Vin

La renaissance du Muscadet

CHRONIQUE / L’époque où le muscadet servait de faire-valoir aux huîtres est révolue. Si vous croyez encore qu’il est un petit blanc simplet, une importante mise à jour s’impose. Le muscadet s’est raffiné et s’est complexifié, s’élevant au statut de vin de gastronomie et de vin de garde.

À l’image de la fille timide d’un film d’ados des années 90 qui arrive un beau matin à l’école complètement métamorphosée, le muscadet, qui a fait profil bas pendant longtemps, effectue aujourd’hui un retour en force — et pas qu’un peu. Pendant qu’on s’en préoccupait plus ou moins, les vignerons du muscadet s’affairaient à restructurer leur vignoble et à délimiter leurs appellations en crus communaux. Sur les dix prévus, trois sont reconnus depuis 2011, à savoir Gorges, Le Pallet et Clisson, et quatre nouveaux devraient être officialisés pour la récolte 2018. J’ai eu la chance de les déguster en compagnie des représentants de l’appellation en avril dernier : Goulaine, Château-Thébaud, Monnières Saint-Fiacre et Mouzillon Tillières.

Verdict? Certains font une comparaison avec le chablis. Si on est définitivement dans le même registre qualitatif, personnellement, je trouve que ça ne ressemble à rien d’autre. Et ce n’est pas sans raison. Ces vins sont le résultat d’une séquence de particularités uniques au terroir du muscadet.

D’abord, la position en elle-même : situé à l’extrême ouest de la Vallée de la Loire, le pays de Nantes profite de l’influence de l’Atlantique et se décline en une grande diversité de sols d’une impressionnante qualité (granite, schiste, gabbro et gneiss).

Le cépage : le melon B, véritable richesse de la région, est pratiquement exclusif à cette région du monde.

L’élevage sur lies : qui est ici poussé à des sommets parfois vertigineux.

Cette proximité avec l’océan confère aux vins un caractère distinct, à la fois salin, minéral et iodé. Selon le cru, s’ajouteront également des notes de fruits blancs compotés, de noix, de fruits confits et de fumée. Au pays nantais, comme en Champagne, tous les crus du muscadet reposent sur leurs lies pour gagner en complexité. Au terme de la fermentation, les levures inactives (les lies) se déposent au fond de la cuve, puis nourrissent le vin. Elles apportent richesse, complexité, gras et potentiel de vieillissement. Et, puisque leurs vertus semblent infinies, elles emprisonnent au passage d’importantes quantités de dioxyde de carbone, un élément essentiel qui donnera au vin cette fraîcheur et ce perlant (léger pétillant), si caractéristiques du muscadet. Si certains vignerons s’en tiennent aux élevages sur lies minimums requis, entre 17 et 36 mois selon le cru, d’autres cherchant de très fortes maturités vont jusqu’à 52, voire 120 mois sur certaines cuvées!

C’est qu’il n’existe pas un, mais plusieurs muscadets. Trois niveaux qualitatifs précisément. En tête, les crus communaux, précédemment nommés et relativement nouveaux. Des vins de garde pouvant vieillir jusqu’à 10, 20, 30 ans et même plus. Pendant qu’on laisse vieillir ceux-là, on pourra se régaler de l’une ou l’autre des appellations régionales du muscadet, — muscadet sèvre et maine, muscadet côtes de grandlieu et muscadet coteaux de la loire — élevées au minimum six mois sur lies et à déguster dans leurs cinq premières années de vie. Tandis que pour un plaisir accessible et immédiat, on se tournera vers la jeunesse et la fraîcheur d’un muscadet générique.

Les crus du muscadet font certes un mariage durable avec une douzaine d’huîtres, mais ils sont surtout de grands vins de gastronomie. De par leurs origines et leurs minéralité, ils possèdent des affinités naturelles avec les langoustines, les coquillages, les bols poke aux fruits de mer, les poissons grillés et les cuisses de grenouilles. Dans un autre registre, leur forte acidité permet également des accords heureux avec le fromage de chèvre. Enfin, leur complexité et leur finesse seront mises en valeur par une température de service autour de 12 °C.

Voici trois vins pour vous refaire une tête (et le palais!) sur le muscadet 2.0!

La chroniqueuse était l’invitée d’InterLoire.

Muscadet sèvre et maine Château-Thébaud 2012, Château de l’Aulnaye
(SAQ : 12 588 614 — 24,90 $)

Muscadet sèvre et maine Château-Thébaud 2012, Château de l’Aulnaye

(SAQ : 12 588 614 — 24,90 $)

Il n’en reste que quelques bouteilles dans le réseau de la SAQ, mais je ne pouvais manquer l’opportunité de vous en parler. Ce cru qui devrait recevoir sa reconnaissance avec la prochaine vendange nécessite de longs élevages sur lies pour se révéler, 36 mois dans le cas présent. Les baies de melon proviennent de vignes de 65 ans conduites en agriculture raisonnée et limitées au niveau rendement. Il incarne en tous points le renouveau du vignoble. Une douce cascade de finesse et d’élégance d’où émergent tour à tour l’anis et ce fumé envoûtant.

Muscadet 2016, Le voyage extraordinaire, Lieubeau (SAQ : 13 312 679 — 16,70 $)

Muscadet 2016, Le voyage extraordinaire, Lieubeau (SAQ : 13 312 679 — 16,70 $)

La famille Lieubeau s’est amusée à imaginer l’allure de la saga des Voyages Extraordinaires de Jules Verne, si l’écrivain avait puisé son inspiration dans le vin de sa ville natale, Nantes! Une collection de 3 étiquettes rigolotes (Cinq semaines en Melon, Vendanges au centre de la Terre et Vin mille lieues sous les mers) pour une cuvée de muscadet. Une bouteille rafraîchissante et décontractée qu’on savourer

Muscadet sèvre et maine Clisson 2013, Ollivier Père et fils

​(SAQ : 12 259 992 — 21,35 $)

Muscadet sèvre et maine Clisson 2013, Ollivier Père et fils

(SAQ : 12 259 992 — 21,35 $)

Les blancs issus du cru Clisson se montrent particulièrement puissants et concentrés. Cette cuvée élevée 42 mois sur lies, affiche une salinité et un fruité où s’entremêlent la pêche et la confiture d’abricots. Un blanc de repas pour accompagner le bol poke au saumon et à la mangue. Boire dans les 5 ans ou attendre une dizaine d’années.