Isabelle Pion
Randonnée sur le mont Hog’s Back, l’une de mes plus belles randonnées hivernales.
Randonnée sur le mont Hog’s Back, l’une de mes plus belles randonnées hivernales.

Parc national de la Gaspésie : une École de montagne pour déjouer les avalanches

CHRONIQUE / Six skieurs grimpent les environs du mont Albert en peau de phoque. Soudainement, une avalanche les surprend. Ce n’est pas de la fiction : un événement semblable est bien survenu il y a plus d’un an. C’est justement pour sensibiliser les amoureux de poudreuse et de montagnes que la Sépaq, en partenariat avec Ski Chic-Chocs, a créé l’École de montagne, qui offre notamment de la formation sur les risques d’avalanche et l’initiation en ski haute route. Les raquetteurs qui ont envie de s’aventurer en zone alpine peuvent aussi suivre la formation. L’objectif : s’amuser en sécurité.

Un mardi matin de janvier frisquet, le copropriétaire de Ski Chic-Chocs, Gabriel Gagnon, réunit notre bande de journalistes… dans le stationnement du gîte du Mont-Albert. 

L’opération : retracer un objet enterré dans la neige... qui pourrait être l’un d’entre nous.

L’exercice fait suite à une présentation sur l’École de montagne et quelques grandes lignes sur les avalanches. Le matériel de sécurité proposé aux sportifs qui se rendent en zone à risque comprend trois éléments essentiels : un détecteur de victime d’avalanche (DVA), qui émet des ondes, une pelle et une sonde. 

Dans le stationnement, une fois le DVA activé, un signal nous indique à combien de mètres se trouve notre victime. Nous formons une ligne de la largeur du stationnement, et plus nous nous rapprochons de la localisation, plus la distance en mètres diminue… jusqu’à ce qu’on arrive au point où l’on doit sortir la sonde et la pelle pour la déterrer.

Les avalanches sont classées de taille 1 à 5, 5 caractérisant une avalanche qui peut détruire un village. 

Chaque jour, l’équipe consulte les bulletins de l’organisme Avalanche Québec. Dans les Chic-Chocs, la majorité des accidents surviennent avec des avalanches de taille 1 ou 2. 

« On parle davantage de traumatismes à cause de la végétation et de la roche », note Gabriel. Au cours de l’accident survenu il y a un an et demi, deux skieurs ont subi des séquelles. 

L’objectif est avant tout de faire de la sensibilisation et de faire comprendre aux gens les risques associés, note Stéphane Gagnon, copropriétaire de Ski Chic-Chocs. 

L’École de montagne met à la disposition des gens une flotte d’équipements, composée du DVA, de la pelle et de la sonde. « On veut une école pour démocratiser la montagne et transmettre des connaissances », note le directeur du parc, Pascal Lévesque. 

L’École nous présente à grands traits ce qui est offert au public : une formation théorique et la possibilité d’aller jouer sur le terrain.

Jeudi matin. Le ciel est bleu parfait, le mercure, idéal pour randonner. La veille, mes collègues et moi avons hésité entre trois randonnées : le mont Olivine, le mont Vallières-de-Saint-Réal et Hog’s Back. Finalement, pour différentes raisons, notre choix s’arrête sur ce dernier.

Le sentier d’environ 6 km nous mène au sommet en environ une heure et demie, après une montée assez soutenue. Le temps est clair et le mont Albert, tout blanc, s’offre à nous dans toute sa splendeur.

Un membre du groupe estime qu’il s’agit de sa plus belle randonnée hivernale. Je me remémore mes plus beaux trajets hivernaux et celui-ci en fait assurément partie. Le paysage des Chic-Chocs, découpé de ciel bleu et de blanc, me jette tout simplement par terre. 

Beaucoup de gens l’ignorent, mais des avalanches se produisent dans les Chic-Chocs. L’École de la montagne de la Sépaq, en collaboration avec Ski Chic-Chocs, offre de la formation pour se rendre en zone montagneuse en toute sécurité. Ci-dessus, le copropriétaire de Ski Chic-Chocs tient un exercice avec l’équipement nécessaire.

C’est ce décor magnifique qui a poussé Mauricio, Chilien d’origine, à devenir guide dans les Chic-Chocs. Celui qui a eu la Cordillère des Andes comme terrain de jeu s’est installé au Québec avec sa conjointe. Pendant un peu plus de six ans, il a vécu à Sherbrooke; il a notamment travaillé pour la Sépaq à Orford. Mais les grands sommets lui manquaient trop, et c’est comme ça qu’il s’est retrouvé au parc national de la Gaspésie, qui compte 25 sommets de plus de 1000 mètres.

Pendant que des collègues dévalent la poudreuse en ski haute route, Mauricio et Gabriel nous accompagnent, quelques collègues raquetteurs et moi, jusqu’au sommet du mont Joseph Alphonse-Pelletier (792 mètres), qui offre aussi un beau point de vue sur le mont Albert. L’École de montagne, qui en est à ses débuts, souhaite aussi développer la raquette en zone alpine.   

À deux reprises, nous nous rendons au mont Ernest-Laforce. 

Il y a 10 ans, j’y avais fait la rencontre de trois orignaux, un beau soir d’été après le souper. Nous nous étions rendus au sommet sur les conseils d’un garde-parc, qui nous avait dit qu’une courte randonnée nous permettrait sûrement d’en apercevoir. J’étais restée le souffle coupé en apercevant une mère et son bébé, puis en arrivant presque face à face avec un autre quelques mètres plus loin. J’étais repartie de là complètement ravie. C’est sans compter les caribous que j’avais pu observer au sommet du mont Jacques-Cartier.

Mes deux visites précédentes ont mis la barre haut en matière d’observation de la faune. Le territoire que l’on sillonne est unique à plusieurs points de vue, notamment parce qu’il regroupe sur son territoire l’orignal, le chevreuil et le caribou.  

J’espère secrètement répéter l’expérience cette fois-ci en revenant au mont Ernest-Laforce. Or, les orignaux se retrouvent généralement dans des zones de végétation plus denses pendant la période hivernale, m’explique le directeur du parc. Ce sera donc partie remise. 

La randonnée, un trajet d’environ 7 km très accessible, nous permettra quand même d’expérimenter un nouveau tracé qui mène au sommet d’Ernest-Laforce, sorte d’amphithéâtre naturel pour observer le mont Albert, l’une des vedettes du parc. 

Je repars de là avec l’impression d’avoir vu un tout autre visage du parc, peut-être même dans sa version la plus inoubliable.

La journaliste était l’invitée de la Sépaq.