L’insidieuse violence sexuelle

CHRONIQUE / Nombreux sont ceux qui sursautent lorsque, pour le besoin de la cause, je me permets d’enligner ces trois termes : « violence conjugale sexuelle ». Ces mots ont l’effet d’un verre d’eau glacée. Dans mon bureau, mes interlocuteurs deviennent soudainement stoïques, incertains, voire confus, lorsque je lève ce drapeau laissant supposer pareille situation chez eux. Réaction que j’explique possiblement par un manque d’informations à l’égard de ce phénomène qu’est la violence à caractère sexuel au sein du couple. Et s’ils ne savaient tout simplement pas en être victimes? Possible...

De quoi est-il question?

Qui dit violence sexuelle prend souvent références aux images que bien des médias proposent : une agression sexuelle commise sauvagement par cet étranger forcené dans l’autogare, les mains baladeuses du patron insidieux, un examen diagnostic un peu trop poussé du médecin traitant ou encore un viol collectif par des bums des rues de Montréal. Pourtant...

Au-delà de ces crimes, des soi-disant partenaires agresseurs, ça existe. Le saviez-vous? Sauriez-vous reconnaître ces sévices s’ils se passaient chez vous, contre vous? 

Ça ressemble à quoi?

« Putain », « salope », « bon à rien ni même à bander », « agace », « anormal »: ces jurons, les a-t-on déjà formulés à votre égard? Peut-être la fois où votre mari jaloux vous soupçonnait de « zieuter » le voisin alors que vous regardiez à peine son gazon? Peut-être aussi lorsque vous aviez perdu votre érection pour un oui ou un non? Peut-être ce soir où vous avez refusé des avances pour cause de fatigue, tout simplement? Finalement, peut-être à l’instant où l’on vous a accusé d’être un extraterrestre devant un refus d’obtempérer pour telle ou telle pratique? En voilà de la violence sexuelle...

Cet être cher qui porte des remarques négatives sur votre corps, c’est également une façon de perpétuer ce type de violence. Poids, poitrine, fesses, grosseur pénienne, abdomen proéminent, traits faciaux... alouette! Toutes des caractéristiques physiques sont trop souvent injuriées ou encore comparées défavorablement à un tiers supposément mieux « foutu » corporellement parlant. Que de violence sexuelle !

Mesdames, quelqu’un vous a déjà obligées, contraintes ou fortement recommandées de porter des dessous vous rendant inconfortables, gênées, voire embarrassées? D’utiliser de ces jouets si populaires sur le net ou les boutiques olé olé? De vous adonner à ces pratiques qui ne vous disent rien, malgré le fait qu’elles soient supposément de dernière mode? De regarder ces images pornographiques sur le Web ou ailleurs? Encore de la violence sexuelle...

Et si on y allait de bouderie, fâcherie, bourrassage. Il y a effectivement des gens qui utilisent la sexualité, l’intimité du couple et la proximité pour arriver à leurs fins. La punition ultime, quoi? 

Il y a aussi de ceux sans autocritique reportant sur l’autre l’entière responsabilité de leurs malheurs pour cause qu’ils manquent de sexe! Et la fameuse masturbation, combien en vois-je le faire sans «autorisation»? C’est aussi de la violence sexuelle...

De là à ne pas les reconnaître?

Comme pour bien des maux, rares sont les fois où la violence sexuelle au sein du couple s’installe du jour au lendemain. Elle est insidieuse, vous mène vers le bas, mine la force en vous, et souvent, vous pousse à la tolérer. Après tout, la sexualité reste un sujet intime, même tabou. 

S’en sortir est un défi en soi. La première étape est d’en prendre conscience. S’en libérer, la seconde. Pour cela, il y a de l’aide. La violence sexuelle au sein du couple, c’est NON, sachez-le.