À Montañita, en Équateur, on arrive dans un village largement organisé en fonction des touristes.

Le temps d’une fête

CHRONIQUE / Quand le bus a quitté Baños, dans le centre de l’Équateur, j’en avais pour toute une nuit à dodeliner sur les routes menant vers l’ouest. Le sud-ouest en fait. Les arrêts fréquents, le bruit incessant, la lumière aussi, se chargent bien de garder les passagers éveillés.

La côte, c’était le plan B, l’option de rechange après avoir renoncé à nager avec les tortues et les requins marteaux des îles Galapagos. Je me contenterais des fous à pattes bleues de l’île de la Plata, surnommée les Galapagos des pauvres. En échange, quelques jours plus tard, je m’enfoncerais dans l’Amazonie pour m’imprégner de toute la vie grouillante d’un milieu naturel qu’on n’a pas encore fini d’abîmer.

En bus, on pouvait s’arrêter à Guayaquil, la ville la plus populeuse d’Équateur, ou à Santa Elena, quelque part plus à l’ouest et beaucoup plus près de Montañita, ma base pour mon expédition à l’île de la Plata.

Déjà, à Santa Elena, je descendais du bus au bout d’une artère dans un quartier plutôt calme où un badaud, ici et là, marchait doucement, se laissait décoiffer de temps à autre quand une voiture passait et soulevait une tempête de vent éphémère. Sinon, le temps faisait plus de bruit que la vie dans ce quartier de Santa Elena.

C’est le genre d’endroit qui me fait sourire. Rager aussi, à l’occasion, parce que les solutions aux problèmes des touristes ne nous tombent pas toujours dessus aussi rapidement que dans les grandes villes. Mais j’aime effleurer le quotidien local que le tourisme n’a pas trop altéré.

Avec un transport local, donc, une flopée de touristes, très jeunes pour la plupart, et quelques membres de la communauté locale, ont pris une route qui s’éloignait vers le nord. Difficile de savoir où le mastodonte s’arrêterait. Dans la poussière de l’accotement, il marquait des pauses à l’occasion comme le font les autobus du transport en commun. Sauf que le circuit lui faisait parcourir une grande route plutôt que des boulevards ou de rues locales.

Il savait, le chauffeur, que les gringos poseraient leurs bagages à Montañita. Il s’est arrêté et a signalé le fil d’arrivée. Presque tous les passagers sont descendus et ont attendu que le véhicule reparte pour traverser la route vers le village côtier qui commençait là, à quelques mètres du bitume.

J’ai eu les yeux grands comme ça pendant deux minutes, pas plus. La grande banderole « Bienvenue à Montañita », la rue pavée menant directement à la plage, une panoplie de parasols le long des trottoirs et les stands de boissons gazeuses et autres rafraîchissements criaient « hospitalité ».

Mais au final, Montañita, c’est tout ce que je déteste du tourisme : une petite ville qui s’est construite pour plaire aux touristes en laissant de côté la vraie culture équatorienne. Quoique si on se donne la peine de s’éloigner du centre, où s’empilent les discothèques et les restaurants, on retrouve le caractère plus paisible d’une ville côtière.

Remarquez, je ne blâmerai jamais la population locale de s’être adaptée au tourisme pour mieux gagner sa vie. Ce qui me rejoint moins, ce sont les visiteurs qui s’approprient un endroit sans penser à ceux qui y vivront encore une fois qu’ils auront passé leur chemin.

Le jour, à Montañita, on parcourt les quelques rues sans se buter aux foules. Le voyageur dort et se remet de sa plus récente cuite. On peut réserver son aventure à l’île de la Plata, s’offrir une leçon de surf ou se prélasser sur la plage. Sinon, y’a les restaurants. Plus organisée et plus animée que Puerto Lopez, au nord, Montañita a le mérite d’offrir une approche de villégiature, jusqu’à un certain point. Et pour être honnête, il s’agit probablement d’un paradis pour les surfeurs.

En soirée, quand le soleil cesse de faire mal aux yeux des fêtards, les rues recommencent à grouiller d’activités. Une jeune femme ricaneuse transportant une plaque à biscuits interpelle les passants. « Brownie? » Autre cascade de rires.

Étrangement (!), le gâteau, il a le pouvoir de dilater la rate. Non merci. Mais vous ne trouverez pas beaucoup d’options équatoriennes pour le repas, que vous pourriez pratiquement avoir commandé de la maison. Et ensuite, pour vous garder éveillé toute la nuit, les boîtes rivalisent d’ingéniosité : piscine intérieure, thématique de la prison... Je ne me suis pas reconnu dans cet environnement.

Lagos, au Portugal, n’est pas une destination idéale pour les voyageurs seuls. La beauté du paysage nous le fait toutefois oublier.

J’ai eu le même sentiment à Lagos, dans le sud du Portugal, une ville pourtant tellement différente de Montañita. On arpente les rues de sa vieille ville en peu de temps. Pour le voyageur solo qui veut faire la fête, il y a de quoi s’occuper toute la nuit, si bien que les dortoirs des auberges de jeunesse demeurent vides jusqu’à très tard dans la nuit... et pleins pendant une bonne partie de la journée.

J’y ai croisé beaucoup de jeunes voyageurs, beaucoup de familles aussi, mais rien entre les deux. À tout le moins, les plages y sont nombreuses et magnifiques, surtout si on se donne la peine de longer les falaises pour trouver celles qui sont cachées. Les sports aquatiques et les voiliers y sont aussi proposés.

Mieux encore, on peut prendre un bus pour Sagres, la ville à l’extrémité sud-ouest du continent européen. Avec un vélo, on se rend jusqu’au cap Saint-Vincent pour voir un phare et un monastère. On y trouve aussi une forteresse et des plages.

Malgré la beauté des paysages, j’ai retenu qu’à Lagos comme à Montañita, il est préférable de ne pas voyager seul...

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