Les crochets du Droit

CHRONIQUE / «Je lis souvent des articles où on met des mots entre des signes de ponctuation dont j’ignore le nom. Voici un exemple, une citation dans une entrevue du Droit publiée dans La Tribune du 14 avril 2018 : "J’ai au contraire [retenu] tout ce qui n’a pas marché." On sait que trois points de suspension entre parenthèses signifient que l’on omet une section de texte pour différentes raisons. Mais dans ce cas-ci, si on enlève le mot entre ces choses, le texte n’a aucun sens.» (Jacques Deslandes, Sherbrooke)

Les crochets ne sont effectivement pas des signes de ponctuation très courants. En journalisme écrit, on y recourt surtout parce qu’ils permettent d’apporter des modifications aux citations. Et la citation est un élément capital de la rédaction journalistique.

En fait, lorsque vous mentionnez que trois points de suspension entre parenthèses veulent dire qu’une partie de la citation a été retirée, vous reproduisez une erreur : ce sont plutôt les crochets qu’il faut utiliser. Malheureusement, plusieurs journalistes l’ignorent, raison pour laquelle ils se servent des parenthèses. Ou ils n’arrivent pas à trouver les crochets sur leur clavier. Voici un exemple extrait de la Banque de dépannage linguistique.

«Je me propose de prendre parti sur cette question […] qui pose des problèmes de nature éthique et politique.»

Il arrive aussi que les journalistes doivent modifier la citation pour différentes raisons. Parce que l’interlocuteur n’a pas utilisé le bon mot. Ou alors il a recouru à un mot anglais, familier ou vulgaire. Ou c’est la quatrième fois qu’il répète le même. C’est probablement ce qui s’est passé dans l’article que vous citez. Les crochets permettent de faire une correction, tout en précisant que ce n’était pas exactement le mot employé par l’interlocuteur.

Il arrive aussi qu’il faille remplacer certains mots pour une question de grammaire ou de concordance des temps. Cela se produit particulièrement lorsqu’une citation intervient en cours de phrase sans être introduite par les deux points (citation indirecte). Elle est souvent introduite par «que».

Le maire a répondu que «je n’ai jamais vu ça de ma vie».

Il y a manifestement quelque chose qui cloche dans la phrase ci-dessus, mais certains journalistes pensent faussement qu’elle est grammaticalement acceptable à cause des guillemets. J’ai de petites nouvelles pour eux : la phrase doit rester cohérente comme s’il n’y avait pas de guillemets, ce qui ne serait évidemment pas le cas ici. Il y a alors deux possibilités : on utilise les deux points (citation directe) ou les crochets. Personnellement, je préfère la première option, beaucoup moins lourde.

Le maire a répondu : «Je n’ai jamais vu ça de ma vie.»
Le maire a répondu qu’«[il n’avait] jamais vu ça de [sa] vie.»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca