Cinq petits bijoux qui passent souvent sous le radar des cyclistes

Le Québec regorge de petits bijoux, bitumés ou non, qui passent trop souvent sous le radar des cyclistes. Vélo Mag en a déniché cinq à visiter cette saison.

1. Outaouais: revisiter un classique

Le tour du lac McGregor fait office de classique dans la communauté cycliste outaouaise. Du secteur Gatineau de la ville éponyme, on parle d’une randonnée vallonnée d’environ 60 km sur des routes somme toute peu achalandées. Deux perles rares échappent cependant à l’attention de plusieurs bouffeurs de bitume : les chemins Blackburn et du Rubis. « Auparavant, il fallait absolument y venir en gravel bike, étant donné leur surface en gravier. Ce n’est heureusement plus le cas ; ils ont été asphaltés récemment », explique Jean Roy, membre du club cycliste Vélo Plaisirs.

Le chemin Blackburn, qui se prend à partir de la 366, permet de découvrir l’intrigant lac Bataille

Le chemin Blackburn, qui se prend à partir de la 366, permet de découvrir l’intrigant lac Bataille. Dans son esquisse historique La Blanche de Templeton, le missionnaire oblat Léo-Paul Pigeon écrit qu’« une rencontre peu amicale entre les hommes des entrepreneurs forestiers J. A. Perkins et Charles Bigelow » serait à l’origine du nom de ce lac de 0,6 km2. Une anecdote à méditer dans cette montée de 5 km ponctuée de quelques belles faces de singe. « Personnellement, je le fréquente pour me préparer à des voyages difficiles comme la traversée des Alpes ou des Dolomites », précise Jean Roy.

Le chemin du Rubis est du même acabit. Bien que plus court – 3 km au lieu de 5 –, il est aussi plus ardu avec ses sections à 18 %. « Il faut être prêt ; ça monte solidement dès qu’on s’y engage à partir de la 366 », prévient notre spécialiste. Le jeu en vaut néanmoins la chandelle. Ce chemin offre une vue panoramique sur le lac McGregor et ses nombreuses îles, qu’il surplombe. Le coup d’œil est encore mieux après la chute des feuilles, vers la fin d’octobre. L’ajout de ces deux allers-retours, des culs-de-sac, du moins pour les routiers, permet d’ajouter 16 km pas piqués des vers à la sortie.

2. Lanaudière: passerelles, face de singe et surprise

Les Retraités de Lanaudière à vélo comptent 150 membres dans leurs rangs... et presque tout autant sur leur liste d’attente ! C’est dire la popularité des randonnées organisées par ces cyclistes « retraités ou sur le point de l’être » – les statuts et règlements de l’OBNL sont intraitables sur ce point. Chaque semaine, jusqu’en septembre, les membres du club se donnent rendez-vous autour de Joliette pour une randonnée de 30 à 80 km.

Ce point de ralliement n’est pas arbitraire ; il est possible de tricoter plusieurs trajets à partir de la ville de 20 000 âmes. « Nous sommes entourés, à l’est et à l’ouest, d’une multitude de rangs de campagne plats. Au nord, nous nous retrouvons rapidement sur les contreforts des Laurentides, un terrain de jeu pour les grimpeurs », raconte Sylvan [DG1] Beaudoin, 66 ans et membre des Retraités.

Trois passerelles, dont une flottante au parc Louis-Querbes, permettent d’enjamber sans peine la rivière L'Assomption .

De fait, Joliette même se prête bien à une brève escapade sur deux roues. La municipalité est dotée d’un réseau cyclable de 40 bornes qui tutoie les rives paisibles de la rivière L’Assomption. Trois passerelles, dont une flottante au parc Louis-Querbes, installée de mai à octobre, permettent d’enjamber sans peine le cours d’eau. À ne pas manquer : les chutes à Morin et le sentier du parc Riverain et de l’île Vessot.

Pour un défi d’envergure, on prend la direction du village de Sainte-Mélanie, à partir duquel on s’engage sur le peu fréquenté chemin du Lac Nord. Au bien nommé rang du Pied-de-la-Montagne, la route s’élève lentement mais sûrement pendant 3 km. À l’intersection du chemin William-Malo, on signale à gauche, vers une finale sur des pentes dignes de ce nom.

« La dernière section est une vraie face de singe ! En groupe, il s’y opère toujours un tri entre les hommes et les enfants », rigole le Crabtreen. Une fois le point culminant atteint, basculez tranquillement en roue libre jusqu’au rang Saint-Albert, où se déploie un formidable point de vue sur les parages. Amateurs de gravel bike, psst : une surprise vous attend sur la droite. De rien.

3. Bas-Saint-Laurent: dans la roue des Malécites

En cette ère de revendications autochtones sur fond de rectitude politique, parler de la route des Sauvages fait un peu désordre. Vélo Mag en est bien conscient – mea culpa pour cet horrible toponyme. En même temps, ce chemin de garnotte qui serpente de manière discontinue entre le lac Témiscouata et la municipalité de L’Isle-Verte vaut la peine d’être roulé pour son caractère confidentiel, de même que pour sa riche histoire, soutient Francis Caron, membre du club cycliste Randoloup.

« C’est un tracé qui, autrefois, était emprunté par les Malécites au printemps afin de relier les fleuves Saint-Jean et Saint-Laurent. On y trouve une stèle érigée en hommage aux membres de cette nation », raconte-t-il. Dans son livre Le Québec à 5 km/h, la canotière et autrice Nathalie Le Coz retrace d’ailleurs l’aventure du Grand Portage du Témiscouata, une voie de communication terrestre névralgique parsemée de tourbières et de côtes.

L'Isle-Verte

De nos jours, cette route étroite se trouve plutôt au centre d’un réseau de petits chemins secondaires non pavés et peu fréquentés. Accidenté, le territoire offre de nombreux coups d’œil d’intérêt sur les campagnes environnantes et sur le fleuve Saint-Laurent, qui n’est jamais bien loin. Il faut toutefois être prêt à grimper. « Certaines sections de la route des Sauvages frôlent les 14 % », met en garde le cycliste, qui conseille en outre de la fréquenter en automne, durant la saison des couleurs.

Le village de Saint-Arsène, à un jet de pierre de Cacouna, constitue un point de départ et d’arrivée idéal pour une virée de quelques dizaines de kilomètres sur cette autoroute des temps anciens. En plus, on y trouve Brioches & Babioles, un sympathique café-boutique qui offre sandwichs grillés, potages réconfortants, viennoiseries divines et cafés spécialisés. Idéal pour casser la croûte en fin de randonnée.

4. Chaudière-Appalaches: poésie du terroir

Chemin Vire-Crêpes, rang du Bois-de-l’Ail, route de la Pointe-du-Jour... Rouler sur la rive sud de Québec, c’est plonger la tête la première dans une poésie du terroir au fort potentiel évocateur. Surtout, c’est baguenauder dans une campagne paisible, pourvu qu’on s’éloigne des grands axes routiers. 

Pourtant, ils devraient peut-être y regarder à deux fois ; plusieurs routes du coin ont récemment reçu un bitume tout neuf. De fait, cette absence de trous sur la chaussée a pour effet de rendre le cycliste exagérément conscient des caprices d’Éole. En ce plat pays, il peut mener la vie dure, ou non. « Il y a plusieurs sections boisées qui offrent un répit momentané. Il y a également moyen de zigzaguer et, ainsi, de fractionner l’effort », indique cette jeune retraitée.

Micheline Dion recommande de rouler un bout droit jusqu’au Moulin du Portage, un ancien moulin à farine situé sur le bord de la Grande-Rivière-du-Chêne, où elle a « photobombé » une des nombreuses séances photo de mariage qui s’y effectuent. Elle conseille de prendre le chemin du quai de Leclercville, à l’embouchure du Saint-Laurent, avant de caboter sur la 132 avec le vent dans le dos jusqu’à la maison.

Une petite soif sur le chemin du retour ? C’est à la microbrasserie La Confrérie, à Saint-Antoine-de-Tilly, que ça se passe. On y trouve une sélection de bières aux fruits de fabrication artisanale à déguster sur un biergarten, une terrasse extérieure aménagée en bordure d’un verger. Prost !

5. Saguenay–Lac-Saint-Jean: rire jaune

On surnomme affectueusement « petit parc de la galette » ce coin de pays lové entre Ferland-et-Boilleau et le parc national des Grands-Jardins. De La Baie, on le rejoint en empruntant la route 381 tout du long, sans jamais bifurquer. On se trouve ainsi à remonter la magnifique rivière Ha! Ha!, celle-là même que les colonisateurs de la Société des vingt-et-un ont longée jadis, au XIXe siècle. L’air de rien, le dénivelé est toujours positif ; lorsqu’on enjambe le petit lac Ha! Ha!, l’altimètre affiche tout de même près de 300 m de gain positif.

Puis arrive le défi du jour : la côte du lac Ha! Ha!, le fameux « monstre » qu’ont dompté les participants du Grand défi Pierre Lavoie 2016. « C’est ce qui fait tout l’intérêt de cette randonnée. Peu de gens peuvent se vanter de l’avoir montée sans poser le pied par terre ; réussir est en soi un grand bonheur », affirme Sylvie Dubois, qui est chargée de mitonner les parcours et les voyages du Club Vélo Jonquière. Avec des pourcentages flirtant avec les 17 %, ce segment donne tout sauf l’envie de se dilater la rate. Heureusement, quelques courts plateaux ponctuent l’ascension d’environ 4 km.

La descente donne pour sa part l’envie de rire jaune. Et pour cause : en ne touchant pas aux freins, il est possible d’atteindre près de 100 km/h, avertit Sylvie Dubois. À moins d’avoir l’âme d’un trompe-la-mort – ou de s’appeler Jens Voigt sur la 16e étape du Tour de France 2009 –, on ne recommande pas d’essayer. Gardez-vous plutôt des jambes pour rouler tempête jusqu’à La Baie, votre point de départ. « Le seul aspect négatif de cette rando, c’est qu’il n’y a pas toujours d’accotement le long de la route, mais on fait avec », spécifie notre experte. À bon entendeur…

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