L'immense Colisée, capable d'accueillir des foules de 60 000 à 70 000 personnes, semble résonner encore des clameurs accueillant les gladiateurs et les bêtes sauvages qui mourront tantôt pour le gloire de l'empereur.

Une fin divine en Italie

On ne visite pas Savone. Soit on y arrive, soit on y part.
La monumentale et incontournable fontaine de Trevi. Si on regarde bien, on peut entrevoir le fantôme de l'actrice Anita Ekberg. Dans le film <em>Dolce Vita</em>, son bain de minuit dans sa belle robe de soir a fait connaître la fontaine à travers le monde.
Dans mon cas, cette ville portuaire du nord-ouest de l'Italie, à quelques kilomètres de la France et de la Côte d'Azur, et dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, a pris la forme d'un point final. C'est ici que se termine mon périple maritime autour du monde. Il ne me reste plus qu'à retourner chez moi, en passant par les aéroports de Nice et de Paris.
Mais avant de jeter l'ancre, il a fallu emprunter le long canal de Suez pour lequel on estime qu'un million et demi de travailleurs ont tant sué. Parmi eux, plus de 10 000 y ont laissé leur vie, comme un tribut pour cette oeuvre colossale.
Puis, le navire est entré dans la Méditerranée et nous a menés à Héraklion, en Crète. C'est dans cette grande île de la Grèce, au carrefour des continents européen, africain et asiatique qu'est né Zeus, le chef de l'Olympe. Il l'a également choisie comme lieu de retraite lorsqu'il a cédé son siège au dieu des Chrétiens. Comme un dieu ne meurt jamais, Zeus y coulerait des jours paisibles. Malheureusement, les guides ne précisent pas à quel endroit exactement il a bâti maison. Aussi, je n'ai pu le photographier.
Par contre, j'ai visité la petite église byzantine de Kritsa où on apprend qu'il ne faut jamais se fier aux apparences. Une église? On dirait plutôt une chapelle. Elle est à peine plus grosse qu'un bungalow. Son extérieur est banal. Pourtant, dans ce petit lieu de culte construit au 12e siècle, on a réussi à y loger trois nefs différentes et à les orner de trésors artistiques. Sur les murs et dans la coupole, des peintures des écoles paléologienne, crétoise et macédonienne s'inspirent des quatre évangiles du Nouveau-Testament et d'évangiles apocryphes. Ainsi, on peut y voir Joseph boudant Marie mais rassuré finalement par un ange sur l'immaculée de cette conception.
Sur le chemin du retour, il y a des oliviers. Il y a des oliviers partout en Crète. Mais il y a aussi des caroubiers. Tous connaissent leurs fruits, les caroubes. Ce qu'on est surpris d'apprendre, c'est que les caroubes ont tous exactement le même poids, soit 0,20 gramme. C'est pourquoi, depuis l'Antiquité, on a en fait un étalon pour la mesure de poids. La caroube, par ses valeurs nutritives et sa possible transformation en farine, a littéralement sauvé la vie des Crétois pendant l'occupation allemande, lors de la Deuxième Guerre mondiale. Les caroubiers, ici, ont droit à un immense respect.
Le navire nous mène ensuite en Italie, au port de la ville de Civitavecchia d'où il est possible de se rendre à Rome, la Ville éternelle.
Oui, il y a la Cité du Vatican et la Basilique Saint-Pierre, la Mecque des Catholiques. Mais il ne faut pas bouder le palais pontifical voisin où les cardinaux réunis en conclave élisent le pape. Là, a été aménagée la superbe chapelle Sixtine. Comme le recommandait mon professeur de littérature (Léo A. Brodeur), il faut y faire fi des regards désapprobateurs et ne pas hésiter à se coucher sur un banc. C'est encore la meilleure façon d'admirer la voûte peinte par Michel-Ange. Parmi les tableaux, le regard est attiré par La Création d'Adam, illustrant le moment où Dieu et Adam se touchent presque les index.
Rome compterait environ 900 églises et autres lieux de culte. Si on doit en visiter au moins une autre, pourquoi ne pas choisir la Basilique St-Jean-de-Latran? Certes, elle est loin du Vatican, mais elle est la cathédrale de Rome et le pape en est l'évêque. C'est dans le palais adjacent que se sont tenus les conciles de Latran. L'église peut également se vanter d'être le premier édifice monumental chrétien en Occident. Elle a été inaugurée en 320 après J.C.
Rome, c'est aussi le Colisée, le Forum, les arcs de triomphe dont celui de Constantin 1er, l'empereur qui a mis fin au massacre des Chrétiens en embrassant la foi catholique.
À Rome, plus de 28 siècles nous contemplent. Il est facile de se perdre dans le lointain passé. Mais il faut aussi s'attarder au présent siècle. Pour cela, il faut flâner dans les rues et observer, écouter, sentir et goûter la ville. Au détour d'une rue, on peut tomber sur une fanfare militaire qui s'attaque à une oeuvre symphonique. Plus loin, ce sera un petit café où un verre de Campari a exactement le goût de la dolce vita.
Finalement, il faut obligatoirement s'arrêter devant l'immense fontaine de Trevi. Certes on pestera contre les « maudits touristes », oubliant qu'on est l'un d'eux. Ils sont massés en rangs serrés devant la si belle fontaine. Ils nous bouchent la vue. Il faudra être patient pour s'approcher, l'admirer et, qui sait, entrevoir le fantôme de l'actrice Anita Ekberg y prenant un bain dans sa belle robe de soir.
Il ne reste plus qu'à tourner le dos à la fontaine et, comme le veut la coutume, y jeter une pièce de monnaie par-dessus son épaule. Ainsi, on s'assurera de revenir un jour dans la Ville éternelle.
Voilà, c'est fait. Allez, maintenant, on rentre à la maison!