Le Khazneh est le plus connu et le plus élégant des monuments que les Nabatéens ont sculptés entièrement dans le grès de la montagne de Petra.

Merveilleuse Petra

CHRONIQUE / Petra coupe le souffle. Littéralement. Tout à coup, on manque de mots. On n'a plus assez de deux yeux pour se rassasier. On éprouve un vertige et on plonge dans un passé qui remonte à au moins six siècles avant Jésus-Christ. On en oublie pratiquement son propre nom.
Avant même de découvrir les trésors architecturaux de l'ancienne Petra, on ne peut qu'être ébahi par la beauté du Siq, l'étroit défilé de 1,2 kilomètre qui y mène.
Petra est un site archéologique de Jordanie d'une telle beauté qu'il prend place parmi les sept nouvelles Merveilles du monde. Il y côtoie Chichen Itza, le Colisée de Rome, le Machu Picchu, le Christ de Rio, le Taj Mahal et la Grande Muraille de Chine.
En plein désert, en région montagneuse, il témoigne du passé d'une ville troglodyte sculptée dans le grès des montagnes. Il est principalement l'oeuvre des Nabatéens mais aussi des Romains et des Omeyyades. Les Nabatéens, venus du sud de l'Arabie, y ont bâti leur ville parce qu'il y avait de l'eau et qu'il était facile de la défendre. Et encore, parce que l'endroit était sur le chemin des caravanes chargées d'or, d'encens, de myrrhe et de soieries qui avaient besoin d'une longue halte dans leur voyage vers les ports de la Méditerranée et de l'Occident.
La Jordanie dispose de seulement quelques kilomètres de côtes sur la Mer rouge. Quand on part de la ville portuaire d'Aqaba, il faut rouler durant environ deux heures avant d'atteindre la nouvelle ville de Petra. C'est de là que l'on peut emprunter le long défilé (Siq, en arabe) qui mène à l'ancienne cité où vivaient jusqu'à 40 000 personnes lors de son apogée.
Le Siq est un défilé naturel, étroit et sinueux. Il a été creusé par l'érosion entre des falaises escarpées qui atteignent jusqu'à 100 mètres de haut. Il court sur 1,2 kilomètre de long. Sa largeur varie entre trois et dix-sept mètres. Et c'est seulement au dernier détour que l'on aperçoit la façade du Khazneh.
Tout le monde a vu des images du Khazneh. Enfin presque tout le monde. Pour vous situer, c'est là qu'Indiana Jones et son père, Henry, enfourchent leurs chevaux pour s'engager à plein galop dans le Siq, dans leur quête du Saint Graal (Indiana Jones et la Dernière croisade).
Le Khazneh est un tombeau entièrement sculpté dans la pierre de la falaise. On dit qu'il faut arriver au bout du Siq, entre 9 h et 10 h, le matin, car c'est uniquement à ce moment-là que la lumière du jour fait le mieux ressortir la douce couleur rose de la pierre. Enfin, peu importe l'heure, le Trésor, comme on a appelé ce monument, en impose par ses dimensions, son style gréco-romain et ses colonnes corinthiennes.
Mais il n'est qu'un des monuments du site. La vieille ville s'étendait sur des kilomètres. On peut ainsi admirer un théâtre romain, une église byzantine, un monastère, de nombreux tombeaux, des maisons troglodytes et l'ingénieux système d'aqueduc qui apportait l'eau dans cette vallée.
Depuis quatre ou cinq ans, Petra et la Jordanie souffrent. Pays arabe sans pétrole, la Jordanie a toujours compté sur le tourisme pour assurer son pain et son beurre. Or, à cause du voisin syrien déchiré par la guerre civile et sans doute à cause aussi de l'allergie qui se développe en Occident contre tout ce qui est proche de l'islam, l'industrie touristique jordanienne bat de l'aile. Au cours des dernières années, onze hôtels ont fermé leurs portes à Petra seulement. Les employés ont été mis à pied. Leurs perspectives d'emploi sont faibles.
Pourtant, rassure-t-on, la Jordanie est une oasis de tranquillité. Le touriste y est en sécurité. Le pays vit en paix et a tant à offrir que les visiteurs n'auront jamais assez de temps pour tout voir.
C'est dans ce pays que Moïse a frappé le sol douze fois, faisant jaillir les douze sources qui abreuvent encore les habitants de Petra. C'est sur le mont Hor tout proche qu'Aaron, le frère de Moïse, a été enterré. C'est du mont Nebo que Moïse a pu voir la Terre promise sans jamais y entrer. Il est mort au pied de la montagne, en terre jordanienne. On ne sait pas où est sa tombe exactement mais il est bien là, quelque part.
C'est en Jordanie que coule une partie du Jourdain. C'est dans ses eaux, au gué de Beth Abara, que Jésus a été baptisé par Jean le Baptiste.
Le Jourdain termine sa course dans la Mer morte, une mer extrêmement salée, mais dont les eaux et les boues ont des valeurs curatives éprouvées. On peut s'y reposer et se refaire une santé.
Je quitterai la Jordanie avec le désir d'y revenir un jour. Je veux visiter Petra à fond. Je veux voir les vestiges romains de Jerash, l'une des cités les mieux préservées de la civilisation romaine. Je veux admirer le château d'Ajloun, érigé au 12e siècle par Saladin afin de repousser les Croisés. Je passerai aussi à Ulm Al Rassas pour ses vestiges romains et les mosaïques de ses églises.
Et dire qu'avec tout ça, on n'a même pas encore commencé à parler de la beauté du désert.
Notre collègue à la retraite Gilles Fisette a entrepris un tour du monde en croisière. Nous vous invitons à le suivre dans son périple jusqu'au début mai.