Isabelle Pion
Gary Lawrence aime faire du kayak à l’occasion.
Gary Lawrence aime faire du kayak à l’occasion.

L’ici de Gary Lawrence

CHRONIQUE / Depuis des années, Gary Lawrence nous fait découvrir l’ailleurs, celui où le commun des mortels n’aurait pas pensé se poser. Des destinations qui pourraient bien demeurer des rêves lointains pour la plupart d’entre nous. Ces jours-ci, alors que prendre l’avion nous semble presque une autre époque, il nous permet de nous évader autrement avec la sortie de son livre : Fragments d’ailleurs, 50 récits pour voyager par procuration. Mais celui qui signe des textes dans Le Devoir, L’actualité et qui est rédacteur en chef du magazine Espaces et Évasion n’est pas qu’un grand voyageur cumulant une centaine de pays et de territoires au compteur. C’est aussi un maniaque de plein air qui connaît très bien notre province. L’occasion était belle de lui faire partager ses coups de cœur.

« Je fais beaucoup de randonnée, de vélo de route, de montagne, de gravel bike, un peu de kayak à l’occasion et de surf à pagaie. On a un chalet familial avec la famille de ma conjointe à Bolton-Est. L’hiver, je fais beaucoup de ski alpin, c’est mon sport depuis toujours, et depuis quelques années, du ski de montagne en plus. J’ai essayé le kite skiing aux Îles de la Madeleine et j’ai complètement capoté là-dessus. Surtout que tu peux remonter les îles au complet si tu t’organises bien. C’est vraiment un sport méconnu qui est vraiment génial. »

Et si on lui parle de ses endroits préférés pour la rando? 

« Le Saguenay, j’adore », lance-t-il d’entrée de jeu. Et ce n’est pas que pour ses sentiers pédestres.

« La via ferrata du parc national du Fjord-du-Saguenay, c’est extraordinaire, tout le monde devrait l’essayer une fois dans sa vie. J’ai toujours aimé le contraste entre les montagnes et la mer. La Corse, par exemple, c’est un endroit que j’adore. Le fjord, c’est un peu la même idée de falaises ou de montagnes qui émergent de l’eau. C’est ce que je trouve particulièrement impressionnant dans cette région. » 

L’adepte de vélo rappelle qu’on y trouve aussi son compte en roulant sur les pistes cyclables, avec la véloroute des Bleuets, ou en dévalant des pentes, notamment à la station du Mont-Edouard, à l’Anse-Saint-Jean.

Gary Lawrence a aussi visité les Îles de la Madeleine à plus d’une occasion. 

« J’y suis allé quatre ou cinq fois, avec une gang de chums la première fois il y a très longtemps. C’est mon endroit préféré au Québec à tous égards. J’ai l’impression à la fois d’être au bout du monde et chez moi. Je me sens comme sur un grand navire, toujours en permanence en train d’avancer vers le large. La mer est omniprésente, le vent est omniprésent. C’est comme si on était toujours en mouvement. Les décors et les gens sont extraordinaires. J’y suis allé l’été, au printemps, l’hiver, pour la Mi-Carême, une fête d’origine médiévale. J’en ai profité pour faire du kite skiing à quelques occasions. La seule chose que je n’ai pas faite à mon goût, c’est du vélo. Faire la traversée en vélo, ça me tente aussi, même si je m’attends à bouffer du vent. » 

« Il y a des endroits méconnus ou peu accessibles. L’Île d’entrée, ce n’est pas une grande rando, c’est vraiment un petit univers en soi très écossais, très anglo-saxon. Quand tu vas dans les hauteurs, c’est là que les îles sont les plus élevées en altitude. Il y a des chevaux en liberté et c’est carrément magique. Je vous raconte ça et je l’ai fait il y a 20 ans, mais il me semble avoir lu récemment qu’il y a encore des chevaux en liberté », dit-il en citant aussi les paysages de l’île Brion.

Je fais une digression, ici, pour partager mon amour de l’Île d’entrée, pour ses airs d’ailleurs (d’Irlande, ai-je écrit dans ces pages en 2013) et parce qu’elle a le pouvoir d’arrêter le temps. Fin de ma parenthèse.

Gary Lawrence

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En vrac

Des suggestions d’endroits moins connus, en vrac :

— Les Sentiers de l’Estrie  

— Descendre la rivière Missisquoi Nord avec O’Kataventures. 

— Les routes de terre dans le coin de Bolton-Est pour le gravel bike.

Pas très loin de Montréal : le parc Régional des Chutes Monte-à-Peine-et-des-Dalles : « C’est à cheval sur trois municipalités. Il y a de belles randonnées à faire le long de rivière. »

Le Canyon des Portes de l’Enfer, dans le Bas-St-Laurent. « C’est plus à l’intérieur des terres, c’est assez méconnu et c’est vraiment une randonnée vertigineuse, on longe un canyon très profond. »

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<em>Fragments d’ailleurs, 50 récits pour voyager</em> <em>par procuration</em><em>, </em>Éditions Somme toute

Dérives du tourisme

Avant de nous raconter le Kenya, la Jamaïque ou le Bostwana dans Fragments d’ailleurs, Gary Lawrence nous remet en plein visage les dérives du tourisme dans un texte signé à l’automne 2019. 

« C’était un regard critique sur le passé et ce qui nous attendait avant la crise. J’aurais pu le changer, mais j’ai décidé de le laisser comme ça parce que je voulais qu’on se rappelle d’où on partait avant la crise. Quand on va recommencer à voyager pour de vrai, ce serait facile d’avoir les mêmes vieux réflexes débiles et de retomber dans les mêmes problèmes. En le rappelant, on pourra essayer d’éviter les écueils. »

En rappelant ces pièges vécus dans une panoplie de villes du monde, il avance plusieurs moyens pour voyager mieux.

« Il y a toutes sortes de choses que l’on peut faire pour améliorer notre façon de voyager. Moins loin, c’est sûr que cette année ce sera pas mal le cas. Mais aussi de façon moins intrusive, moins envahissante. En plein air, c’est moins souvent le cas. Mais de façon générale, le voyage organisé, où les gens arrivent en grande quantité, en grand nombre en même temps, et qu’ils repartent trois heures après, c’est comme un raz-de-marée. On ne le verra pas pendant quelques années parce que les groupes seront plus petits. Le plein air est une bonne façon de recommencer à voyager intelligemment, si on organise de petits groupes de 5 à 12 touristes qui partent en randonnée... Quand on marche de village en village, on arrive de façon respectueuse et moins envahissante. Un peu comme le voyage en vélo, de village en village, par petits groupes, en solo ou en couple, on ne dérange pas grand-monde. »   

Comment ce grand bourlingueur se remet-il en question? « Je n’ai pas vraiment fait de remise en question. J’essaie depuis longtemps de voyager le plus intelligemment possible, de la façon la moins dommageable possible. Ce qui m’interpelle le plus, depuis quelques années, c’est l’empreinte écologique. C’est sûr qu’on peut compenser en achetant des crédits carbone, mais avant d’en arriver là, il faut limiter les déplacements, essayer de partir le plus longtemps possible et le moins loin possible (...) Je me questionne encore. Est-ce que je continue à voyager l’esprit tranquille en me disant que je vais acheter des crédits? Mais ce n’est pas aussi simple que ça... »   

« La via ferrata du parc national du Fjord-du-Saguenay, c’est extraordinaire, tout le monde devrait l’essayer une fois dans sa vie », estime Gary Lawrence.