Parfaits pestos en pots

Il y a des fois où je me fais accroire qu’un lunch patenté avec des restants pas trop tentants, ça va quand même être appétissant. Mais la magie n’opère pas dans le sac de nylon déposé dans le frigo du bureau. Sur le coup de midi, le dîner bricolé en vitesse a le même petit look tristounet.

C’était une journée de même, vers la fin de l’été. 

L’amie So sortait se chercher un plat à emporter. Je ne suis jamais très difficile à convaincre de remplacer un lunch plate par une option plus séduisante. On a mis le cap vers le Pain voyageur pour ramasser vite fait un sandwich sur la fameuse baguette torsadée de la maison. 

On attendait notre tour devant le présentoir quand on les a vus. Des carrés de mie généreusement tartinés de pesto patientaient derrière l’affichette « Goûtez-y! » 

L’invitation était trop belle. Une bouchée et j’étais déjà conquise. So aussi. On est reparties toutes les deux avec un lunch et un pot du savoureux pesto aux tomates séchées signé Du cœur au ventre. 

C’était aussi bon que ça. Du soleil en bouche, je dirais. 

« Le secret, c’est en partie la qualité des ingrédients. J’ai choisi d’opter pour des aliments bios. Et locaux quand c’est possible. Ça fait vraiment une différence. Après, c’est une question d’équilibre des saveurs, de recette bien dosée… et du cœur qu’on y met. Mon nom d’entreprise reflète vraiment mes valeurs. Je voulais faire un produit de qualité qui est bon au goût, bon pour les gens, bon pour la planète », m’explique Geneviève Angers Bussières, l’entrepreneure sherbrookoise qui a lancé la neuve bannière il y a moins d’un an. 

Celle-ci mène son projet en travaillant, en semaine, comme cuisinière au CPE Magimo de Saint-Denis-de-Brompton. 

Autant dire, elle passe beaucoup de temps derrière îlot et fourneaux dans une semaine. 

« J’aime ça. Ça fait 20 ans que j’œuvre en restauration ou en cuisine d’établissement. Déjà pendant mes études en travail social à Montréal, je bossais en restauration. »

En 2011, la Sherbrookoise est retournée sur les bancs du Centre 24-Juin pour compléter son cours en cuisine d’établissement. En 2013, elle poursuivait une formation en démarrage d’entreprise. 

« Je savais alors déjà que je voulais me lancer en affaires dans le domaine alimentaire. Mais j’ai attendu de trouver la bonne avenue. Je suis depuis longtemps une fan finie de pestos. Quand j’ai emménagé avec mon conjoint, il y a trois ans, j’ai fait un grand jardin où j’ai cultivé beaucoup de basilic. Cet été-là, j’ai cuisiné quantité de pestos. L’idée a commencé à germer. »

Il fallait encore trouver une entreprise en mesure de fournir le basilic frais et bio toute l’année. 

« J’ai découvert le Domaine de la Cressonnière, dans le Canton de Hatley, qui venait d’obtenir sa certification biologique pour une partie de sa production. À partir de là, j’avais ma matière première », raconte celle qui est aussi mère de deux enfants. 

Une deuxième cuisine a été aménagée dans la résidence familiale, conformément aux exigences du MAPAQ. C’était parti pour l’entreprise qui, depuis son lancement en avril, ne cesse de gagner en expansion. Le pesto en pots se vend comme des petits pains chauds. 

« Ça demande du temps, tout ça, mais j’ai la chance de pouvoir compter sur mon entourage. Depuis le début, mon conjoint Éric Fontaine m’encourage énormément et me donne un réel coup de pouce », dit celle qui, éventuellement, entend commercialiser une confiture de cerises noires et écorces d’orange.

Pour l’heure, elle se concentre sur ses pestos. En plus de proposer un classique mix vert au basilic, la Sherbrookoise concocte aussi une version rubis aux tomates séchées. Les deux options sont végétariennes (le pesto vert est lui végétalien) et ne contiennent pas de produit laitier, de noix, d’arachide, d’œuf ou de gluten, ce qui permet aux personnes allergiques à ces ingrédients de consommer les pestos sans crainte. Ce n’est pas si banal, parce que le pesto du commerce contient souvent pignons et fromage romano. 

« J’ai beaucoup appris là-dessus au Kelsey’s, quand j’ai commencé dans le milieu de la restauration. La chaîne n’existe maintenant plus au Québec, mais c’est une bannière qui était très forte sur la formation. J’ai vraiment apprivoisé la gestion des allergènes à cette époque-là. Je suis même devenue formatrice et superviseure à mon tour au sein de cette entreprise. »  

Geneviève Angers Bussières

Aujourd’hui, dans la confection de ses produits, Geneviève ne prend pas de raccourcis. Le basilic, par exemple, est effeuillé tige par tige alors qu’il est tout frais. Huile de tournesol, vinaigre de cidre de pommes et ail local sont quelques-uns des ingrédients d’ici que la cuisinière utilise. Et le pesto de tomates séchées qu’elle propose a une petit twist sucré grâce au miel (local, toujours) qu’elle y ajoute. La préparation est mise dans des pots stérilisés et peut donc se conserver à température ambiante avant l’ouverture. Le pesto vert, lui, est congelé. 

« Parce que le pesto au basilic doit être consommé dans les sept jours suivant sa confection, à moins d’être mis sous vide. Moi, je voulais que mon entreprise soit en phase avec mes valeurs et la dimension écoresponsable est très importante pour moi. Je ne souhaitais pas utiliser de plastique. J’ai donc opté pour la congélation du pesto. Ça assure une fraîcheur optimale. »  

Du pesto, on n’en met évidemment pas sur ses céréales du matin. Mais au-delà des classiques pâtes et pizzas avec lesquelles on le marie, il y a un éventail de possibles. « J’aime tout particulièrement servir une mayonnaise au pesto avec des crudités. C’est très simple, ça se glisse aussi bien dans la boîte à lunch des enfants que sur la table, à l’apéro. Et personnellement, je mets davantage de pesto que de mayo dans ma trempette », révèle Geneviève.   

On peut aussi l’ajouter à une rémoulade de chou-fleur, aux œufs du matin, à des légumes sautés, à une vinaigrette, à un bouillon qui servira de base à un plat mijoté. Il fera merveille sur un pain naan qu’on fait rôtir au four ainsi que sur un pavé de saumon ou un « steak » de tofu mariné. 

J’oserais dire aussi qu’il donne du pep aux lunchs de semaine. Même à ceux un peu plates qu’on assemble à la dernière minute, les matins pressés. Parce que, je l’ai dit déjà, ce pesto-là, c’est un peu comme du soleil en bouche.