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Isabelle Pion
La Tribune
Isabelle Pion
L’année 2020 n’aura pas été que celle de la COVID : elle aura aussi été celle du plein air, avec ses bons et ses mauvais côtés. Ci-dessus, spectacle de fin de soirée au parc national d’Opémican, en Abitibi-Témiscamingue.
L’année 2020 n’aura pas été que celle de la COVID : elle aura aussi été celle du plein air, avec ses bons et ses mauvais côtés. Ci-dessus, spectacle de fin de soirée au parc national d’Opémican, en Abitibi-Témiscamingue.

Une année de plein air... pour le meilleur et pour le pire

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CHRONIQUE / L’année 2020 n’aura pas été que celle de la COVID : elle aura aussi été celle du plein air, avec ses bons et ses mauvais côtés. Quel bilan pouvons-nous tracer? À quoi peut-on s’attendre en 2021? Entretien avec la professeure Pascale Marcotte et Camille Lavallée, étudiante à la maîtrise en sciences géographiques. 

« Il y avait déjà une croissance qui était là (de la pratique du plein air). Ça risque d’être plus qu’hier et moins que demain », analyse Pascale Marcotte, professeure au département de géographie à l’Université Laval, qui n’anticipe pas d’essoufflement de cette découverte des grands espaces. 

Tandis que les Québécois ont dû freiner leurs envies de voir le monde, cette pause forcée a néanmoins mis en lumière notre magnifique province. 

« Il y a quand même eu une belle découverte des Québécois à l’égard des régions. Au-delà de quelques aspects négatifs qui ne sont pas toujours mineurs, ça va peut-être redonner l’envie de se recentrer un peu... Pas nécessairement sur soi ou sur son territoire, mais on a beaucoup parlé d’achat local. On en a moins parlé dans les médias, mais juste avant la COVID, tout le monde s’inquiétait des changements climatiques, on parlait de Greta (Thunberg, jeune militante écologiste suédoise). On se disait qu’il fallait changer nos modes de vie. On avait l’occasion extraordinaire de le faire. Je ne suis pas sûre que ça a fait l’affaire de tout le monde et qu’on était tout à coup tous contents de sauver le climat... Il y a peut-être eu cette ouverture-là. Souvent, pour cela comme dans la vie en général, on prêche auprès des convaincus, mais il y a peut-être une portion qui s’est dit qu’elle pourrait encourager l’économie locale et voyager autrement », avance la professeure de la Chaire de recherche sur l’attractivité et l’innovation en tourisme. 

Ce qui a été semé en 2020 pourrait bien continuer de grandir dans le cœur et la tête des Québécois.

Planifier, planifier...

Les villages devenus centres d’intérêt ont pu vivre l’envers de la médaille. Pour certains, note Pascale Marcotte, gérer une affluence subite a eu l’effet d’un électrochoc. 

On l’a aussi vu avec l’effet attrayant des résidences secondaires. Ce désir de délaisser les grandes villes... et les masses de gens.

« C’était la question que l’on se posait au début de la COVID : quand aurons-nous envie de nous retrouver dans de grandes foules? Là-dessus, la nature va avoir gagné en intérêt. » 

La pandémie nous a forcés à revoir nos habitudes. J’admets avoir levé les yeux au ciel lorsque la Sépaq a annoncé le lancement de ses réservations pour la période estivale. Déjà?!

Partir de la maison sans réserver semble presque une époque révolue. Un peu partout, des gens ont dû rebrousser chemin à l’entrée de parcs parce qu’ils n’avaient pas réservé leurs accès en ligne. Les hébergements les plus prisés sont réservés des semaines, voire des mois d’avance. Même les lieux culturels n’y échappent pas, rappelle Pascale Marcotte. 

« Le petit bout de temps où on a pu aller dans les musées, il fallait réserver. Et ça, collectivement, c’est un travail que l’on a à faire : prévoir. C’est aussi tout le transfert du risque. Avant on disait : je ne prendrai pas de risque, je vais réserver mon camping juste quand je vais savoir s’il va faire beau. Le risque était entièrement du côté de l’offreur de services. S’il n’y avait personne parce qu’il ne faisait pas beau, c’est lui qui écopait. À un niveau plus général de l’organisation des services, ça risque de changer. »

L’arrière-pays plus près

Dès le début de la pandémie, sitôt le confinement terminé, on a pu voir des agences se tourner vers des destinations beaucoup moins explorées. Du coup, une nouvelle tendance semblait se dessiner : l’intérêt pour l’arrière-pays. C’est ce que prévoyait Pascale Marcotte, et cet intérêt pour les territoires peu foulés est allé grandissant. 

Même l’existence des monts Groulx (au nord de Manic 5), jusque-là méconnus et réservés aux initiés, s’est fortement ébruitée. 

« Quand on a vu deux participantes d’Occupation double qui faisaient de la promotion pour les monts Groulx dans leur tente (...) Là, c’est tombé dans la culture populaire... Ça a amené le regard vers l’arrière-pays et ça a peut-être amené un imaginaire différent. Avant, c’était quelque chose de vide, où il n’y avait rien. On commence à être capable de se représenter de quoi ça a l’air même si ça se fait de façon inattendue. » 

Certains territoires pourraient y gagner, avance Pascale Marcotte, en ajoutant que certaines de ces destinations ne sont pas pour autant facilement accessibles. 

Suggestions, commentaires? 

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La nature a gagné en intérêt, nous ont montré les derniers mois de 2020. Ici, un faucon pèlerin aperçu au parc Aiguebelle, en Abitibi.

Splendeurs et petites misères de la randonnée au Québec

Jamais n’aura-t-on autant entendu parler de randonnée pédestre. Candidate à la maîtrise en sciences géographiques à l’Université Laval, Camille Lavallée a voulu tracer un portrait à l’échelle québécoise en s’entretenant notamment avec des gestionnaires de sentiers et des adeptes de rando.

« On essaie de comprendre comment l’image peut influencer le comportement du randonneur, mais aussi du risque », fait-elle valoir. 

Les organisations n’ont pas eu la tâche facile : tout en faisant face à une croissance de la demande, elles ont dû par le fait même limiter l’accès. Pendant que le nombre de visiteurs grimpait en flèche, les coûts d’entretien des sentiers ont parfois suivi cette courbe ascendante.

Piétinement des sentiers, déchets, interventions d’urgence : des irritants qui ont fait la manchette ces derniers mois sont aussi ressortis lors de ces entretiens.

Un mot est revenu souvent : sensibilisation.  

« On se demande comment on pourrait faire pour que ça touche vraiment les gens et qu’ils le prennent vraiment en considération. Il y a cette question de savoir comment on va atteindre le but que l’on vise », dit-elle en notant que cette sensibilisation doit se faire en amont, notamment en ce qui a trait à la préparation des randonneurs, tant pour des questions de sécurité que de préservation des milieux. 

Dans bien des cas, les intervenants comptent déjà leurs propres outils de sensibilisation. « Il faudrait que ce soit plus général, que le message passe autrement », note Camille Lavallée. « Il y a un travail qui se fait à travers des associations comme Aventure écotourisme Québec, qui touche des gestionnaires (...) Mais comment trouver un organisme qui va toucher l’ensemble des visiteurs, des randonneurs? C’est aussi un autre défi, ce ne sont pas les mêmes canaux de communication. Il y a une réflexion à faire », abonde Pascale Marcotte, professeure au département de géographie à l’Université Laval.

La randonnée pédestre a beaucoup fait parler d’elle en 2020.