Qu'est-ce qu'un vin en primeur?

CHRONIQUE / « En primeur » vient de « vin primeur », un terme qui désigne un vin commercialisé alors qu’il est encore très jeune. Aujourd’hui, on parle davantage de vin nouveau, mais il s’agit là de synonymes. Le plus connu d’entre eux est certainement le beaujolais nouveau, lequel est prêt à être consommé à peine quelques semaines après la vendange, soit dès la fin novembre.

À Bordeaux toutefois, « en primeur » revêt une tout autre signification. Chaque année en avril, Bordeaux devient le théâtre de la semaine des primeurs. Entre 5000 et 6000 professionnels de la distribution, producteurs, négociants et journalistes sont alors conviés à venir déguster le vin de la plus récente vendange. Le vin alors tout jeune, âgé d’à peine six mois, est loin d’être prêt. Il est en gestation, encore en barrique, et ne sera commercialisé que dans deux ans. L’heure est à la spéculation. Les hôtes goûtent des centaines de pinards. Venus des quatre coins du monde, les professionnels du vin viennent juger le potentiel du millésime —
à la manière d’une famille dessinant le futur d’un nouveau-né depuis la vitrine de la pouponnière. Les impressions de la presse spécialisée sont attendues fébrilement par les châteaux puisque leur appréciation teintera le prix des vins.

Une fois les prix fixés, la place de Bordeaux s’ouvre enfin. Les ventes sont alors sollicitées par l’entremise de courtiers, puis de négociants. Monsieur et madame Tout-le-monde ne sont pas autorisés à acheter ici. Les acquéreurs paient la somme due, mais repartent les mains vides. Les vins reposent encore en barrique. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il recevront les caisses.

Il s’agit d’un pari qui comporte sa part de risque, surtout que le vin est encore adolescent au moment de l’achat. Reste que lors des grands millésimes, la marge d’erreur est pratiquement nulle.

Les 2015 de Moueix

Pourquoi parler des primeurs? Parce que le mois dernier, Christian Navarre, directeur général des Entreprises Jean-Pierre Moueix, négociants-propriétaires importants à Bordeaux, a fait découvrir les vins primeurs du millésime 2015 à une poignée de chroniqueurs vin lors de son passage à Montréal. Sur la rive droite, où ils se spécialisent en grands vins de pomerol et de saint-émilion, 2015 s’est révélé le plus grand millésime depuis l’exceptionnel 2010. Le fruit est au rendez-vous, la finesse aussi.

Pomerol 2015, Jean-Pierre Moueix (SAQ : 32,60 $ — 739 623)

Sur la rive droite, pomerol — patrie du merlot —  donne naissance à des rouges charmeurs, fruités et souples. Ce pomerol provient d’un assemblage de seconds vins des vignobles Jean-Pierre Moueix et d’autres châteaux réputés de l’appellation. Le nez est très joli avec des notes résolument fruitées de mûres. La bouche présente une belle concentration de matière et une bonne trame tannique. Vous ne trouverez pas de pomerol à meilleur prix!

Rubicone 2016, Dogheria pinot bianco, Poderi dal Nespoli (SAQ : 14,55 $ — 13 425 972)

L’Alsace n’a pas le monopole du pinot blanc. On trouve aussi de très bonnes bouteilles en Italie, dont celui de la maison Nespoli. Le pinot bianco est ici complété par 10 % de sauvignon blanc. Fidèle à lui-même, le cépage offre un bouquet discret, mais plus exotique qu’à l’habitude avec, entre autres, des notes d’abricots et de pêches. Son acidité vibrante et sa souplesse appellent un ceviche de mangue et coriandre.

Côtes de Provence 2016, Esprit Gassier, Gassier (SAQ : 13 204 782 — 19,95 $)

Voilà un souffle printanier pour vous aider à voir la lumière au bout du tunnel hivernal. À cela, il n’existe qu’un seul remède : un rosé! Cet assemblage provençal de grenache, cinsault, syrah et rolle descend si joyeusement qu’on se demande si la bouteille n’a pas une fuite. Fruité à souhait, ce rosé sec fait la cour aux papilles ravies par autant de délicatesse et de fraîcheur. Chouette à l’apéro!

Valle de Uco 2016, Pinot noir, Finca de los Padrillos (SAQ : 13 425 956 — 17,95 $)

Si Bordeaux ce n’est pas votre truc, optez pour ce pinot noir argentin. Cette nouveauté à la SAQ est une petite merveille. Ses arômes de groseilles et de poivre côtoient une bouche structurée un tantinet corsée pour un pinot. Déjà, un pinot noir sous les 20 $ est en soi un phénomène, mais en plus il est savoureux et biodynamique. Préparez-vous à 750 ml de plaisir! Une fondue, svp. Salud!

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