Plusieurs raisons peuvent expliquer l’intérêt d’un homme pour les chaussures de femmes.

Il avait mis ses talons hauts...

CHRONIQUE / Bonjour à vous, Madame Souliers,

D’entrée de jeu, sachez que je vous crois lorsque vous me mentionnez le genre de vos principaux acheteurs de godasses. Des hommes se procurant des articles de mode, des vêtements, des accessoires, des artifices destinés préalablement aux femmes, ça arrive, semble-t-il ! Et de seconde main ? Avec l’état dont se porte la planète, pourquoi pas !

Pourquoi ?

La voici la grande question. Avec tous ces stéréotypes sexuels que l’on attribue selon une visée binaire, soit au monde féminin ou masculin, pas étonnant de constater votre surprise et possiblement celle de bien d’autres.

« Que diable un mec normal peut-il faire avec des trucs de femme ? », penseront certains.

Voyons-y.

Fétichisme

Plusieurs hypothèses me viennent en tête. Pour faire suite à votre réflexion, tout comme vous, l’avenue du fétichisme m’apparaît plausible. C’est d’ailleurs dans ce même journal que je définissais cette « prédisposition » à quelques reprises.

« Étant plus qu’un agrément, c’est plutôt d’une dépendance à laquelle le fétichisme fait référence. Une paraphilie, c’est ainsi que le DSM-V [manuel de psychiatrie] le décrit. Je vulgariserai les critères diagnostics en expliquant qu’il s’agit de pensées excitantes, d’impulsions ou de comportements survenant de façon intense et répétée impliquant un objet [...]. » À l’occurrence, vos bottes Madame Bottine, ou pourquoi pas l’effluve qu’elles en dégagent. Allons savoir ?

Identité et expression de genre

Et si votre homme était issu de la communauté LGBTQ2S+ ? Peut-être est-il à l’apogée d’une transition vers une identité sexuelle féminine ? Mi-figue, mi-raisin, malgré ses allures perçues masculines, peut-être se considère-t-il quelque part sur le continuum des genres et s’adonne-t-il, ici et là, à d’autres possibilités ?

Peut-être est-il ce genre d’individu se sentant intrinsèquement masculin, mais exprimant son entité au monde entier non conformément aux sacro-saints stéréotypes sexuels ?

Au-delà de ça, et s’il gagnait sa vie comme drag-queen, me faisait réfléchir ma collègue sexologue Marion Bertrand-Huot ?

Qu’en savons-nous ?

Un cadeau !

Pour sa blonde, sa sœur, sa cousine, son ex-fétichiste, son voisin, son beau-père, et s’il n’était tout simplement qu’une âme généreuse ? Tant mieux et merci.

Cela dit, pour avoir fouiné sur vos petites annonces, j’ai tôt fait de constater que vous ne vendiez pas de la camelote, Madame Bottillon ! Bien dommage que vos pieds soient petits !

Trêve de taquinerie, la piste envisageable du cadeau empoisonné m’est aussi venue en tête. Tel que laisse présager l’organisme communautaire Y des femmes de Montréal dans sa campagne de prévention de l’exploitation sexuelle, cette dernière débute souvent dans un contexte de luxure, d’abondance et d’attentions pécuniaires. Du recrutement comme il s’en fait trop souvent, malheureusement.

Et si, et si, et si, puisque nous ne savons rien de votre acheteur clandestin, je vous inviterai tout de même à faire preuve de prudence lors de vos transactions. Les endroits publics restent encore les plus sécuritaires. Rares sont les maniaques, mais au cas où...