Isabelle Pion
J’aime mieux aller marcher ou randonner dans des endroits peu fréquentés... et ça n’a jamais été aussi vrai. Ci-dessus, le parc écoforestier de Johnville, sur le territoire de Cookshire-Eaton.
J’aime mieux aller marcher ou randonner dans des endroits peu fréquentés... et ça n’a jamais été aussi vrai. Ci-dessus, le parc écoforestier de Johnville, sur le territoire de Cookshire-Eaton.

Le Québec ferme mais la nature s’éveille

CHRONIQUE / Pour la première fois de ma vie, je me réjouis de ne pas être en voyage. Ni même d’avoir de plan. J’ai vu des êtres chers passer beaucoup de temps à se dépêtrer avec les assurances et les compagnies aériennes. J’ai vu mon amie agente de voyages passer près de s’arracher les cheveux et j’ai eu chaud pour une « vieille » amie qui a passé à un fil de rester prise en Argentine. Et dire qu’à cette période-ci l’an passé, je préparais un trek sur l’île de Madère.

Jamais été aussi contente d’aimer le plein air, me suis-je dit ce week-end. Plus de voyage à l’horizon, ni même de représentations pour le théâtre. Moi qui étais si heureuse d’aller voir Les trois sœurs au Théâtre du Nouveau Monde… comme mon amie, j’étais dans le déni. En entendant d’abord que les représentations étaient limitées à 250 places, je me suis précipitée pour voir combien de places comptait le TNM. Ça, c’était avant qu’on ne saisisse l’ampleur de la chose. Avant qu’on voie les annulations partir en vrille partout au Québec. Avant que les écoles, les cinémas et une kyrielle de commerces se mettent à fermer.

J’ai quand même retenu mon souffle en voyant passer dans les grands titres : « La Sépaq ferme. » Oui… mais. Les sentiers et les territoires demeureront accessibles. Il ne faut cependant plus s’attendre à aucun service. Aux communications de la Sépaq, on rappelle aussi qu’on peut toujours payer son entrée en ligne ou aux bornes de perception.

Loin de moi l’idée de me plaindre. Certains ne vont jamais en voyage ou au restaurant, faute d’argent, écrivait une amie Facebook qui travaille dans le milieu communautaire. Vendredi soir, dans un vieil épisode de Faire œuvre utile, un jeune père de famille racontait sa traversée du désert alors qu’il a dû être isolé à l’hôpital en raison d’un cancer. Son isolement, raconte-t-il, il l’a vécu une minute à la fois. Ou était-ce une seconde à la fois? Une épreuve qu’il a surmontée en écoutant la douce musique d’Alexandra Stréliski. C’est ce que je me suis empressée de faire en fermant la télé : Alexandra Stréliski est un excellent remède anti-anxiogène. Pendant que je peux me terrer chez moi et travailler à distance, j’ai une pensée pour tous ces gens heurtés de plein fouet, et tout particulièrement pour les gens œuvrant dans le milieu de la santé, directement sur la ligne de front.

Beaucoup de centres ou de parcs ferment, mais demeurent accessibles au public. C’est le cas des sentiers de La Poudrière de Windsor, un site fort joli.

Le Québec est en mode fermeture, mais la nature, elle, s’éveille. Elle est là. Je m’en suis souvenu, dimanche après-midi, quand la lumière de cette belle journée de mars s’est frayé un chemin entre les arbres. Quand j’aurai regardé les bulletins de nouvelles jusqu’à plus soif, écumé encore plus les nouvelles qu’à l’habitude, entamé toutes les suggestions de lecture de Plus on est de fous plus on lit, elle sera encore là. Tout un baume, en ce moment!

Des suggestions... et des infos qui évoluent

J’aime bien découvrir des lieux peu fréquentés. C’est encore plus vrai maintenant! Mon envie de randonner ou de rouler à vélo n’est pas freinée lorsque je suis en solo, et je m’en réjouis maintenant.

En ces temps où je n’ai pas envie de croiser trop de gens (!), mon choix de marche s’est arrêté sur le parc écoforestier de Johnville, dimanche. J’avoue que j’ai compté les voitures en arrivant, plus d’une douzaine, mais j’ai au final croisé seulement quelques personnes. Le site, situé à Cookshire-Eaton est encore méconnu.

C’est parfait pour les enfants, surtout pour ceux qui pourraient rechigner devant les pentes prononcées : pas de dénivelé et que des courtes distances. L’endroit est situé à environ 20 minutes du centre-ville de Sherbrooke et l’accès est gratuit. En prime, une petite balade permet de saisir l’importance des tourbières dans notre lutte aux changements climatiques. Et pendant la belle saison, c’est parfait pour y faire un pique-nique.

Le parc régional du Mont-Ham est fermé en raison de la pandémie et l’accès à la montagne interdit pour des raisons de sécurité. 

Les sentiers de La Poudrière, à Windsor, demeurent ouverts, même si le centre est fermé. Le site est généralement peu achalandé et à la fois fort joli. Parfait, encore une fois, avec des enfants. Aux dernières nouvelles, les crampons étaient de mise, tout comme dans les sentiers du parc écoforestier de Johnville.

Un terrain de jeu accessible… mais pas toujours

Au moment où j’écris ces lignes, j’ignore si notre possibilité de circuler sera restreinte dans les jours à venir. Évidemment, dans les prochaines semaines, le mot d’ordre sera de vérifier avant de se pointer. Vérifier et revérifier, puisque la situation évolue d’heure en heure. Les pages Facebook des différents lieux de plein air sont assez souvent mis à jour ou du moins, on précise les fermetures et les contraintes.

Au Parc d’environnement naturel de Sutton (PENS), par exemple, les sentiers demeurent ouverts, mais aucun employé ne sera présent à l’accueil. On précise que l’accès est permis en autonomie. Les randonneurs auront donc quand même accès au populaire Round top. Le PENS précise sur sa page Facebook qu’il offre la gratuité dans ses sentiers (en autonomie) pour tous.

Du côté du parc régional du Mont-Ham, non seulement l’accueil est fermé, mais la montagne est interdite « pour des raisons de sécurité », écrit l’organisation sur sa page Facebook.

Les sentiers du Parc d’environnement naturel de Sutton, où se trouve le populaire Round top, ouvrent gratuitement les sentiers, mais en autonomie. 

Le parc naturel de la région de Portneuf est en partie ouvert. J’avais eu un beau coup de cœur pour ce parc, il y a deux ans. Découvert en pleine période automnale, l’endroit m’avait plu autant pour ses beaux paysages que parce qu’on ne se suivait pas à la file indienne en pleine période des couleurs. En pleine urgence sanitaire, le parc précise que seul le secteur des gorges de la rivière Sainte-Anne est ouvert. Encore une fois, à valider avant d’y aller! On demande aussi aux gens de s’abstenir s’ils présentent des symptômes, s’ils ont voyagé dans les 14 jours, bref, en fonction des consignes de santé publique.

Prenez l’air… mais dans votre région

 Jeudi, le gouvernement Legault a recommandé aux gens de ne pas voyager d’une région à une autre au Québec.  À noter que dans la chronique Sortie prendre l’air, des suggestions dans d’autres régions ont été formulées parce que la chronique est reprise dans d’autres journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante.   

 

Suggestions ou commentaires? Vous pouvez m’écrire à l’adresse isabelle.pion@latribune.qc.ca