Playa del Carmen est populaire pour ses plages et ses commerces, mais en fouillant un peu, on réussit à en apprendre davantage sur l’histoire de la région.

Playa del Carmen pour la première fois

CHRONIQUE / Playa del Carmen dort peu, ce qui n’est pas nécessairement si clair que ça quand on y arrive en début de nuit et qu’on évite sa 5e Avenue, LA rue commerciale fréquentée par tous les touristes.

Le bus arrivant de l’aéroport de Cancún s’est immobilisé au terminus aux environs de minuit. Dans le porte-bagages, j’emmagasinais mes idées préconçues : Playa del Carmen, c’était certainement une ville bondée de touristes où la culture mexicaine avait été évincée. Playa del Carmen, où je passerais quatre jours en attendant le mariage de mes amis Dalia et Christophe, m’ennuyait déjà.

J’ai tiré ma valise pendant une vingtaine de minutes en m’éloignant toujours un peu plus du tapage de bord de mer. L’hôtel, un brin à l’écart, était situé dans un secteur relativement calme. À la hauteur de la 30e Avenue, les rues s’étaient transformées en quasi désert en même temps que la nuit tombait.

Arrivé à l’hôtel, où tout était verrouillé pour la nuit, j’avais beau sonner, personne ne répondait. La pluie intense des derniers jours était venue à bout du tintement électronique. Cette fois-là, Dalia, qui m’avait extirpé d’une situation presque identique sept ans plus tôt, n’était pas là pour venir à ma rescousse. Le déjà-vu m’a tout de même fait sourire avant de me forcer à me trouver un nouveau toit.

Je n’aimais pas encore Playa del Carmen.

Sur la mer des Caraïbes, la ville touristique jouit d’une situation géographique avantageuse. On peut s’y poser et s’en servir de base pour explorer les alentours. Cancún, Tulum, Akumal, Coba, Xcaret et Cozumel sont tous à proximité. On peut donc y loger confortablement pendant une semaine et s’offrir des excursions quotidiennes. Même le Cirque du Soleil a élu domicile à quelques minutes du centre-ville.

Ils ont trouvé la formule, les Mexicains, ou les investisseurs étrangers, pour rendre la vie facile aux touristes. Les hôtels pullulent, les clubs sur la plage aussi, et les grandes chaînes commerciales se sont installées sur la 5e Avenue. Parfait pour se la couler douce.

Sauf qu’à se la couler douce, on accepte aussi des prix démesurés pour manger ou pour les babioles qu’on nous vend dans les Playaland et Playamart remplis de souvenirs inutiles de basse qualité. Se la couler douce, c’est accepter, tous les deux mètres, de se faire interpeller par un vendeur du dimanche qui fait miroiter de fausses aubaines. On vous offrira de tout, même de la marijuana et de la cocaïne, de façon à peine voilée.

Incroyable de trouver des tacos à près de 15 $, dans un restaurant à la musique trop forte produite par des mariachis, alors qu’on trouve des repas beaucoup plus complets pour le même prix dans les rues transversales.

Le spectacle des voladores est l’une des attractions de Playa del Carmen. Ce rituel est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Dans le même sens, la compétition des demi-vérités se fait intense pour des excursions, notamment vers l’île de Cozumel, connue pour ses plages, sa barrière de corail et ses occasions de plongée de surface. Si vous n’êtes pas attentif, il est possible qu’on vous vende un billet de traversier VIP sans vous offrir le laissez-passer au prix régulier. Idem pour la plongée, qui devrait vous mener dans trois endroits paradisiaques et qui se transforme en deux baignades de courte durée.

Playa del Carmen, à première vue, ce n’est pas le Mexique des Mexicains. On n’y retrouve pas l’architecture des villes coloniales et à moins qu’elle soit employée dans un magasin ou un restaurant, la population locale demeure invisible. À deuxième vue, en s’éloignant un tout petit tantinet de l’action, on tombe sur des bouis-bouis où les tlayudas, ce plat originaire de la région d’Oaxaca, ne coûtent que quelques pesos. On découvre aussi des maisons où les portes sont ouvertes, où les familles ont sorti leur table sur le trottoir pour savourer le repas du soir. Il y a ça, aussi, quand on se sort la tête du sable ou des sacs d’emplettes.

Bien que la ville côtière ait tout fait pour que les touristes s’y sentent chez eux, on a gardé la possibilité de goûter la cuisine traditionnelle ou de boire de la tequila. Au parc Fundadores, le premier parc en importance dans l’agglomération, on peut assister au spectacle des voladores, aussi appelés hommes volants.

Au son d’une flûte, cinq d’entre eux grimpent dans un poteau. En tournant la plateforme au sommet, quatre voladores se laisseront descendre, attachés par une corde, la tête en bas. Le rituel, une danse de la fertilité particulièrement populaire dans l’État de Veracruz, est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Les cérémonies sont nombreuses en après-midi et en soirée. Les danseurs espèrent un pourboire en échange de leur performance.

Enfin, pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de ceux qui les accueillent, des tours guidés gratuits, qui fonctionnent strictement sur le principe du pourboire, sont organisés matin et soir. Lors de mon passage, ils semblaient bien peu populaires.

On y apprend néanmoins que l’arche du parc Fundadores a été construite en 1992 et représente la rencontre entre les peuples mayas et occidentaux. On découvre un cénote, une source d’eau douche, caché sous une boutique de souvenir, l’importance de l’art mural qui se perpétue partout à Playa del Carmen, et l’existence de ruines mayas un peu partout dans la ville.

Loin d’être mises en valeur, ces ruines sont souvent camouflées derrière des bâtiments, dans des cours de commerce et, si elles sont protégées par le gouvernement, semblent tout à fait laissées à l’abandon.

Avant le tourisme, quelle était la principale activité économique à Playa del Carmen? Le guide à l’anglais approximatif vous le dira : la gomme à mâcher...

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