Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

Relations sous emprise

CHRONIQUE / Manipulateur, qui ne l’est pas un peu, des fois, ici et là ?

Je pense aux enfants capables de tout, aux parents stratégiques comme pas un pour en arriver à leurs fins, aux amis aussi perspicaces qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine ou aux animaux faisant preuve de mille et une manoeuvres pour obtenir un câlin !

Mais la manipulation, qu’en est-il conjugalement parlant ?

Est-ce possible de sombrer à un niveau supérieur, qui n’a rien à voir avec l’anecdotique et qui devient synonyme d’une relation malsaine ?

Puisque les manipulateurs, mais aussi les manipulés, sont parmi nous, portons un regard sur cette réalité aux allures souvent plus que subtiles.

Pouvoir, rapport de force

L’exercice du pouvoir et la manipulation sont deux moyens efficaces d’obtenir ce que l’on veut d’un tiers.

Les psychologues Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois se sont intéressés principalement à cette manipulation, subtile, mais violente, dans diverses parutions.

Ces deux spécialistes traitent des techniques, conscientes ou non, utilisées lorsqu’une personne souhaite qu’une autre réponde à une attente ou satisfasse une requête servant son propre intérêt.

Ils ajoutent que la manipulation présente l’avantage de ne pas apparaître comme telle, la victime ayant le sentiment d’avoir agi librement, sur la base de ses idées ou de ses valeurs.

Cette notion n’est pas négligeable. En plus, la manipulation est plutôt facile pour certains.

Triangle de Karpman

Plusieurs gravitent dans la spirale de la manipulation en toute connaissance de cause; d’autres sans jamais s’en rendre compte. Quasi théâtral selon divers auteurs et auteures, le triangle de Karpman, ou triangle dramatique, illustre explicitement le schème relationnel du couple prisonnier de ce vortex.

Victime

Au sommet du triangle se situe, bien entendu, la victime. Celle qui se fait forcément manipuler, mais qui, en plus, supporte les deux autres angles dudit triangle isocèle, soit la position du persécuteur et celle du sauveur.

La victime est parfois le personnage clé d’un conte pour enfants stéréotypé et à l’eau de rose. En se plaignant, elle peut obtenir beaucoup d’attention, la pitié et la protection, voire une certaine prise en charge de son ou sa partenaire.

Dans certains cas, le prix devient moins élevé pour cette personne que pour celle qui subit tous les stratagèmes.

Plus de gains que de pertes, semble-t-il.

Sauveur

Survient alors le rôle du sauveur. Je parle de celui souhaitant nécessairement sauver cette possible victime de son lot de misère. Cette responsabilité de prendre soin de cet individu à la fois éclopé, geignard et en quête de réconfort est d’une valorisation incroyable.

Cherchant la dépendance de l’autre, il prend ses aises et ratisse large. Il s’occupe de tout, quitte à s’oublier ou à entretenir le rôle du persécuteur, histoire de justifier son existence.

Persécuteur

Parfois appelé tyran ou bourreau, le persécuteur s’en prend autant que possible à la victime. Agressivement, passivement, violemment ou innocemment, tous les coups sont permis pour obtenir ses désirs. Lui, lui et lui; voilà son leitmotiv. Le persécuteur est directif, intransigeant et intraitable.

Et vous, où vous situez-vous au juste ? Plutôt du genre plaignard, à prendre soin ou à imposer la marche sur des oeufs ? Si l’un des rôles vous définit, c’est que vous êtes possiblement ancrés dans une situation où se manifeste la manipulation.

À vous d’y voir.