Réflexion sur le vote par Internet

CHRONIQUE / Nous sommes dans une société où le numérique révolutionne littéralement les institutions, n’est-il pas pertinent de revoir notre méthode de voter ? Le vote électronique ainsi que le vote par internet sont deux méthodes distinctes qui exigent des moyens techniques colossaux dans une époque où la sécurité informatique est un enjeu de société. La modernisation du processus électoral n’est pas une tâche à prendre à la légère.

Les machines à voter

Le vote électronique est une méthode de récolte du scrutin que l’on pourrait qualifier d’hybride, c’est-à-dire que l’électeur doit se déplacer dans un lieu physique afin d’enregistrer son vote sur une machine qui vient substituer le traditionnel bulletin de vote. Le vote électronique permet d’éliminer le rejet de bulletins tout en obtenant une compilation des résultats en temps réel. En théorie cette solution semble n’offrir que des avantages, mais en pratique elle s’avère parfois un véritable fiasco en raison des nombreux problèmes de fiabilité des urnes électroniques, on a qu’à penser aux élections municipales de 2005 qui furent un désastre logistique. Il y a également la question de sécurité et de redondance des machines, car les votes n’ont plus de traçabilités physiques ce qui peut causer des maux de tête en cas de défaillance ou piratage du système. Le coût d’acquisition, d’entretien et l’obsolescence technologique sont des enjeux non négligeables dans le déploiement du vote électronique, compte tenu que les machines ne sont utilisées quelques jours par décennie.

Voter sur Internet

Le vote par internet sera la méthode préconisée, et ce, à moyen terme, mais avant son déploiement officiel celui-ci sera soumis à différentes étapes d’acceptabilité à la fois sociale et technologique. Pour plusieurs d’entrevous, il peut sembler très simple de voter à l’aide d’un téléphone intelligent via, une application dédiée, mais sachez que dans le concret le processus est délicat. Il ne faut surtout pas oublier que le droit de vote est un principe fondamental de la démocratie, celui-ci se doit d’être préservé dans son intégrité la plus complète sans quoi la technologie constitue alors un obstacle à ladite démocratie. Or avec les nombreuses fuites de données personnelles provenant de tout acabit, il est primordial de de se questionner sur la pertinence d’exposer le processus démocratique au risque d’une fuite majeure qui pourrait compromettre la confidentialité des électeurs.

Le premier enjeu du vote par internet est la validation de l’identité de l’électeur. Par quel moyen pouvons-nous nous assurer que le bulletin de vote virtuel soit bel et bien complété par la bonne personne ? Si nous sommes incapables de répondre à cette question avec des moyens efficaces et sûrs, mieux vaut cesser immédiatement la réflexion sur le vote internet. Le crois que la clé du projet passe par l’identité numérique, cet alter ego virtuel gouvernemental qui deviendra un incontournable pour toutes les transactions. Par contre, il n’y a aucune annonce des gouvernements à propos d’une éventuelle identité numérique et qui plus est, l’efficacité de l’état dans sa gestion des projets informatiques me laisse dubitatif.

N’avoir qu’une seule chance pour faire bonne impression

Il est évident que le système de vote par internet doit être déployé pour des élections partielles afin de minimiser le volume de transactions. La disponibilité du système est quant à elle primordiale, car si les électeurs se butent à un site défectueux les obligeant à revenir plus tard, vous risquez d’en perdre un certain nombre. Pour une élection fédérale, le volume transactionnel simultané risque d’être fort impressionnant et le système de vote ne peut se permettre de ratés. Le coût d’une telle infrastructure risque d’être gargantuesque d’autant plus qu’elle n’est utilisée qu’à quelques reprises pendant son cycle de vie devenant obsolète au gré des technologies. Le coût en vaut-il la chandelle ?

L’enjeu de la sécurité est celui qui est le plus susceptible de venir interférer le processus démocratique, car advenant une intrusion des systèmes, il est possible, dans le pire des cas, que les résultats soient trafiqués. Il sera également primordial de détacher l’identité de l’électeur de son vote afin que l’on ne puisse retracer en aucun cas pour qui ce dernier à voter. Il est également certain que le jour du scrutin des pirates informatiques tenteront de surcharger les systèmes par des attaques multiples. Advenant des ratés du système de vote par internet est-ce que le recomptage manuel sera possible ?

Selon moi, tant que l’identité numérique ne sera pas mise en place le vote électronique n’est pas pour le moment la valeur sûre. Cette identité numérique devra idéalement transiter par la biométrie qui est la méthode la plus simple pour jointer le virtuel au réel.

Si vous désirez en savoir plus sur le vote par internet, Élections Québec procède actuellement à une consultation publique où les citoyens ont jusqu’au 3 novembre pour se faire entendre sur le sujet.

https://www.electionsquebec.qc.ca/voteparinternet/