Les routes de l'Ouganda sont parfois en très mauvais état, ce qui force les automobilistes à circuler sur l'accotement.

Les routes du Rwanda et de l'Ouganda

CHRONIQUE / Votre mission, si vous l'acceptez, consistera à parcourir le trajet entre Kigali, au Rwanda, et le village de Katunguru, au coeur du Queen Elizabeth National Park, en Ouganda. Vous devrez utiliser le transport en commun. Distance à parcourir : environ 300 km. Temps requis : au moins cinq heures.
Pas de triche! Pas le droit de louer une voiture. Pas que ce ne soit pas permis de le faire dans les pays africains. C'est surtout que ça enlèverait un niveau de difficulté. Quoique de passer la frontière avec un véhicule de location peut aussi présenter quelques embûches. Dans le même sens, on m'avait déconseillé de conduire en Ouganda. Les conditions routières sont, selon les rumeurs, médiocres.
Encore, si vous vous retrouvez derrière le volant, au milieu de nulle part, une fois la nuit tombée, vous vous exposez à un certain danger. C'est ce qu'on dit. Pas envie de vérifier.
Pas envie de vérifier, pas plus que j'avais envie de faire du pouce, pour une autre bonne raison : se retrouver seul, en bordure de route, dans un secteur peuplé par des animaux sauvages comme des éléphants, des hippopotames et des lions, non merci.
J'avais considéré la possibilité d'engager un chauffeur. Non seulement saurait-il à quoi s'attendre des routes à parcourir, mais il saurait également composer avec les risques dont j'ignorais tout. Coût demandé pour un chauffeur : plus de 350 $ US. En groupe, l'entreprise aurait pu en valoir la chandelle. Seul? Pas question!
Mes amis expatriés m'ont recommandé le transport en commun : simple, facile, efficace... mais beaucoup plus lent. Et je vous le donne en mille, aucun autobus ne fera le trajet Kigali-Katunguru, de porte à porte. Il faudra des « correspondances ». Du moins, c'est ce qu'on m'a laissé entendre.
Objectif : arriver à destination avant la noirceur, qui tombe entre 19 et 20 h. Heure de départ : 6 h 30 du matin. On n'est jamais trop prudent.
Première étape, monter sur un boda-boda, une moto-taxi, avec un gros sac à dos et un bagage à main pour me rendre au terminus. Le poids important dans mon dos m'a permis de travailler un peu mes abdominaux.
Deuxième étape, dans le chaos du terminus : trouver un taxi partagé qui roulera jusqu'à la frontière. Ces taxis, des voitures ordinaires qui peuvent contenir neuf passagers bien entassés, partent quand ils sont remplis. On a compressé mon sac à dos dans le coffre et quand j'ai regardé à l'intérieur, j'ai dû demander : où est-ce que je m'assois? Deux hommes se sont collés pour faire une petite place sur la banquette arrière. J'ai dû courber le cou parce que le plafond était trop bas. Temps du trajet : un peu moins de deux heures.
Passer la frontière amène un peu de confusion. Avec un peu de chance, notre voisin de banquette nous guide à travers le processus, où il faut marcher sur une route en terre entre les contrôles rwandais et ougandais. Les postes frontaliers sont situés dans de petites cabanes. Une fois les formalités remplies, un officier nous laisse passer.
<p>Il n'est pas toujours évident de trouver le bon bus dans un terminus comme celui de Mbarara, en Ouganda.</p>
De la ville frontalière de Kabale, il fallait trouver un nouveau véhicule. Le bus vers Katunguru ne circule que la nuit, me dit-on. Difficile de distinguer le vrai du faux, mais on m'encourage à monter dans un matatu, une minifourgonnette qui ne décolle qu'une fois tous les sièges occupés. Capacité : une vingtaine de passagers. Surtout, on me signale de vérifier la destination du véhicule avec les autres passagers. Des chauffeurs sans scrupules pourraient tricher et vous faire monter uniquement pour combler un siège. Au final, à la mauvaise destination, vous êtes dans de beaux draps.
Les matatus, où nous sommes souvent les seuls étrangers, sont généralement tellement pleins qu'il est pratiquement impossible de bouger une fois qu'on s'y est installé. Il n'y a pas d'horaire fixe, pas d'arrêts fixes non plus, si ce n'est la destination. On avertit le chauffeur quand on veut qu'il nous dépose. Chaque fois qu'une place se libère, en cours de route, on tentera de la combler avec un autre quidam attendant un transport sur le bord du chemin. Il est aussi bon de savoir que les gens se déplacent moins entre 10 h et 13 h. Il est probable qu'il faille attendre plus longtemps quand on s'assoit dans un matatu à cette heure-là.
J'ai effectivement attendu plus d'une heure avant de partir pour Mbarara, ville carrefour où la station de bus grouille de tous les côtés. Après quelques heures assis sur une surface dure recouvrant la transmission d'un matatu, j'étais heureux de pouvoir marcher deux minutes. On m'a rapidement incité à monter dans un véhicule presque plein partant vers Katunguru.
À partir de là, l'état de la chaussée était médiocre. Tellement qu'on roulait plus souvent sur l'accotement que sur la portion asphaltée ponctuée de cratères. Impatient d'arriver, je suivais notre progression sur mon téléphone cellulaire. Enfin, quand j'ai aperçu Katunguru, après que nous avons croisé quelques babouins et un sanglier géant sur la route, le soleil s'apprêtait à se coucher.
Au moment de monter sur un dernier boda-boda, j'étais en transit depuis environ 11 h. Coût total du voyage : moins de 20 $. Mission accomplie.
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