La Porte de l'Inde, un monument commémorant la visite du roi Georges V et de la reine Mary, à Mumbai, peut symboliser l'entrée principale pour la ville et pour ce vaste pays de 1,3 milliard de personnes.

Symphonie indienne pour klaxons

Avant même de voir ou de sentir l'Inde, on l'entend. Partout, dès qu'il y a des véhicules, la symphonie des klaxons commence et semble n'avoir jamais de fin.
On klaxonne pour tout et pour rien. Pour dépasser à gauche, pour dépasser à droite, pour prévenir le piéton, pour signifier à l'autre qu'il traîne, pour imposer sa priorité. Des klaxons de triporteurs, de scooters, de motos, d'autos, d'autobus, de camions, tous mélangés dans une symphonie en pout-pout majeur. On dit ici, à la blague, qu'on achète un klaxon et que le véhicule vient avec.
Et, croyez-moi, il y en a des véhicules. Mumbai regroupe 22 millions de personnes. Le pays entier compte plus de 1,3 milliard d'habitants; le deuxième pays le plus peuplé au monde après la Chine. À Montréal, on dénombre environ 4600 personnes par kilomètre carré. À Mumbai, 22 000 personnes, soit cinq fois plus.
L'un des plus beaux bâtiments de la ville (appelée Bombai lors de son passé colonial) est sans contredit sa gare ferroviaire. D'inspiration britannique, l'édifice est métissé à l'hindouisme et à l'islamisme. Chaque jour, plus de sept millions de personnes franchissent ses tourniquets. Sept millions d'individus, soit pratiquement le Québec au complet.
Pour tout cela, la circulation est parfois difficile. Tant sur les trottoirs que dans la rue. L'autre jour, nous étions en retard pour le retour au bateau. La circulation s'est faite plus lente encore comme pour faire exprès. Pourquoi? Parce qu'une vache sacrée tardait à se tasser. On se serait cru dans une bande dessinée. L'Inde est définitivement plongée dans le 21e siècle mais demeure encore solidement ancrée dans ses traditions.
L'Indien est religieux, très religieux même. Quand il salue quelqu'un, il joint les mains près de son menton, penche légèrement la tête et dit namaste. Le geste et le mot de salutation veulent dire quelque chose comme « je m'incline devant la lueur divine qui est en toi ». Environ 80 pour cent des gens sont hindous; quinze pour cent adhèrent à l'islamisme; et les autres sont ou chrétiens, ou bouddhistes, ou sikhs, ou zoroastriens, ou je ne sais quoi encore. L'Inde est tellement religieuse qu'elle exporte maintenant ses prêtres et ses religieux dans de nombreux pays dans le monde où la relève cléricale fait défaut.
Au pied des gratte-ciel, la plus grande laverie à ciel ouvert au monde où plus de 500 Indiens pratiquent leur métier selon la manière traditionnelle.
Des inégalités marquées
Pays de vifs contrastes, l'Inde est archi-pauvre et archi-riche. Des gens dorment dans la rue mais on compte 111 milliardaires, ce qui confère au pays le troisième rang mondial, après les États-Unis et la Chine. 
L'Indien le plus riche possède une fortune évaluée à 26 milliards $. Sa maison de 27 étages a été dessinée par un architecte new-yorkais et a été bâtie au coeur de Mumbai. On dit que c'est la demeure la plus dispendieuse au monde. La maison offre 35 000 mètres carrés aux cinq personnes qui y habitent. Quelque 500 employés y travaillent. On y retrouve une vaste piscine, un cinéma, une salle de bal et même une immense pièce où il est possible de faire du ski alpin. 
Dehors, il fait 33 degrés à l'ombre et on sue de l'aube au coucher de soleil pour un salaire annuel moyen de 1200 $. À Mumbai, on gagne quatre fois plus, mais ce salaire demeure dérisoire. La plupart des gens occupent donc deux emplois. Et pour cela, ils n'ont ni le temps ni l'argent pour élever plus d'un enfant ou deux, au maximum. 
Mais il faut voir avec quelle fierté ils exhibent leur trésor. Ce dimanche 2 avril, ils étaient nombreux à se promener dans les endroits publics, tenant des enfants habillés comme des princes ou des princesses. Il faut admettre que ces enfants sont souvent très beaux. Tout petits, tout menus, on dirait des poupées. Et leurs yeux noirs sont grands comme la ville.
Si le plus captivant demeure le spectacle de la rue, il faut aller faire un tour à la laverie de Mumbai, la plus grande au monde. C'est là qu'on lave selon la bonne vieille méthode les lingeries des hôtels et des restaurants, en les trempant dans des bassins, en les frottant contre la pierre et en les laissant sécher au soleil.
Plus tard, j'ai pris le bateau pour me rendre à l'île d'Elephanta où huit temples et statues ont été sculptés dans le basalte de la montagne, au 5e ou 6e siècle après J.C.
À Goa, il ne faut pas manquer ni les plantations d'épices, ni la Basilique de Bom Jesus. C'est là que repose le corps de St-François-Xavier, l'un des fondateurs de la Compagnie de Jésus (Jésuites). Longtemps en mission dans la région de Goa, il est allé évangéliser les Chinois. Il est mort à l'île Sancian, en face de Canton, en 1552. Son corps ne s'est jamais décomposé. On le ramenait à Rome lorsque les gens de Goa ont voulu le garder. Voyant que son corps était intact, même deux ans après la mort, ils ont crié au miracle. Ils se sont dit que le saint saurait les préserver de tous les maux possibles : épidémies, tremblements de terre, typhons et tsunamis compris. J'ai vu le corps au travers des parois vitrés de son cercueil. Il est effectivement intact, exception faite de son bras droit qui a été amputé et transporté jusqu'à l'église de Gesù, l'église-mère des Jésuites, à Rome.
Les gens de Goa ont eu raison, depuis cinq cents ans, ils ont été à l'abri de tous les maux. Saint-François-Xavier veille sur eux.
Durant ce trop court séjour en Inde, deux jours à Cochin, un jour à Goa et deux jours à Mumbai, il a été aussi possible de visiter le petit village de Kumbalangi où les habitants nous ont initiés à leurs diverses activités quotidiennes. Ainsi, notamment, ils savent tisser des cordes à partir de la fibre de noix de coco. Ces cordes se vendent maintenant partout en Asie et prouvent une fois de plus l'ingéniosité et la débrouillardise des Indiens.
Notre collègue à la retraite Gilles Fisette a entrepris un tour du monde en croisière. Nous vous invitons à le suivre dans son périple jusqu'en mai.