Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

Quand les médicaments s’invitent

QUESTION / Bonjour Myriam. J’aurais un questionnement. Pouvez-vous m’aider ? Depuis quelque temps – je dirais environ deux ou trois mois –, mon conjoint n’arrive plus à éjaculer. Il a changé plusieurs fois de médication (antidépresseurs) puisqu’il avait des effets secondaires tels que des problèmes d’érection et la baisse de libido. Maintenant que la médication semble correcte, voilà que l’éjaculation n’est plus au rendez-vous ! Est-ce que ça peut être réversible ? Il est bien triste de cette situation et craint que ça ne revienne jamais. Merci. 

CHRONIQUE / Des conjointes bienveillantes comme vous, j’en ai vu beaucoup. Poser les questions, prendre en charge les consultations, initier les réflexions, faire preuve de responsabilisation, consoler, aller au-devant, est-ce votre cas ?

Si vous répondez par l’affirmative, peut-être est-ce grand temps de redonner à César ce qui appartient à César et faire en sorte que chéri se mobilise. Bien que vous fassiez partie de l’équation sexuelle de votre couple, comprenez qu’une prise en charge personnelle, allant au-delà de vous, est précurseure de grands changements. À lui de jouer !

Pour se faire, voici quelques pistes que je pourrais lui donner.

Antidépresseurs

Primo, qui dira soucis sexuels liés à la médication pensera possiblement aux antidépresseurs. Troubles de l’excitation sexuelle, problèmes d’érection, d’éjaculation, modifications orgasmiques; voilà voici des effets indésirables envisageables liés à cette classe de médicaments. De ce fait, l’éjaculation retardée, pour ne pas dire absente, pourrait être expliquée encore une fois par cette réalité, bien qu’il ne faille pas d’emblée incriminer ces molécules.

Nécessairement responsables de tout, les antidépresseurs ? Non. Après concertation avec Catherine Boutin, pharmacienne, toutes les deux, nous sommes d’accord pour préciser qu’une consultation médicale demeure nécessaire pour évaluer leur niveau d’imputabilité. Le docteur sait !

Puisque rien n’est prescrit pour rien, un état dépressif et/ou anxiogène non traité peut perturber encore plus la sphère sexuelle. Même sous prétexte que tout semble aller mieux, il ne faut jamais cesser une prescription sur un coup de tête à cause d’effets secondaires de ce type.

Absence d’éjaculation

Ou quand l’éjaculation ne se pointe pas. De quoi semer le bavardage mental à savoir, pourquoi, comment et qu’adviendra-t-il des relations sexuelles futures ? Le stress s’immisce alors. Par le fait même, le dilemme de la causalité.

L’oeuf ou la poule? Est-ce l’absence d’éjaculation qui angoisse l’homme ou encore cette dernière qui empêche l’éjaculat d’émerger ? Et si ce n’était pas un peu des deux ? Allons savoir !

J’appelle alors au calme. Bien que fréquemment comparés aux feux d’artifice de la Saint-Jean-Baptise, à l’apothéose, l’orgasme et l’éjaculation ne riment aucunement avec obligation. Si tous les espoirs se rapportent seulement et uniquement à cette sacro-sainte finalité, louable que tendre moitié s’affiche chagrinée. Il faut se détendre, mais surtout diminuer les attentes.

C’était d’ailleurs, il y a quelques années, dans cette présente chronique, que je rapportais que l’orgasme, même sans éjaculation, est possible. Néanmoins, il y a aussi de ces fois où le plaisir, la tendresse, la complicité, la proximité et les échanges suffisent.

Des individus qui jouissent ou atteignent l’orgasme 100 % du temps, envers et contre tous, je n’en connais pas ! Personne ne fera donc pas exception à la règle. Ni lui, ni vous, ni moi.

Parce qu’un coup de pouce permet autant de voir clair que d’avancer, je m’adresse à monsieur pour lui recommander, de prime abord, une consultation avec votre médecin, et, qui sait, avec un sexologue.