Des orgasmes ralentis par la maladie

LE COURRIER DES LECTEURS / Bonjour Mme Bouchard, Jamais je n’aurais cru énoncer cette affirmation qui me fait tant souffrir. Du courage? Non. Du désir de vouloir trouver une solution même si je ne suis pas certaine qu’il y en a une? Oui. J’ai toujours aimé le sexe et mon partenaire, mon amoureux, mon mari, est un amant extraordinaire. Le hic, et il est gros, est que je suis atteinte de la sclérose en plaques. Le sexe, ça fait mal. Tous l’ignorent, mais les gens souffrants le savent, eux. Mon corps me fait mal de partout. Difficile alors de se laisser aller. Je fume une puff, ou deux, ou trois avant, mais les sensations sont diffuses. Au moins, je souffre moins. J’arrive à avoir un peu de plaisir. D’ailleurs, les orgasmes sont minimes, si ce n’est qu’absents. Autre particularité de la sclérose que l’on n’entend pas souvent parler. Dommage, car avant tout, je suis une femme qui aime faire l’amour avec mon amoureux. Celui-ci me fait sentir tellement sexy même dans mon corps qui m’est étranger. Merci

CHRONIQUE / Ce témoignage est révélateur de la réalité sexuelle de ces individus victimes de ce mal lancinant, hypothéquant, impossible à oublier, mais surtout, installé pour rester. La douleur chronique, il est grand temps qu’on en parle autrement. Merci à vous, Madame.

Qui ferait l’amour avec un torticolis bien senti, un tour de reins digne du bûcheron ou un nerf sciatique un peu trop crispé ? Ce sont de bonnes raisons, pour le commun des mortels et en bonne santé physique, de prendre sa semaine « off » sexuellement parlant. Il en va tout autrement pour cette dame, et beaucoup d’autres, atteinte d’une maladie incurable lui volant toutes parcelles d’aisance physique et, possiblement, avec le temps, psychologiques.

Mettre sa semaine, son mois à « off », elle s’en contenterait. Mais sa vie tout au complet ? Non merci. Avoir des relations sexuelles avec cet homme qu’elle aime, une légitimité que la sclérose en plaques tente aussi de lui voler. En vain ?

Comment faire ?

De voir la sexualité dans sa globalité, voici une possibilité. Puisque les douleurs sont là pour rester, d’accepter de faire l’amour avec votre tête, votre cœur et, dans un dernier temps, votre corps, peut aider à diminuer vos attentes, mais encore plus les déceptions qu’elles engendrent.

Avec sa tête

Quand tout rime avec une histoire de compréhension ! De se donner la permission d’être seulement et tout simplement ce que vous êtes, avec vos forces et vos faiblesses, est sans doute un premier pas vers l’abnégation.

Comme vous l’avez si bien dit, chère dame, vous êtes une femme et non pas une maladie. Gardez le cap du patronage en ne faisant pas de votre corps l’ennemi.

Avec son cœur

Rien ne vient à bout définitivement des émotions et sentiments positifs. La capacité d’entrer en intimité, ne serait-ce que pour un simple baiser, la sclérose en plaques ne saura vous la dérober si vous l’empêchez. Profitez dans la mesure du possible de chaque minute d’accalmie pour vous retrouver en tant que couple. Peu importe la finalité, ces doux contacts maintiendront une part de satisfaction chez vous.

Le plaisir sexuel, trop souvent atténué par la douleur, par la médication ou par deux ou trois puffs, peut être source de stress, voire d’anxiété à performer. En cas d’impossibilité, misez sur les caresses, les massages, l’affection, les mots doux, la communication, alouette.

Avec son corps

Je terminerai en vous indiquant que, bien sûr, il y a de ces temps où tout est plus facile. Bien que rarement mon créneau, mon conseil va dans la planification quand vient le temps de parler de génitalité. D’être frais et dispo peut officiellement aider. L’alternative des contacts oraux ou manuels est aussi envisageable.

Bonne continuité à vous et votre homme !