Des élèves s’apprêtent à choisir parmi les trois paires de mascottes finalistes pour les Jeux olympiques de Tokyo en 2020.

Une histoire de mascottes

C’était quelque part vers 1992. Une classe de primaire comme il s’en trouvait partout au Québec. Sauf que dans ma classe à moi, on nous avait promis une surprise. Juste avant de partir pour le dîner, un groupe de quatre ou cinq Japonais nous avait rendu visite.

Débarqués en banlieue de Sherbrooke, les visiteurs inattendus soulevaient toute mon admiration. Pour la première fois, je rencontrais des individus provenant de l’autre bout de la planète. Qu’ils soient là, tout près de chez moi, m’impressionnait grandement. Je me souviens avoir été particulièrement soufflé par l’oiseau d’origami qu’ils nous avaient fabriqué.

Le souvenir m’est revenu plus de 25 ans plus tard, alors que je me tenais moi-même à l’arrière d’une classe de troisième année de l’International School de Tokyo. Là, des enfants issus de partout sur la planète ne paraissaient nullement perturbés par la présence de journalistes nord-américains.

Ce jour-là, les gamins avaient la mission de voter pour les mascottes des Jeux olympiques de Tokyo, qui se tiendront en 2020, parmi trois paires de finalistes. Une caméra de télé, un photographe et trois journalistes les observaient. Ils ne bronchaient pourtant pas.

Les enfants s’étaient préalablement rassemblés dans le gymnase. Tous. Pour une séance de poésie après laquelle le rôle d’une mascotte leur a été expliqué. Un enfant déguisé s’est même amusé à offrir une petite démonstration.

Les trois duos de mascottes finalistes ont été choisis parmi 2042 suggestions obtenues à l’issue d’un concours. Le premier duo, mon préféré, est inspiré du logo des jeux de Tokyo et marie tradition et modernité. On accorde même à l’un des deux membres de la paire d’avoir le pouvoir de se téléporter. C’est peut-être ce pouvoir qui m’a séduit. Ou le côté moins enfantin du concept. On se doute que les jeunes électeurs risquaient de pencher pour une autre option.

La mascotte olympique du deuxième duo est inspirée d’un chat Maneki et d’un renard Inari, deux symboles de chance au Japon. Elle a le pouvoir de donner de l’énergie positive à ceux qu’elle touche.

Dans le troisième duo, la peluche olympique géante est un renard décoré d’ornements magatama sortant des contes de fées japonais. On dit qu’elle est très athlétique et bouge très rapidement.

Avec ces caractéristiques, les enfants sont retournés dans leur classe et ont résumé une dernière fois les particularités de chaque paire avant de voter sur des tablettes électroniques.

Dans tout le Japon, ce sont près de 14 000 écoles qui s’étaient inscrites pour participer au vote, dont 92 écoles japonaises réparties dans 51 autres pays.

Masa Takaya, porte-parole de Tokyo 2020, rapporte que la participation des écoles est encore plus importante qu’anticipé. « Dans toutes les écoles où nous sommes allés, nous avons vu des enfants qui prenaient leur mission très au sérieux et qui se sentaient très impliqués dans la préparation des jeux de 2020. Leurs souvenirs de cette expérience unique seront un autre legs de Tokyo 2020. »

À n’en point douter, les petits se souviendront du rôle qu’ils ont joué. Encore trop accroché aux jupons de maman pour aller à l’école, je n’avais pas couru dans les rues de Sherbrooke, en 1988, comme l’avaient fait des centaines d’élèves accompagnant la flamme olympique qui se dirigeait vers Calgary. Les enfants avaient tous un mini flambeau constitué d’une chandelle. J’en voulais un. Si je me souviens...

Dans cette école primaire du Japon cette journée-là, il ne fallait attendre que quelques minutes pour que les résultats s’affichent sur l’ordinateur du directeur Christopher Frost. Ah, la technologie!

Dans l’autre classe de troisième, le vote s’était terminé plus tôt. Les enfants ont eux-mêmes offert un roulement de tambour en frappant sur leur pupitre en attendant le verdict. Le deuxième duo l’avait emporté. D’un coup, les cris ont fusé.

Mais on attendait surtout le verdict de notre classe à nous. Le directeur s’est inquiété un instant. Le gagnant ne s’affichait pas comme il le devait. Ah, la technologie!

« Voilà! », a-t-il clamé sans être vraiment convaincant. Il a commandé le même tumulte, a attendu le silence pour provoquer le suspens, et a annoncé que le duo B recevait également la faveur des élèves qui l’entouraient. Autre effusion de joie.

Nous ne leur dirons pas que le directeur, à défaut d’avoir réglé son problème informatique, s’était surtout fié à la réaction au vote précédent.

Quoi qu’il en soit, le reste du Japon devait continuer de faire entendre sa voix. Le résultat national, qui nommera officiellement les mascottes des Jeux olympiques de Tokyo, sera dévoilé le 28 février.

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Le journaliste était l’invité du Foreign Press Center Japan.