominent actuellement le marché, ils sont secs, acidulés, surs, parfois non filtrés et parfois marqués par la brett — cette levure qui confère des arômes rappelant la ferme et le foin. Des cidres audacieux et créatifs pour consommateurs avertis!

En 2017, lorsque Eve et Emile, de la Cidrerie Le Somnambule, présentent pour la première fois leur cidre en fermentation spontanée, au Mondial des cidres SAQ, l’engouement du public est patent. Dès lors, il était clair qu’ils se lançaient dans ce créneau.

À la vôtre

Les futures régions viticoles du Québec

CHRONIQUE / En novembre dernier, les vignerons du Québec obtenaient enfin leur Indication Géographique Protégée. Ne s’assoyant pas sur leurs sarments, ils procèdent déjà à l’identification de leurs régions viticoles. Ils sont loin d’être nés pour un petit vin, ces vignerons!

Nadia Fournier, auteure du Guide du Vin, mène ce projet depuis un an avec l’appui d’un géologue, d’une pédologue, ainsi que d’une agronome et du MAPAQ. Ils travaillent à définir des régions viticoles, à l’intérieur de l’IGP, qui seront appelées à évoluer et à se multiplier au rythme du développement du vignoble québécois.

À la vôtre

Retour aux sources avec Jaboulet

CHRONIQUE / Le Domaine Paul Jaboulet Aîné occupe une place privilégiée dans mon cœur. Les abonnés de cette chronique se rappelleront que j’y ai été stagiaire le temps d’un été, l’un des plus caniculaires que la vallée du Rhône septentrionale ait connue (et moi donc!). J’avais envie de jouer du sécateur, d’acquérir le langage du terrain et de comprendre les aléas de la vie de vigneron. C’est ainsi qu’en 2015, Caroline Frey et son équipe ont eu la grande générosité de m’accueillir avec pour seules qualifications — aussi modestes soient-elles — mes connaissances théoriques en viticulture, mes mains pleines de pouces et une expérience horticole peu reluisante à mon actif (feu mon cactus décédé).

Il va de soi que le passage d’Adrien Laurent, à Montréal la semaine dernière, s’annonçait comme un rendez-vous certain. Le directeur des opérations chez Jaboulet en a alors profité pour présenter quelques vins et la philosophie verte de cette maison fondée en 1834, puis reprise par la famille Frey en 2006, aussi propriétaire à Bordeaux (Château La Lagune), en Bourgogne (Château Corton C) et en Champagne. Dès lors, Caroline Frey, propriétaire et œnologue, a mené un combat de tous les jours pour redonner ses lettres de noblesse au domaine, dans le respect de ses convictions environnementales et écologiques. Des efforts qui ont porté fruits, puisque le vignoble détient aujourd’hui les certifications HVE (Haute Valeur Environnementale) et bio — sans oublier les vignes d’hermitage et de crozes-hermitage qui s’affranchissent et s’épanouissent sous les soins respectant les principes de la biodynamie.

À la vôtre

L’essor du Roussillon

CHRONIQUE / Quand je faisais mon ASP en sommellerie, il y avait des régions viticoles qui soulevaient les passions plus que d’autres. Tempête, pas tempête, la classe était bien remplie quand Bordeaux, la Bourgogne ou la Toscane étaient au programme. L’idée d’avoir loupé l’occasion de déguster un vin classé, un grand cru ou une bouteille qu’un salaire d’élève ne permettait d’acheter devenait une puissante motivation pour vaincre nos bas instincts d’étudiants.

Je me rappelle aussi qu’entre l’étude du Sud-Ouest et de la Vallée du Rhône, l’incursion dans le Roussillon m’avait laissée pantoise devant les vins doux naturels — des vins mutés aussi fougueux qu’un chocolat noir 90 %. Pourtant, ce n’est que quelques années plus tard, en passant par Perpignan — capitale du Roussillon sacrée ville européenne du vin pour 2019 — que j’ai véritablement constaté tout le potentiel de cette région qui n’a rien de modeste. Un véritable paradis agronomique, une région viticole bénie des dieux, qui fait dans la plus grande discrétion des vins secs à donner le vertige.

Inondée par le soleil et balayée par le vent, la région est ni plus ni moins que le numéro 1 de la viticulture propre en France. Dans cette région du sud, un peu plus de 55 % des vignobles y sont certifiés bio, biodynamique ou HVE (Haute Valeur Environnementale). Sans parler des domaines qui sont bio, mais qui ne le revendiquent pas. Le respect du vivant y occupe une grande place et il y a une grande transparence vis-à-vis le terroir. Qu’il s’agisse de l’une des régions les plus ensoleillées de France, n’est surtout pas un prétexte pour produire des vins surmuris. De la gourmandise, certes il y a, mais jamais au détriment de la buvabilité comme en témoignent ces 4 cuvées éblouissantes.

À la vôtre

Les milléniaux et le rosé du futur

CHRONIQUE / La semaine dernière, nous avons vu que dans un contexte de changement climatique, les producteurs de rosés cherchaient non seulement à s’adapter, mais aussi à produire des vins plus respectueux de l’environnement. Un phénomène qui préoccupe aussi les jeunes consommateurs, et qui pose un double défi pour les producteurs, à savoir comment anticiper l’évolution de la consommation des rosés.

Est-ce que le consommateur réclame aujourd’hui de bons vins ou des vins à bonne conscience environnementale? 

Nés au cœur des enjeux climatiques et environnementaux, les milléniaux possèdent des attentes plus transversales. « Il y a une rupture entre la génération plus ancienne et les milléniaux, c’est-à-dire qu’ils n’attendent pas du tout la même chose du vin. Si avant, on faisait vieillir le vin en cave, on cherchait un vigneron, un cépage ou une appellation, aujourd’hui tout ça est un peu en train de s’effriter. La jeune génération veut que ce soit à la fois moderne, écologique, individuel, transparent et que le rapport qualité-prix soit bon », affirme Birte Jantzen, journaliste-dégustatrice pour le guide des vins Bettane & Desseauve. 

Ils composent la génération la plus éduquée et la plus nombreuse qui n’ait jamais existée sur terre. En 2020, les milléniaux composeront la moitié de la population active, c’est pas peu dire. Selon Richard S. Delerins, chercheur anthropologique à Food 2.0 Lab, les milléniaux clament le droit d’être eux-mêmes et puisent leurs valeurs en eux-mêmes. En ce sens, l’alimentation est devenue un mode d’expression de soi, où ils mettent de l’avant leurs valeurs individuelles et leurs préoccupations écologiques dans leurs actes de consommation. 

M. Delerins va jusqu’à les surnommer les « Millennial Pink ». Selon l’anthropologue, ils auraient adopté la couleur rose — couleur de la chair et de soi — représentation de la jouvence, de la jeunesse et de la santé. Le vin rosé se serait donc imposé naturellement aux milléniaux, d’autant plus qu’il s’avère moins codifié que ses homologues rouges et blancs. Avec un décorum quasi-absent et des pratiques de consommation moins excentriques, il confère aux jeunes toute la latitude nécessaire pour se l’approprier et le transformer.

À la vôtre

Attention, cette chronique ne contient (presque) pas d’alcool

CHRONIQUE / Ça va, vous tenez le coup? Si vous mettez présentement l’alcool en veilleuse, vous avez de quoi être fier. Il est toujours pertinent de faire le point sur sa relation avec l’alcool. Je profite du Défi 28 jours sans alcool pour faire la lumière sur les vins désalcoolisés et glisser ici quelques suggestions.

La demande pour les vins désalcoolisés se porte bien au Québec. Très bien, même. Depuis les 5 dernières années, les ventes pour les vins garantis sans gueule de bois connaissent en moyenne une hausse de 15 % par année à la SAQ. Durant cette même période, notre société d’État a presque doublé l’offre de produits à moins de 0,5 % d’alcool. Du côté de la Société Clément, qui représente les vins désalcoolisés Leitz, on constate d’ailleurs une croissance jamais vue pour ce type de boissons. 

Sans alcool ou désalcoolisé?

« Vin sans alcool » ne serait-ce pas là un effet chic pour dire « jus de raisin »? Pas exactement. C’est beaucoup plus complexe que ça en fait, puisque pour désalcooliser il faut d’abord faire du vin. 

Donc, faire de l’alcool pour ensuite la retirer. Pourquoi se donner tant de trouble? C’est qu’au cours de la fermentation alcoolique, — parallèlement à la transformation du sucre en alcool sous l’action des levures — de nombreux produits secondaires et fondamentaux se forment au passage, dont du CO2 et des arômes secondaires. 

« Désalcoolisé » serait donc plus à propos que « sans alcool », même si à proprement parler, il ne s’agit plus de vin. La Côte de Vincent lui préfère le terme « boisson à base de vin désalcoolisé » pour qualifier ses rouges, blanc, rosé et mousseux à base de cépages traditionnels français. Cette entreprise alsacienne emploie un procédé de séparation de l’alcool par dépression à froid pour abaisser l’alcool des vins à aussi peu que 0,3 %. Cette technique centenaire consiste à refroidir le vin très rapidement, jusqu’à -30 °C. Sa densité devenant plus faible, l’alcool remonte à la surface et se sépare du reste du liquide. La boisson perd alors un peu de son acidité, mais conserve toutes ses autres vertus : arômes, polyphénols et antioxydants, entre autres.

Au domaine Leitz en Allemagne, le processus de distillation sous vide permet de descendre le taux d’alcool à zéro. Le produit est d’abord chauffé pour permettre aux composants volatils tels que le dioxyde de carbone (CO2) et les composés aromatiques de s’évaporer. Ceux-ci sont capturés et réservés pour plus tard. Comme le point d’ébullition d’un liquide diminue de manière assez importante lorsqu’il est sous vide, l’alcool s’évapore autour de 40 °C. La boisson est ensuite refroidie, puis réunie avec son CO2 et ses arômes de départ.

Plusieurs autres procédés peuvent être déployés pour retirer l’alcool du vin — l’osmose inversée, la séparation de l’eau et de l’alcool, la distillation directe… mais qu’importe la technique, il s’agit de méthodes dispendieuses.

Effervescent, La Côte de Vincent
17,80 $ • La Guilde Culinaire • 0,3 % • 44 g/l

L’effervescence diminue la perceptibilité de l’alcool — tout comme son absence d’ailleurs — et présente l’avantage de remplir le vide laissé par l’alcool. Voilà pourquoi les boissons mousseuses désalcoolisées ressortent généralement mieux à la dégustation. Ici, les bulles sont obtenues par l’ajout de CO2. Vous ne retrouverez peut-être pas la finesse des bulles de votre crémant préféré, mais l’effervescence n’en demeure pas moins plaisante. L’assemblage de riesling et ryvaner est plutôt discret au nez. La bouche est agréable et bien équilibrée. 

Commandes en ligne disponibles.

Riesling, Eins Zwei Zero Alcoholfree, Leitz
12,65 $ • 13477043 • 46 g/l

Les fans finis du riesling seront heureux de retrouver des notes d’hydrocarbures dans leur verre. En bouche, le citron s’amène, le sucre aussi, bien que pas trop imposant. Finale sûre intéressante. On a l’impression de boire un jus de riesling. Dans sa catégorie, c’est très respectable. Un cari de pois chiches avec ça?

Rosé, Côte de Vincent
15,40 $ • La Guilde Culinaire • 0,3 % • 44 g/l

Très bien foutu que cet assemblage de 80 % de cinsault et 20 % de syrah. Les arômes de pomelos et de fraises sont très invitants. C’est l’été dans le verre. La bouche est joliment texturée, ronde, et une agréable fraîcheur souffle sur les papilles. Délicatement sucré, il n’a besoin que d’un peu de soleil, de quelques glaçons et de chaises longues!

Commandes en ligne disponibles.

Bon 13 jours sans alcool. Il en reste moins devant que derrière!

À la vôtre

Domaine Wach : quand la magie du vin opère

CHRONIQUE / Lui est vigneron. Elle, sommelière. Les fidèles de cette chronique résidant à Sherbrooke la connaissent d’ailleurs très bien, puisqu’elle levait chaque semaine son verre et sa plume dans La Tribune entre 2013 et 2014. Eux, c’est Pierre Wach et Jessica Ouellet, un jeune couple que le vin a réuni avec un grand « V ».

Il vient d’Andlau, en Alsace. Elle vient de Windsor, au Québec. Chez Faro, café étudiant rue Wellington, à Sherbrooke, le regard des jeunes amoureux s’illumine tandis qu’ils racontent le voyage qui a fait converger leurs univers. C’était il y a 6 ans, en Nouvelle-Zélande. Après avoir obtenu son diplôme en sommellerie et raflé la Bourse Espoir de la Sommellerie SAQ, Jessica s’envole à Marlborough faire les vendanges au domaine Staete Landt. Elle y fait alors la rencontre de Pierre qui occupe le poste de maître de chai sur un autre vignoble.

À la vôtre

Vivre au rythme de la méthode trad

CHRONIQUE / Lorsque je contacte Ève Rainville à la mi-novembre, c’est le branle-bas de l’hivernisation au domaine. L’épais tapis blanc qui couvre déjà le vignoble complique la pose des toiles. Ils étaient quatre à avoir bossé pendant 10 heures d’affilée que le travail n’était pas encore terminé. Disons que l’équipe avait de la neige dans le toupet.

Pour leur laisser le temps de souffler, j’emprunte, fin novembre, la même route qui me mène chaque fin de semaine de l’été au chalet familial. Une trentaine de minutes plus tard, Ève m’accueille au chai, dans le Canton-de-Hatley, à moins de 5 minutes de l’idyllique village de North Hatley. Tandis que plusieurs s’implantent dans la région pour ses jolis attraits, Ève, et son amoureux, Marc Théberge, s’y sont installés en 2008 pour y planter leurs hybrides. Parce que le climat et le sol convenaient parfaitement à l’élaboration de mousseux méthode trad, mais aussi parce que le mouvement bio au Québec est né tout près à Compton. « C’est ici que notre projet prenait tout son sens », souligne Ève. 

Plus que bio

Parce qu’il n’était pas assez téméraire de faire du vin au Québec — en méthode traditionnelle qui plus est — le couple s’est doté des certifications biologique et biodynamique. Traitées selon une philosophie respectueuse de l’environnement et de l’humain depuis le début, les vignes sont vierges de tous produits chimiques. Aussi les manipulations et les intrants au chai sont-ils réduits au minimum. « J’essaie de tendre vers une vinification la plus naturelle possible », explique Marc. Au sujet des sulfites, il précise « on est parmi les vignobles qui en ajoutent le moins au Québec ». Effectivement, alors que je donne un coup de main au dégorgeage manuel, plus tard en janvier, pas un mg de sulfites n’a été sollicité sur la ligne de montage. 

Non filtrés depuis 2018, les mousseux sont collés avec une matière endogène au vin — des écorces de levures (une étape vitale en méthode traditionnelle). À partir de 2018, la première fermentation sera faite à 100 % aux levures indigènes. Et la seconde fermentation, celle qui créera les bulles? « C’est plus difficile de trouver des levures indigènes dans le chai en plein hiver! » lance le vigneron en riant.

Parlant de bulles, Ève raconte, tout en actionnant à tour de rôle la boucheuse et à la museleuse, « qu’une bouteille de méthode trad est manipulée 18 fois ». 

Une effervescence continuelle

Seulement 10 ans après avoir fait le pari du mousseux et de la biodynamie, Ève et Marc ont réussi à établir le Domaine Bergeville comme une référence viticole au Québec. Mais ils sont loin de s’asseoir sur leurs sarments pour autant. Depuis un an, Marc a repris du service dans le domaine de l’intelligence artificielle. Il passe la moitié de la semaine à Montréal afin de financer l’achat d’une nouvelle parcelle, la plantation de nouvelles vignes, la construction d’un nouveau chai et l’achat d’équipements. « Amener 1 hectare de vignes à sa première vendange coûte 125 000 $. Et les coûts du terrain et de la cuverie pour transformer le raisin ne sont même pas inclus là-dedans! »

Des projets, ils en ont plein la cuve. Ils font présentement des tests avec des vinifera : pinot meunier, pinot auxerrois et pinot blanc, entre autres. « Les hybrides sont très unidimensionnels, lance Marc. Le frontenac, par exemple, est très aromatique, mais est dépourvu de rondeur. » Justement, il prévoit planter différents clones de chardo pour apporter la petite touche qui manque à ses vins, selon son sens aiguisé : la rondeur. Le couple a également fait une demande de boutures de savagnin et de pinot gris.

À savoir s’ils pensent répondre à la tendance du pet’nat, Ève répond : « Le pet’nat, c’est comme un champagne dont on a enlevé le milieu. On a choisi de se spécialiser dans le la méthode traditionnelle. Ce serait comme diluer nos efforts. Tant qu’à faire autre chose, je ferais du vin tranquille! »

À LA VÔTRE

« D’un océan à l’autre »

CHRONIQUE / Peut-être avez-vous entendu parler de cette étude révélant des différences significatives dans les sensations perçues en dégustation entre des spécialistes du vin du Québec et de la Colombie-Britannique?

Des chercheurs ont soumis à l’aveugle sept vins identiques à deux groupes de professionnels — l’un du Québec et l’autre de la côte ouest. Ils cherchaient à examiner les différences dans l’évaluation sensorielle des vins entre des experts séparés par le contexte socioculturel et géographique.

Ils ont noté que les experts montréalais relevaient plus facilement les arômes végétaux et épicés, les notes de poivron vert, de bois, ainsi que l’amertume, l’acidité et l’équilibre des vins.

De leur côté, leurs confrères de l’Okanagan accordaient de meilleures notes aux vins épicés.

Or, c’est probablement le « cas Apothic Red » qui a le plus fait jaser. Ce rouge californien bien connu des Québécois, et qui ne fait pas l’unanimité au sein de la presse spécialisée, — caractérisé comme trop sucré (du haut de ses 16 g/l) — aurait reçu de la part du groupe d’experts de l’Okanagan, une note qualitative nettement supérieure que celle attribuée par leurs homologues montréalais.

Le synopsis de l’étude nous apprend que l’expérimentation a été faite sur deux groupes composés d’« experts du vin locaux et d’influenceurs issus de différents milieux socioculturels ». En regardant de plus près le rendu publié dans le Journal of Wine Research, on découvre que l’échantillonnage est fort hétéroclite avec d’une part un groupe composé essentiellement de vignerons, œnologues et employés de vignobles (Colombie-Britannique) et de l’autre, des sommeliers et des chroniqueurs vin (Québec). Comme l’étude a d’ailleurs pris le temps de le soulever, ces deux groupes issus de formations très différentes présentent des différences substantielles dans la nature de leurs pratiques. « Les experts en vin associés aux vignobles avec une expérience en œnologie sont plus orientés vers la détection des défauts et la conception des vins, tandis que les sommeliers, éducateurs et journalistes du vin se concentrent dans une plus grande mesure à fournir des évaluations visant à influencer les consommateurs et leurs choix de vins ».

C’est comme si on avait soumis sept longs métrages à deux groupes — des producteurs de films et des critiques de cinéma — de lieux géographiques différents. Ou sept plats à des chefs, puis à des critiques culinaires — du Québec et de la Colombie-Britannique.

L’étude aurait plutôt dû s’appeler les différences dans l’évaluation sensorielle des vins entre les œnologues/vignerons de la Colombie-Britannique et les sommeliers/chroniqueurs du Québec. Or quel aurait été le but d’une telle étude? Des différences, il y en aura, c’est une certitude. Mais que nous apprennent-elles vraiment?

Swartland 2017, Terre Brûlée « Le Rouge », Tania & Vincent Carême
23,10 $ • 13738055 • 13,5 % • 1,5 g/l • V, BIO      

Ce rouge qui était en importation privée il n’y a pas si longtemps est maintenant offert en spécialité à la SAQ. Connu et réputé pour ses délicieux chenin blanc de la Loire, Vincent Carême a étendu ses activités dans l’autre hémisphère avec l’aide de sa femme Tania. Ce n’est pas un hasard s’ils ont choisi l’Afrique du Sud, puisque Tania est elle-même Sud-Africaine. Ensemble, ils subliment le jus de la vigne à Malmesbury dans Swartland en respectant les principes du bio. Ils proposent ce chouette assemblage de 2 variétés rhodaniennes — syrah et cinsault — aux arômes vibrants de café et de cerises. C’est plutôt généreux, bien structuré, sur le fruit et les épices. Un rouge de réconfort qui accompagnera délicieusement la cuisine d’hiver, comme un chili!

À LA VÔTRE

Clarifications sur le vin vegan

CHRONIQUE / Reprenons l’intrigue où nous l’avions laissée la semaine dernière : l’emploi de produits d’origine animale. Mais que diable viennent faire ces ingrédients inattendus dans la fabrication du vin? Quelques clarifications.

Au terme de la fermentation, de nombreuses particules se retrouvent en suspension dans le vin.

Pour s’en débarrasser rapidement et obtenir un vin limpide, le producteur ajoutera une matière « collante » pour agglutiner les résidus et les précipiter au fond de la cuve ou de la barrique. Au passage, cette opération aura aussi pour effet, entre autres, de stabiliser la couleur et les protéines, ou encore de réduire les tanins amers ou astringents de certains vins rouges.

Ces colles peuvent être d’origines animale, végétale, minérale ou synthétique. La première catégorie implique la caséine (extraits de lait), l’albumine (blanc d’œuf), gélatines (issues de la peau des porc et d’os de bovin), la colle de poisson (issue de la vessie natatoire des poissons) et pour les millésimes d’avant 1997, le sang de bœuf, interdit depuis la crise de la vache folle.

À LIRE AUSSI: Partir l'année du bon vin

Les colles organiques de source animale sont en perte de vitesse depuis 2012 alors que plusieurs pays, dont l’Union européenne et le Canada, ont adopté un nouveau règlement sur l’étiquetage d’allergènes. La SAQ soutient que la déclaration des allergènes est obligatoire si des résidus du lait, de l’œuf ou du poisson sont présents dans le produit fini. Ce qui a conduit plusieurs vignerons à délaisser les protéines animales au profit de colles minérales, telle que la bentonite (une argile), et végétales, provenant de champignons, d’algues, de protéines de pois et de pommes de terre.

Toutefois, le collage n’est pas un passage obligé. Si on les laisse reposer suffisamment longtemps, et dans de bonnes conditions, la plupart des vins se clarifieront d’eux-mêmes. Samuel Chevalier Savaria, responsable du développement et des relations vignerons à l’agence Oenopole, reconnaît que beaucoup des vins qu’il représente sont non collés et non filtrés. « Les producteurs préfèrent effectuer moins de collage et faire plus de filtration mécanique, comme la filtration tangentielle ou l’osmose inverse », raconte Samuel.

Au domaine de Catherine & Pierre Breton, certifié vegan depuis 2018, aucune colle n’est nécessaire puisque le vin est séparé de ses sédiments et dépôts par soutirage — une décantation à grande échelle qui consiste à transvaser lentement le liquide d’un contenant à un autre. Même constat au Château de la Roulerie en bio, qui préfère un bon soutirage et une filtration très serrée à un collage. Sensibles à la cause animale et aux besoins de leurs clients, ils se sont récemment certifiés sous le label vegan EVE. « Leur cahier des charges concerne la vinification, mais aussi les produits utilisés dans les chais, notamment pour le nettoyage, et tout ce qui concerne la bouteille, comme la colle utilisée pour les étiquettes », précise le Château.

Comment repérer un vin vegan?

Cherchez les labels EVE, Label V, Vegan Society et Qualità Vegetariana sur la contre-étiquette. Ils garantissent que le produit répond aux exigences végétaliennes. Toutefois, tous les vins vegans ne sont pas certifiés. Loin de là. En farfouillant sur l’étiquette, vous tombez sur la mention « Non collé, non filtré « ? Bingo! Vous avez là, sans l’ombre d’un doute, un vin issu de vinification vegan. Quant aux vins bio et biodynamiques, bien que les cahiers des charges autorisent des colles telles que le blanc d’œuf et la caséine, il faut savoir que c’est au sein de cette catégorie de vins que l’on retrouve le plus de vins certifiés. Le vin nature, au sens stricte, de par sa philosophie non-interventionniste, s’avère de facto vegan. Dans tous les cas, un tour sur l’annuaire de vins vegans barnivore.com ou un message au vigneron vous en donnera le cœur net!

Suggestion de la semaine

Tout juste certifiées véganes depuis 2018, les cuvées de Catherine et Pierre Breton sont façonnées dans des pratiques respectueuses de la nature depuis longtemps. En biodynamie depuis près de 30 ans, le domaine exclut le collage, tout en priorisant une vinification aux levures indigènes et un sulfitage faible à nul à la mise en bouteille. Ce vouvray sec souffle des notes fraîches de nectarines, de fleurs blanches et d’épices. Sa chair et son éloquence témoignent bien de la maturité du chelin à la vendange — le tout encadré par une acidité et une pureté qui convergent vers une pointe d’amer en finale. Beau, bon, bio!

Vouvray 2017, Épaulé Jeté, Catherine & Pierre Breton
24,05 $ • 12 103 411 • 12 % • 5,4 g/l 

À la vôtre

Partir l’année du bon vin

CHRONIQUE / Si l’envie de saisir 2019 par les cornes vous prend, ce n’est pas les propositions de résolutions qui manquent. Je profite de Veganuary, le défi qui vous suggère de faire l’essai du véganisme en janvier, pour vous proposer de prendre les vins vegans par le goulot ce mois-ci.

Vous avez sans doute remarqué que j’identifie depuis quelques mois déjà les vins vegans de cette chronique avec l’icône V. À la suite de messages de quelques lecteurs, j’ai réalisé que j’ai amendé les suggestions de la semaine sans crier gare — sans souffler mot sur le motif derrière.

Avant d’étaler les tenants et aboutissants d’une telle initiative, d’abord un rappel de la définition d’un aliment vegan. Un aliment vegan contient uniquement des végétaux (pas de viande, ni poisson, ni œuf, ni produits laitiers) et ne n’implique pas pendant sa production l’utilisation de produits d’origine animale ou l’exploitation d’animaux. L’idée c’est de réduire son impact environnemental, de faire du bien à sa santé et de respecter les droits des animaux un haricot à la fois. Mais pourquoi vous parler de ça dans une chronique vin? Après tout, c’est du raisin fermenté, donc c’est 100 % végétal, non? Désolée de jouer les trouble-fêtes, mais nombre d’additifs sont autorisés dans le processus de vinification, y compris des produits d’origine animale, et c’est rarement inscrit sur l’étiquette.

Le vin vegan à table

Peut-être avez-vous aussi constaté que les accords mets et vins proposés ici laissent une plus grande place aux protéines végétales qu’autrefois. Le vin étant culturellement très lié à la viande, pendant longtemps (et encore trop souvent aujourd’hui) les suggestions de plats sur la contre-étiquette des bouteilles — tout comme les bouquins sur les accords mets-vins — tournaient autour du trio viandes, poissons, fromages. Redondant (et rudimentaire), n’est-ce pas? Heureusement, la cuisine végétale prend de l’ampleur ces dernières années grâce à des chefs et des auteurs qui mettent en valeur les légumes, les grains et les légumineuses, ouvrant du même coup la porte à de tous nouveaux accords qui permettent de s’éclater et de surprendre!

Comment dénicher des vins vegans?

Bonne nouvelle : les vins vegans sont nombreux. Mais peu de vignobles sont certifiés ou le revendiquent pour le moment. J’ajouterais que plusieurs sont vegans et ne le savent pas eux-mêmes! J’ai eu de belles discussions avec des vignerons qui ont substitué les produits d’origine animale par des alternatives végétales ou minérales depuis des années, mais qui restent hésitants à s’afficher vegan par crainte de représailles de la presse spécialisée et de consommateurs rébarbatifs. Heureusement, le tabou se dissipe et ils seront de plus en plus à s’afficher en réponse à la demande en 2019.

La SAQ vient d’ailleurs de publier un minirépertoire de vins vegans sur son site web. La catégorie n’est pas encore officialisée et ne contient que 7 produits pour le moment. Mais rassurez-vous, il y a bien plus que 7 vins vegans actuellement sur les tablettes de la SAQ! Peut-être que dans un avenir pas si lointain ces produits seront identifiés à l’aide des étiquettes-prix en magasin?

En attendant de découvrir la semaine prochaine les intrants d’origine animale et comment repérer un vin vegan, voici quelques vins à vous mettre sous la dent.

À la vôtre

Montréal Passion Vin : déguster pour la cause

Le mois dernier avait lieu la 17e édition de Montréal Passion Vin, l’événement-bénéfice mettant en vedette quelques-uns des plus grands vins au monde et certains des dirigeants et propriétaires des châteaux et domaines les plus prestigieux.

Cette année, la perspective était complètement différente, puisque la dernière fois, je tournais le dos aux conférenciers, œnologues et vignerons. Je faisais alors partie de l’imposante délégation de sommeliers bénévoles et responsables de verser les précieux liquides dans les coupes des participants. 

Les 8 et 9 novembre derniers, nous étions nombreux à être venus boire les paroles des grands du milieu et buvoter leurs cuvées plus grandes que nature. Sur deux jours, 8 grandes maisons pas piquées de vers ont défilé au Grand Quai du Port de Montréal, Jetée Alexandra — Château Margaux, Louis Jadot, Krug, Niepoort, E. Guigal, Tenuta Luce, Château de Figeac et Roberto Voerzio. Dirk Niepoort, Roberto Voerzio, Philippe Guigal et autres vignerons se sont généreusement déplacés depuis la France, le Portugal et l’Italie pour faire découvrir 55 cuvées mythiques aux amateurs de vin et philanthropes présents.

Tout ce branle-bas vinicole est mis en œuvre au profit de la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR). Cette année, pas moins de 1 475 184 $ ont été amassés pour l’amélioration des soins aux patients, l’enseignement et le développement de la recherche. En 17 ans d’activités, les partenaires et participants de cette grande messe du vin ont directement financé le centre d’excellence en thérapie cellulaire et le centre intégré de cancérologie. Deux projets porteurs grâce auxquels l’HMR peut aujourd’hui s’affirmer comme leader en thérapie cellulaire, plus particulièrement en immunothérapie du cancer. Ils mettent au point et reproduisent des médicaments-cellules programmés pour réparer des tissus, supprimer les cellules malignes du cancer et guérir les plus graves maladies de notre temps. Ces médicaments-cellules peuvent notamment guérir des patients qui ne répondent pas aux traitements traditionnels. 

À la vôtre

Spiritueux, portos et sangiovese

CHRONIQUE / La semaine dernière, je vous proposais des vins pour accompagner le repas traditionnel de Noël. Même si vous aurez bientôt l’impression de passer la majorité de votre temps à table, il vous faudra bien quelques petits remontants histoire de festoyer en ces temps de réjouissances bien mérités!

Vodkalight, Artist in Residence
39,25 $ • 13 827 269 • 30 % • 750 ml

Une toute nouvelle distillerie de Gatineau s’est donné comme défi de produire une vodka légère, locale, artisanale et sans gluten. En plus du Waxwing Gin Bohémien et de la liqueur de gingembre Mayhaven, Artist in Residence lance Vodkalight, produite à partir d’eau de source boréale et de maïs canadien. Elle titre 30 % d’alcool, soit 25 % moins d’alcool par portion de 45 ml qu’une vodka régulière, et contient 50 calories par once. Les vapeurs d’alcool sont discrètes et laissent plutôt place à des notes de fleurs et de poivre blanc. Un profil digeste qui donnera un soupçon de légèreté à vos cocktails et qui vous tiendra loin du mal de bloc l’aurore venue.

À LA VÔTRE

Vins pour les repas des fêtes

CHRONIQUE / Plus que quelques dodos avant de se farcir à répétition le copieux repas du temps des Fêtes. Je vous propose d’arroser ce plaisir coupable de bulles, de blancs et de rouges festifs à prix doux, au gré de vos goûts et envies.

Je retiens quatre choses du traditionnel dîner de Noël de mon enfance : les bottes dans le bain, les manteaux sur le lit, — et déformation professionnelle faisant, — les bouteilles en forme de quille par milliers (dont je tairai le nom) et la cruche de St-Georges.

Ah! Comme la neige a neigé! Le festin de Noël est peut-être resté quelque peu figé dans le temps, mais l’offre de boissons s’est bien diversifiée.

Trevenezie 2017, Chardonnay, Soprasasso
14,55 $ • 13 189 009 • 12,5 % • 5,6 g/l

Voilà un chardonnay italien qui pourrait aisément se faire passer pour un Californien à l’aveugle. Un blanc riche, beurré et gras du nord de l’Italie qui appelle fièrement la dinde et sa sauce brune. Une légère suavité et un soupçon de vanille poignent en bouche, le plaçant aux premières loges au service du fromage. Excellent rapport qualité-prix sous les 15 $.

À LA VÔTRE

10 bulles festives

CHRONIQUE / Le meilleur est à venir. La saison des bulles bat son plein, et on ne demande pas mieux que de célébrer au rythme de l’effervescence dorée. Avec des mousseux festifs dignes de vos apéros et cocktails dinatoires, certes, mais aussi de grands vins de repas. Des champagnes aux mousseux de Californie, d’Espagne, du Luxembourg et de Bourgogne, il y a de tout pour faire plaisir à toutes occasions. Parce que tant qu’il y a des bulles, tout va!

Amateur d’effervescence québécoise? Restez à l’affût puisque je vous prépare un article complètement dédié plus tard en décembre. Votre soif de bulles nordiques sera alors on ne peut plus étanchée.