C'est à Cluj-Napoca, où se trouve l'église Saint-Michel, qu'un imprévu m'a forcé à passer au plan Z pour résoudre mon problème.

Quand il faut passer au plan Z

CHRONIQUE / Voyager sans itinéraire, c'est la flexibilité. C'est aussi le risque que les plans échafaudés à la dernière minute s'effondrent comme un château de cartes. Et quand on ne dispose que de deux semaines de vacances, il faut savoir passer rapidement au plan B, au plan C, et parfois même au plan Z.
À mon arrivée en Roumanie, pour mes vacances d'été, je savais qu'il me fallait rentrer dans la capitale, Bucarest, pour attraper mon vol de retour. Seulement, je n'avais pas encore choisi où ni quand je bifurquerais pour revenir sur mes pas...
Avec quelques jours à faire à mon périple, à Cluj-Napoca, une ville universitaire du nord-ouest du pays, j'espérais louer une voiture pour rouler vers le nord, dans la région de Maramures, où se trouvent une vingtaine d'églises de bois inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO.
En revenant vers Cluj et en laissant la voiture plus au sud, je me rapprocherais de Bucarest, où je pourrais me rendre en train de nuit, en autobus ou en utilisant le covoiturage. Le pépin, c'est qu'aucune compagnie de location ne me laisserait ramener la voiture au sud. La seule option : Iasi, à la frontière de la Moldavie, dans le nord-est.
C'était, disons, le plan C.
Une réservation de véhicule en ligne plus tard, tout tombait en place. Je dormirais dans un hôtel de Vitra Dornei, à mi-chemin, ce qui me permettrait, au deuxième jour, d'effectuer la tournée des monastères de Bucovine. D'Iasi, je prendrais un vol à bas prix vers Bucarest. Tout tombait pile.
Sauf que... L'eau dans le gaz est apparue à l'aéroport de Cluj, où je devais récupérer la voiture. Non, non, pas de voiture disponible ici, me dit le préposé.
Kessssssé?
Voyez, j'étais passé par un site internet de confiance, Skyscanner, pour réserver ma voiture. Skyscanner est un agrégateur. Il recense une panoplie de sites offrant des billets d'avion, des hôtels, des voitures de location. Il fait la recherche pour vous, vous redirige vers le site d'un tiers offrant le plus bas prix ou le produit qui vous convient, et voilà. Jamais eu de problèmes.
Sauf ce jour-là. La réservation, faite à travers le site du tiers en question, ne pouvait être honorée. La compagnie de location affirmait avoir avisé les responsables du site internet dès que ma requête leur a été communiquée. Dans la chaîne, on m'avait bien confirmé la location, pris un dépôt sur ma carte de crédit, mais pas informé du caillou dans le soulier.
Le plan D, péter une sainte colère à l'aéroport de Cluj, ne m'aurait pas rapproché d'un centimètre de Iasi, où je devais maintenant me rendre pour attraper mon vol. Au plan E, dénicher une autre voiture pour emprunter le même trajet, ne rencontrait pas de succès auprès des autres entreprises de location.
Sauf une! Alléluia. Une bagnole grosse comme ça, pour deux jours, coûtait près de 500 $. Je ne réfléchissais plus. Il me fallait sortir de là. « C'est bon! », que j'ai dit.
Ha, mais c'est que mon patron ne me laissera pas vous louer la voiture, que finit par rétorquer le gars.
Mots d'église!
J'ai considéré les plans F, H et I, soit prendre la route de Bucarest immédiatement, prendre un bus vers Iasi, bus qui mettrait une dizaine d'heures à arriver à destination, ou faire du pouce.
C'est finalement le plan Z qui l'a emporté, alors qu'une toute petite voiture, qu'il me faudrait ramener le lendemain, devenait tout à coup disponible. Deux bonnes heures plus tard, je me dirigeais bel et bien vers les églises de Maramures. Je reviendrais dormir à Cluj pour prendre un autre vol, inattendu, vers Iasi. Les neurones me chauffaient.
Une chance que les vols à bas prix sont légion en Europe.
La bonne nouvelle, c'est que le plan Z a tenu le coup, même s'il m'a coûté plus cher que prévu. L'hôtel de Vitra Dornei a accepté d'annuler ma réservation sans frais, à moins de 24 heures d'avis, et j'ai récupéré le dépôt prélevé sur ma carte de crédit pour la voiture.
En ce sens, ma plainte logée à Skyscanner a trouvé écho à vitesse grand V. On m'a offert une assistance immédiate et exigé une enquête. J'ai lu des histoires d'horreur liées à des réservations en ligne. Skyscanner a pourtant été d'une aide surprenante et formidable.
Appelée à commenter officiellement, une fois le problème résolu, l'entreprise indique que « même si nous ne gérons pas directement les réservations, nous sommes grandement préoccupés par les services que reçoivent les voyageurs de nos fournisseurs. Nous répondons en moyenne aux plaintes en moins de quatre heures et nous offrons un service 24 h/24 ».
Le site tiers, lui, s'est excusé et s'est engagé à rembourser le dépôt. Il ajoute que l'été est une saison occupée et que des erreurs peuvent parfois survenir. Heureusement qu'il y avait le plan Z.
Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com.